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24/04/2013

Un accident tragique survenu en 1922 à la mine de lignite de Serviers-Labaume

Samedi 1er juillet 1922, six mineurs travaillant à la réfection du boisage de la mine de lignite (1) située à proximité du Mas Pontier (commune de Serviers Labaume) ont été victimes d’un tragique accident.

Cette équipe, dirigée par Armand Boule de Serviers, devait terminer son travail à 16 heures.  Vers 17 heures, la femme de Brousse Julien ne voyant pas son mari revenir, se rendit à bicyclette jusqu'à la mine. Quand elle arriva, elle constata qu'une épaisse fumée accompagnée d'une odeur âcre se dégageait du plan incliné qui donnait accès aux galeries d'exploitation. Très inquiète de cette situation, elle appela aussitôt du secours.

M. Brahic Léonce qui travaillait dans un champ voisin, répondit à ses cris de détresse et tenta de pénétrer dans la galerie au péril de sa vie. Il parvint à atteindre le corps inanimé d’Armand Boule auprès duquel brûlait encore la lampe à acétylène portative, mais il ne put le ramener à la surface. Il faillit lui-même être asphyxié et regagna difficilement l’air libre.

Entretemps, le tocsin avait sonné et de nombreuses personnes des environs affluèrent sur les lieux, mais  faute de matériel adapté à la situation, ils ne purent organiser aucune tentative efficace de sauvetage.

Vers 19 h 30, le Maire de Serviers avertit la gendarmerie d’Uzès. Quelques temps après, de nombreuses personnalités se manifestèrent par leur présence. On peut citer : Marcel Martin, Conseiller d’arrondissement accompagné de M. Cauzid, juge de Paix du canton d’Uzès,  M. Farinole, procureur de la République et M. Aymeric, juge d’instruction. 

 

M. Martin tenta  d’organiser les secours et fit réunir les appareils nécessaires pendant qu’on allait chercher le docteur Blanchard (2), médecin à Uzès qui arriva rapidement accompagné de M. Meineu, chirurgien.

Entretemps, M. Bertharion, père et fils, ingénieurs et directeurs de la mine étaient arrivés sur le carreau de celle-ci. M. Bertharion père se fit attacher par la ceinture pour descendre au fond de la mine. Il fut suivi de M. Ribot, instituteur et M. Martin, Conseiller d’arrondissement.

 

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De 22 heures à minuit, les sauveteurs réussirent à extraire les cadavres d’Armand Boule (37 ans, père de 4 enfants), Julien Brousse (32 ans, père de 2 enfants), et d’Auguste France (65 ans, père de 7 enfants).

M. Roux, ingénieur, contrôleur des mines à Alais, arriva vers 1 heure du matin. Il prit part aux recherches en parcourant les galeries à la  recherche des dernières victimes et de déterminer les causes de ce dramatique accident.

Il fallut attendre le matin pour sortir celui  de Joseph  Darbousset (59 ans, père de 7 enfants) et d’Auguste Méjean (25 ans, célibataire). Le sixième accidenté, Henri Chazel, âgé de 17 ans, était tombé non loin du puits d’aération et les sauveteurs le retirèrent encore en vie, bien que paraissant inanimé. Le docteur Devèze d’Uzès lui prodigua les soins et parvint à le ranimer.

Les principales causes de cette asphyxie sont dues à un fort dégagement d’oxyde de carbone appelé par les mineurs la moflette (3), survenu à la suite d’un feu qui couvait depuis plusieurs jours. Le gaz avait dû s’accumuler et trouvant enfin une issue avait brusquement envahi la mine.

Le lundi 3 juillet, les obsèques eurent lieu sur le carreau de la mine où les 5 cercueils furent réunis pour un dernier hommage que rendirent la population et les personnalités par leur discours.

La presse régionale et nationale donna un large écho à ce drame (Le Journal d'Uzès, Le Courrier du Gard, L'Ouest-Éclair, L’Expresse du Midi,Le Midi Socialiste, L’éclair, L'Humanité…)

 

Ce texte a été rédigé à partir des souvenirs de M. Emile Accabat de Serviers aujourd’hui décédé et des articles de la presse locale et nationale de l’époque.

 

Mine de Serviers - Le chevalement forme de 2 murs trapézoïdaux en béton.jpg

Mine de Serviers - Le chevalement forme de 2 murs trapézoïdaux en béton

 

(1)  La mine située sur la commune de Serviers-Labaume fait partie de la concession d'Aigaliers qui fut accordée par ordonnance royale du 18 avril

1830, aux sieurs Garel, Robernier (Bruno Maiffredy de Robernier était le fils de Sylvestre et de Guillemine Verdier-de-Serviers) et Dupont.

En 1838, Garel et Robernier rachetèrentla portion de Dupoux. En 1854 l'exploitation fut suspendue, jusqu'à la création de la Compagnie des Lignites d'Aigaliers qui creusa un puits et l'équipa d'une machine à vapeur en 1883. Vers 1890, cette société se transforma en S.A. des mines et lignites d'Aigaliers. Cinq après ce fut Hilarion de Roux  qui racheta la concession qui fut reprise de 1923 à 1935 par la S.A. Française des Essences et Pétroles. Après une période d’abandon, ce fut Joseph Mouret qui assura une exploitation artisanale pendant la guerre. Les installations furent démantelées vers 1960.

 

(2)  Le docteur Blanchard  dont  une rue d’Uzès porte son nom, est né à Saint Quentin le Poterie le 28 juillet 1876 Externe aux hôpitaux de Montpellier en 1898 et interne en 1900, il fut reçu docteur en médecine en 1903 et exerça à Uzès durant toute sa carrière. 

 

(3)  Les mineurs et tous ceux qui travaillaient sous terre, étaient exposés aux accidents qu'occasionnait la présence des gaz non respirables. Ils avaient surtout à redouter trois espèces de gaz très dangereux : le fou brison, fou sauvage ou lerou, le ballon, et la moflette ou pousse. Les deux premiers paraissent n'être autre chose que du gaz hydrogène. La moflette est composée en grande partie de gaz azote. (Extrait de l’Essai médico-légal sur l'empoisonnement par N. Leclerc, Lacassagne – 1803)

 

13/11/2011

Revue "Archives et Patrimoine" - Hors série n° 2

La commission « Archives et Patrimoine » de l’association des Amis du Musée d’Uzès vient de  publier sa revue (Hors-série n° 2) qui synthétise des travaux de recherche effectués par les historiens intéressés par Uzès et l’Uzége.

Revue, patrimoine, musée, Uzès

Plusieurs articles viennent éclaircir certains points de notre histoire :  

-  Jean Gabriel PIETERS nous éclaire sur la création et les aménagements effectués dans l’espace épiscopal et notamment, sur l’histoire de la tour Martine, aujourd’hui, dénommée Pavillon Racine.

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Maryse CATHEBRAS s’est intéressée à la venue de la Duchesse de Guise à Uzès en 1926. Cet article rétablit une erreur couramment reprise sur la présence du Conseil Municipal à cette cérémonie.

Fabrice CABANE termine l’exploitation et l’analyse du Carnet de campagne du Général Vincent écrit lors de la première guerre mondiale et nous livre les derniers éléments de ces très instructives notes personnelles.

- Mireille OLMIERE communique des informations sur l’évolution architecturale et urbanistique autour du Moutas avec les aménagements des avenues Jean JAURÈS et du Général Vincent.

Moutas, Uzès, Saint Ambroix, Alès, boulevard, Général Vincent, Jean Jaurès

Martine PEYROCHE D’ARNAUD vient conclure un travail de recherches sur le tabernacle tournant apparu sur le marché de l’art en 1992 sous le nom de « Tour d’abandon de l’hôpital d’Uzès ».

 

Vous pourrez trouver cette revue au Musée Georges Borias (5 €) ou vous pouvez la commander à partir de l’adresse électronique de ce blog (prévoir frais d'envoi)

 

 

27/10/2011

Conférence sur le peintre gardois MALBOS

Les Amis du Musée proposent une conférence sur le peintre gardois MALBOS (1885-1960), jeudi 27 octobre 2011 à 18 heures à l’évêché dans  la salle des expositions  au  1er étage (entrée libre).

 

 

 

                        Malbos, peintre, musée, Uzès, conférence, evêché,

             Aquarelle - La rue Saint Théodorit à Uzès 1935

 

C’est Pierre Malbos, son petit-fils, qui a consacré une partie de son temps, depuis 1985, à la connaissance de l’œuvre de son grand-père, auprès de qui il a vécu jusqu’à sa mort. C’est lui aussi qui, à la demande des Amis du Musée d’Uzès et en prélude à la nouvelle exposition (d’œuvres différentes) de Malbos à l’Espace des Capucins, viendra raconter l’itinéraire atypique de ce peintre local, l’illustrant de documents inédits.

C’est seulement l’an dernier, année du cinquantenaire de sa disparition, que le public d’Uzès a pu découvrir, à travers une exposition à l’Espace des Capucins, l’art d’un peintre originaire de Vers-Pont du Gard : Malbos (1885-1960).

Au cours de cette exposition, qui a été souvent une révélation pour ses nombreux visiteurs, le Musée d’Uzès s’est enrichi de trois œuvres de cet artiste qui a été, pour beaucoup d’amateurs d’art, une découverte longtemps après sa disparition : car si Malbos a peint tout au long de sa vie, il n’a jamais rien fait pour se faire connaître. Quand il exposait des œuvres, toujours de petit format et dans des expositions collectives, il avait soin de mentionner au dos « réservé » ou « vendu », incapable qu’il était de se séparer de ce qu’il considérait comme un jalon de sa recherche dans une vie artistique très personnelle, assimilable à un journal intime. 

        

C’est ainsi qu’en 1985 (soit vingt-cinq ans après la disparition du peintre et année de son centenaire) ses proches n’avaient encore jamais envisagé de déroger à cet étrange choix. C’est cette année-là, et très modestement, dans le village de ses origines, à Vers-Pont du Gard, qu’une exposition rétrospective a enfin permis au public de l’art de découvrir l’étendue de la production d’un peintre dont la famille est enracinée dans le village. L’enthousiasme du public a fait que, par la suite, une rétrospective plus vaste a été présentée, trois mois d’été durant, dans un musée d’Aix-en-Provence. La carrière posthume de Malbos prenait alors son envol définitif avec des œuvres de lui entrant dans des musées, des collections prestigieuses en même temps que des expositions, en France et à l’étranger, le faisaient connaître.

 

 

 

 

30/12/2010

Lou cachofio ou la bûche de Noël

Héritée d’une origine païenne liée au solstice d’hiver, la bûche de Noël était désignée sous le nom de cachofio ou cachofioc. Cette tradition, aujourd’hui disparue dans notre région, nous a été rapportée par Thomas Platter lors de son séjour à Uzès en 1597 (1) :
… Le 24 décembre, dans la soirée de Noël, à la tombée de la nuit, nous étions sur le point de faire une collation, dans la maison de mon logeur, Monsieur Carsan…
… J’ai donc vu qu’on mettait sur le feu une grosse bûche de bois. Celle-ci est appelée dans leur langage local (d’oc) un Cachefioc, ce qui veut dire cache-feu ou couvre-feu. On procède ensuite aux cérémonies ci-après décrites.
De fait, en cette même soirée, on dépose une grosse bûche de bois sur le grill, par-dessus le feu. Quand elle commence à brûler toute la maisonnée se rassemble autour du foyer ; dès lors, le plus jeune enfant (s’il n’est pas trop petit, auquel cas, il appartiendrait au père ou à la mère d’agir en son nom pour l’accomplissement du rite) prend dans sa main droite un verre plein de vin, des miettes de pain et un peu de sel ; et dans la main gauche une chandelle de cire ou de suif allumée. Immédiatement les personnes présentes, du moins celles qui sont de sexe masculin, tant jeunes garçons qu’adultes, ôtent leurs chapeaux ; et l’enfant susdit, ou bien son père s’exprimant au nom d’icelle, récite le poème suivant, rédigé dans leur langue maternelle (d’oc, alias provençale) :
Ou moussur
S’en va et ven,
Dious donne prou de ben,
Et de mau ne ren,
Et Dious donne des fennes enfantans,
Et de capres caprettans,
Et de fedes agnolans,
Et de vaques vedelans,
Et de saumes poulinans,
Et de cattes cattonans,
Et de rattes rattonans,
Et de mau ne ren,
Sinon force ben.


Cela veut dire : « En quelque endroit que se rende le maître de maison, qu’il aille ou qu’il vienne, puisse Dieu lui donner beaucoup de choses et rien qui ne soit mauvais. Et que Dieu donnent des femmes qui enfantent des chèvres qui feront des chevreaux, des brebis agnelantes, des vaches vêlantes, des ânesses poulinantes, des chattes productrices de chatons, et des rats productrices de ratons. Autrement dit, rien qui ne soit mal ; et en revanche, force bonnes choses »

Tout cela étant dit, l’enfant jette une pincée de sel sur la partie antérieure de la bûche, au nom de Dieu le Père; idem sur la partie la partie inférieure, au nom du fils, et enfin, sur la partie médiane au nom du Saint-Esprit. Une fois ces rites effectués, tout le monde s’écrie d’une seule voix : Allègre ! Diou nous allègre, ce qui veut dire : « En liesse ! Dieu nous mette en liesse !». Ensuite, l’enfant fait de même avec le pain, puis avec le vin, et finalement, tenant en main la chandelle allumée, il fait le cierge des gouttes de suif ou de cire brûlante aux trois endroits de la bûche, au nom de Dieu le Père, du fils et du Saint-Esprit. Et tous reprennent en chœur le même cri qu’ils ont déjà poussé : « En liesse !». A ce qu’on dit, un charbon ardent en provenance d’une telle bûche ne brûle pas une nappe si on le pose dessus. On conserve avec soin toute l’année les fragments de la bûche en question, noircis au feu, et l’on pense que quand une bête ou un être humain souffre de tumeurs, une application de ces ci-devant braises, maintenant éteintes, sur la grosseur ou bosse ainsi produite empêchera que celle-ci ne s’accroisse et même le fera aussitôt disparaître.
Mais revenons à la nuit de Noël : les cérémonies de la bûche étant terminées, on sert une collation magnifique, sans viande ni poisson, mais avec du vin fin, des fruits et des confiseries. On pose dessus un verre à moitié rempli de vin, du pain, du sel et un couteau. J’ai vu tout cela, de mes yeux vu…


Autre témoignage de cette pratique transposée au XIXème siècle qui nous est décrite par Frédéric Mistral dans son œuvre capitale « Mirèio (3)» (Mireille), publiée en 1859.

Salle calendale Muséon Arlaten.jpg



…Un grand pirastre negrejavo
Un noir et grand poirier sauvage
E dôu vieiounge trantraiavo…
Chancelait de vieillesse...
L’einat de l’oustau vèn lou cepo pèr lou pèd
L'ainé de la maison vient, le coupe par le pied,
A grand cop de destrau l’espalo
À grands coups de cognée l’ébranche,
E, lou cargant dessus l’espalo
Et le chargeant sur l'épaule,
Contro la taulo calendalo
Près de la table de Noël,
Vèn i pèd de soun grand lou pausa mé respèt
Il vient, aux pieds de son aïeul, le déposer respectueusement.


Lou segne grand de gen de modo
Le vénérable aïeul, d'aucune manière,
Vóu renouncia si vièii modo
Ne veut renoncer à ses vieilles modes.
A troussa lou davans de soun ample capèu
Il a retroussé le devant de son ample chapeau,
E vai couchous querre la fiolo
Et va, en se hâtant, chercher la bouteille.
A mes sa longo camisolo
Il a mis sa longue chemise
De cadis blanc e sa taiolo
De cadis blanc, et sa ceinture,
E si braio nouvialo e si guèto de pèu
Et ses brayes (2) nuptiales et ses guêtres de peau.


Mai pamens touto la famiho
Cependant toute la famille
A soun entour s’escarrabiho…
Autour de lui joyeusement s'agite...
-Bèn ? Cachafió boutan pichot -Si ! vitamen
- Eh bien! Posons-nous la bûche, enfants? - Oui ! Promptement
Tóuti ie respondon - Alégre !
Tous lui répondent - Allégresse!
Crido lou viéi, alègre, alégre !
Le vieillard s'écrie, allégresse, allégresse!
Que Noste Segne nous alégre !
Que Notre Seigneur nous emplisse d'allégresse !
S’un autre an sian pas mai, moun Diéu, fuguen…
Et si, une autre année, nous ne sommes pas plus, mon Dieu, ne soyons pas moins !


E’mplisiènt lou got de clareto,
Et remplissant le verre de clarette,
Davans la bando risouleto,
Devant la troupe souriante,
Éu n’escampo tres cop dessus l’aubre fruchau,
Il en verse trois fois sur l'arbre fruitier,
Lou pu jouinet lou pren d’un caire,
Le plus jeune prend (l'arbre) d'un côté,
Lou viéi de l’autre, e sorre e traire
Le vieillard de l'autre, et sœurs et frères
Entre-mitan, ie fan piéi faire
Entre les deux, ils lui font faire ensuite
Tres cop lou tour di lume e lou tour de l’oustau.
Trois fois le tour des lumières et le tour de la maison.


E dins sa joio lou bon rèire
Et dans sa joie, le bon aïeul
Aubouro en l’èr lou got de vèire :
Élève en l'air le gobelet de verre :
O fio, dis, fio sacra, fai qu’aguen de béu tèm !
O feu, dit-il, feu sacré, fais que nous ayons du beau temps !
E que ma fedo bèn agnelle,
Et que ma brebis mette bas heureusement,
E que ma trueio bèn poucelle,
Que ma truie soit féconde,
E que ma vaco bèn vedelle,
Que ma vache vêle bien,
Que mi chato e minora en fanion tóuti bèn !
Que mes filles et mes brus enfantent toutes bien !


Cachafio, bouto fio ! Tout-d’uno,
Bûche bénie, allume le feu ! Aussitôt,
Prenènt lou trounc dins si man bruno,
Prenant le tronc dans leurs mains brunes,
Dins lou vaste fougau lou jiton tout entié.
Ils le jettent entier dans l'aire vaste.
Veirias alor fougasso à l’oli,
Vous verriez alors gâteaux à l'huile,
E cacalauso dinsl aióli
Et escargots dans l’aïoli
Turta, dins aquéu bèu rególi,
Heurter, dans ce beau festin,
Vin cue, nougat d’amelo e fruecho dóu plantiè.
Vin cuit, nougat d'amandes et fruits de la vigne.


D’uno vertu devinarello
D'une vertu fatidique
Veirias lusi li tres candèlo ;
Vous verriez luire les trois chandelles ;
Veirias d Esperitoun, giscla dóu fio ramu,
Vous verriez des Esprits jaillir du feu touffu ;
Dóu mou veirias penja la branco
Du lumignon vous verriez pencher la branche
Vers aquéu que sara de manco;
Vers celui qui manquera (au banquet) ;
Veirias la napo resta blanco
Vous verriez la nappe rester blanche
Soulo un carboun ardènt e li cat resta mut !...
Sous un charbon ardent, et les chats rester muets !

Nous ne pourrions terminer ce tour d'horizon sans céder la parole à Albert Roux et Albert Hugues qui nous donne quelques précisions sur la pratique de ce rituel dans le parage d'Uzès et du Malgoires (4):
... Alors que dans le Malgoirès c'est au plus âgé à dresser le cacha-fio, c'est au plus jeune de la maisonnée que revient cet honneur dans le parage d'Uzès. S'il en est incapable à cause de son jeune âge, le père ou la mère le font pour lui. La grosse bûche de Noël est arrosée de vin blanc, des miettes de pain et des pincées de sel, sont jetées dans le brasier, ces dernières en disant: « Au nom du Père », une pincée de sel : « Au nom du Fils », une autre pincée: « Au nom du Saint-Esprit » une autre pincée.
Et la famille réunie autour du foyer, crie : Allègre!...


cacho-fio.jpg



Museon Arlaten
Salo calendalo - Ceremoni dou cacho-fio







Du cachofio, il ne reste plus que les bûches de Noël qui vont se parer de leurs plus beaux atours... et nous livreront un véritable plaisir gustatif !


BONNES FETES DE NOEL ET DE FIN D’ANNEE

Cacho-fio mèten
Cacha-fio nous mettons
Cacho-fio paussen
Cacha-fio nous posons
Dieù nous fague la gràci de veùe l’an qui vèn :
Dieu nous fait la grâce de voir l’an qui vient
E se sian pas mai qu'au mens que siguen pas mens !
Et si nous ne sommes pas plus nombreux que nous ne soyons pas moins ! (5)

(1) Le voyage de Thomas PLATTER 1595 - 1599 - Le siècle des Platter II Fayard Mai 2000 - Texte traduit par Emmanuel Le Roy Ladurie et Francine-Dominique Liechtenhan

(2) Mot francisé, fait référence aux braies qui étaient une espèce de large pantalon, serré par le bas.

(3) MIRÈIO, Pouèmo Prouvencau de Frédéric MISTRAL - Notes du chant VII -
La traduction littérale réalisée par Charpentier Libraire-éditeur dans la publication de 1864.

(4) « Folk-lore du parage d'Uzès et du Malgoirés.» publié en 1918 dans le Bulletin de la Société d'Etude de Science Naturelle de Nîmes. Etude ethnographique réalisée sur le territoire de l'Uzège et du secteur de Saint Geniés de Malgoires.

(5) Extrait d’un article intitulé « Noël provençale » - Optima. Hebdomadaire féminin illustré puis Revue féminine 1927

23/12/2010

La Nouvelle Cigale Uzégeoise

La Nouvelle Cigale Uzégeoise a pris son envol en 2010, après avoir passé un long hivernage qui a duré plusieurs décennies. En effet, cette revue inspirée par la cigale uzégeoise, publiée de 1926 à 1934 par l’éditeur George Gourbeyre, renait de sa période larvaire pour s’épanouir en ce début de XXIe siècle, avec le même esprit, mais avec des coloris différents adaptés à son nouvel été.

Comme l’indiquait Yannick Breton (1), éditeur de la revue, dans l’éditorial du n° 0 : « …De la cigale, notre aïeule, nous reprenons le désir et les objectifs : mettre en exergue la vie culturelle d’Uzès et de l’Uzège tout en nous intéressant à la culture en général… »
Les initiateurs de cette renaissance ont voulu garder l’esprit impulsé par leurs prédécesseurs mais dans une conception contemporaine et ouverte à tous les courants.
La revue est structurée autour de différentes rubriques (2) qui se déclineront selon le schéma suivant :

Le dessin : Gérard Depralon, plasticien et dessinateur, dans chaque numéro nous gratifiera de sa vision d’Uzès dont lui seul connait le secret. Cet artiste est aussi le créateur de la couverture de la revue.
La littérature et l’histoire littéraire : riche de la présence passée d’auteurs célèbres et d’un vivier d’auteurs actuels reconnus, la littérature occupera une place privilégiée dans la revue sans pour autant occuper tout l’espace.
L’art : élément central de la revue, il sera approché à travers plusieurs disciplines et sera l’occasion de présenter les artistes de la région ainsi que leurs œuvres.
La science : une approche pluridisciplinaire proposera un large éventail du champ scientifique : des sciences humaines aux technologies nouvelles vous découvrirez les secrets de notre monde.
L’histoire locale : elle sera abordée sous son aspect contemporain à travers des événements du XXème et XXIème siècle qui ont marqué l’histoire d’Uzès et de l’Uzège.
La culture occitane : La langue d'oc (ou occitan) prend naissance au début du Moyen-âge et devient une des grandes langues de la culture européenne. Elle a marqué notre identité et fait partie intégrante de notre patrimoine vivant.
La gastronomie : la rubrique « Le fourneau de la cigale - Lo fornèu de la cigalo » vous fera partager toutes les richesses dont regorgent notre pays. Des recettes originales, venant parfois d’un lointain passé, aux histoires « gourmandes », nous permettront de savourer avec délectation les saveurs du terroir.
Patrimoine : qu’il soit culturel, architectural, naturel, vivant voire industriel, il est l’essence même de nos racines. Pour mieux connaître cet héritage légué par les générations qui nous ont précédées, nous vous ferons découvrir ces richesses très souvent méconnues et parfois insoupçonnées.
La climatologie : si elle s'appuie sur des mesures relevées par satellite et sur d’autres paramètres de haute technicité, mais elle peut aussi lier l’action de la lune et à l’interprétation des proverbes usités à cet effet. C’est ce que nous proposera Jean Mignot dans ses chroniques déjà forts appréciées.
Gens d’ici et d’ailleurs : l’Uzège cosmopolite est une réalité qui fait partie de notre quotidien. Quel regard ont ces personnes sur notre univers ? Quels témoignages peuvent-ils nous faire partager ? Vous trouverez des réponses dans cette rubrique qui leur est consacrée.
Glanes d’ici et d’alentour : un peu d’actualité littéraire, artistique, scientifique et des coups de cœur glanés de-ci, de-là, seront présentés régulièrement.
La cigale d’antan : le lien qui nous relie directement à la source même de notre inspiration. Dans chaque numéro, nous reproduirons un article, un extrait de texte, un poème qui sont parus dans des numéros de l'ancienne revue la cigale uzègeoise.
La publicité : Ces « réclames » qui permettaient d’aider au financement de la revue, revêtent aujourd’hui un intérêt historique et mémoriel de la vie économique d’Uzès. Nous souhaitons perpétuer cet esprit pour que les publicités d’aujourd’hui deviennent un élément de notre « patrimoine » de demain.


Publié en juin 2010, le n° 1 a été présenté à la Médiathèque de Montaren :

Capture NCU n°1 Sommaire.jpg


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Le n° 2 est sorti des presses de l’imprimeur en décembre pour être présenté à la librairie ImagineCeramic, chez Claire et Charles Essautier :

Numériser0083.jpg


Couverture Cigale n° 2.jpg



La revue est proposée en édition standard comprenant 72 pages avec les dessins ou photos d’artistes en couleurs et en édition de luxe accompagnée d’une lithographie originale, hors texte, de l’artiste présenté, tirée à 30 exemplaires. Ces œuvres sont réalisées par les Editions Bervillé dans leur atelier d’Arpaillargues.

Abonnements : La Nouvelle Cigale Uzégeoise 2010 - La Nouvelle Cigale Uzégeoise 2011


Pour terminer cette présentation, je ne résiste pas au plaisir de vous présenter un poème de Jules Couder qui saluait l’arrivée de la cigale uzégeoise :

A la Nouvélo Cigalo
À la Nouvelle Cigale

Quand l'Amatur, dins soun jardin,
Quand l’Amateur, dans son jardin,

Entre l’eigàgno dou matin,
Parmi la rosée du matin

Vei espéli la flous nouvélo ;
Voit éclore la fleur nouvelle ;

Sentis soun cur que tréfoulis :
Il sent son coeur qui frissonne :

En countemplant la Doumisélo,
En contemplant la Demoiselle,

Que ié fai riséto et grandis !
Qui lui fait un sourire et grandit !

Viel parla de nostre teraire,
Vieux parler de notre terroir,

Aimant tout ce que lou fai béou ;
Nous aimons tout ce qui l’embellit

Te saludé coum'un flambéou,
Je te salue comme un flambeau

Embe li dous pés en éscaire,
Avec les deux pieds écartés

Et la man drecho à moun capéou !!
Et la main droite à mon chapeau !!

Jicé (3) - 1926


(1) La revue La Nouvelle Cigale Uzégeoise est publiée par Lucie éditions dans la collection Patrimoine des régions.
(2) La déclinaison des différentes rubriques est extraite du blog des Amis de la Nouvelle Cigale Uzégeoise.
(3) Jules Couder (6 août 1845- 31 juillet 1931), poète félibre dont la médiathèque d'Uzès possède l’ensemble des manuscrits, ancien professeur dont le père avait été principal du collège, il fut aussi premier adjoint au maire pendant la guerre de 1914 - 1918, et administra la ville pendant toute cette période. Poème paru dans le n°1 de la cigale uzégeoise