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24/04/2013

Un accident tragique survenu en 1922 à la mine de lignite de Serviers-Labaume

Samedi 1er juillet 1922, six mineurs travaillant à la réfection du boisage de la mine de lignite (1) située à proximité du Mas Pontier (commune de Serviers Labaume) ont été victimes d’un tragique accident.

Cette équipe, dirigée par Armand Boule de Serviers, devait terminer son travail à 16 heures.  Vers 17 heures, la femme de Brousse Julien ne voyant pas son mari revenir, se rendit à bicyclette jusqu'à la mine. Quand elle arriva, elle constata qu'une épaisse fumée accompagnée d'une odeur âcre se dégageait du plan incliné qui donnait accès aux galeries d'exploitation. Très inquiète de cette situation, elle appela aussitôt du secours.

M. Brahic Léonce qui travaillait dans un champ voisin, répondit à ses cris de détresse et tenta de pénétrer dans la galerie au péril de sa vie. Il parvint à atteindre le corps inanimé d’Armand Boule auprès duquel brûlait encore la lampe à acétylène portative, mais il ne put le ramener à la surface. Il faillit lui-même être asphyxié et regagna difficilement l’air libre.

Entretemps, le tocsin avait sonné et de nombreuses personnes des environs affluèrent sur les lieux, mais  faute de matériel adapté à la situation, ils ne purent organiser aucune tentative efficace de sauvetage.

Vers 19 h 30, le Maire de Serviers avertit la gendarmerie d’Uzès. Quelques temps après, de nombreuses personnalités se manifestèrent par leur présence. On peut citer : Marcel Martin, Conseiller d’arrondissement accompagné de M. Cauzid, juge de Paix du canton d’Uzès,  M. Farinole, procureur de la République et M. Aymeric, juge d’instruction. 

 

M. Martin tenta  d’organiser les secours et fit réunir les appareils nécessaires pendant qu’on allait chercher le docteur Blanchard (2), médecin à Uzès qui arriva rapidement accompagné de M. Meineu, chirurgien.

Entretemps, M. Bertharion, père et fils, ingénieurs et directeurs de la mine étaient arrivés sur le carreau de celle-ci. M. Bertharion père se fit attacher par la ceinture pour descendre au fond de la mine. Il fut suivi de M. Ribot, instituteur et M. Martin, Conseiller d’arrondissement.

 

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De 22 heures à minuit, les sauveteurs réussirent à extraire les cadavres d’Armand Boule (37 ans, père de 4 enfants), Julien Brousse (32 ans, père de 2 enfants), et d’Auguste France (65 ans, père de 7 enfants).

M. Roux, ingénieur, contrôleur des mines à Alais, arriva vers 1 heure du matin. Il prit part aux recherches en parcourant les galeries à la  recherche des dernières victimes et de déterminer les causes de ce dramatique accident.

Il fallut attendre le matin pour sortir celui  de Joseph  Darbousset (59 ans, père de 7 enfants) et d’Auguste Méjean (25 ans, célibataire). Le sixième accidenté, Henri Chazel, âgé de 17 ans, était tombé non loin du puits d’aération et les sauveteurs le retirèrent encore en vie, bien que paraissant inanimé. Le docteur Devèze d’Uzès lui prodigua les soins et parvint à le ranimer.

Les principales causes de cette asphyxie sont dues à un fort dégagement d’oxyde de carbone appelé par les mineurs la moflette (3), survenu à la suite d’un feu qui couvait depuis plusieurs jours. Le gaz avait dû s’accumuler et trouvant enfin une issue avait brusquement envahi la mine.

Le lundi 3 juillet, les obsèques eurent lieu sur le carreau de la mine où les 5 cercueils furent réunis pour un dernier hommage que rendirent la population et les personnalités par leur discours.

La presse régionale et nationale donna un large écho à ce drame (Le Journal d'Uzès, Le Courrier du Gard, L'Ouest-Éclair, L’Expresse du Midi,Le Midi Socialiste, L’éclair, L'Humanité…)

 

Ce texte a été rédigé à partir des souvenirs de M. Emile Accabat de Serviers aujourd’hui décédé et des articles de la presse locale et nationale de l’époque.

 

Mine de Serviers - Le chevalement forme de 2 murs trapézoïdaux en béton.jpg

Mine de Serviers - Le chevalement forme de 2 murs trapézoïdaux en béton

 

(1)  La mine située sur la commune de Serviers-Labaume fait partie de la concession d'Aigaliers qui fut accordée par ordonnance royale du 18 avril

1830, aux sieurs Garel, Robernier (Bruno Maiffredy de Robernier était le fils de Sylvestre et de Guillemine Verdier-de-Serviers) et Dupont.

En 1838, Garel et Robernier rachetèrentla portion de Dupoux. En 1854 l'exploitation fut suspendue, jusqu'à la création de la Compagnie des Lignites d'Aigaliers qui creusa un puits et l'équipa d'une machine à vapeur en 1883. Vers 1890, cette société se transforma en S.A. des mines et lignites d'Aigaliers. Cinq après ce fut Hilarion de Roux  qui racheta la concession qui fut reprise de 1923 à 1935 par la S.A. Française des Essences et Pétroles. Après une période d’abandon, ce fut Joseph Mouret qui assura une exploitation artisanale pendant la guerre. Les installations furent démantelées vers 1960.

 

(2)  Le docteur Blanchard  dont  une rue d’Uzès porte son nom, est né à Saint Quentin le Poterie le 28 juillet 1876 Externe aux hôpitaux de Montpellier en 1898 et interne en 1900, il fut reçu docteur en médecine en 1903 et exerça à Uzès durant toute sa carrière. 

 

(3)  Les mineurs et tous ceux qui travaillaient sous terre, étaient exposés aux accidents qu'occasionnait la présence des gaz non respirables. Ils avaient surtout à redouter trois espèces de gaz très dangereux : le fou brison, fou sauvage ou lerou, le ballon, et la moflette ou pousse. Les deux premiers paraissent n'être autre chose que du gaz hydrogène. La moflette est composée en grande partie de gaz azote. (Extrait de l’Essai médico-légal sur l'empoisonnement par N. Leclerc, Lacassagne – 1803)

 

18/12/2010

Le bouilleur de cru et le distillateur ambulant

En ce début décembre, je sens monter en mes sens des effluves acres et enivrantes qui me remémorent l’univers presque oublié de mon enfance. Je revois avec nostalgie l’effervescence provoquée par l’arrivée du brulaïre d’aïgo-ardent (nom en occitan donné au distillateur ambulant, littéralement : distillateur d’eau de vie)
Après la vendange, venait le temps de l’alambic. De la fenêtre de l’école communale de Serviers (1), j’assistais avec délectation à l’installation de cette machine à la sortie du village, sur la route d’Aubussargues. Au fur et à mesure que l’heure avançait les paysans-viticulteurs arrivaient avec la raco(2) (le marc de raisins) à distiller (brula la raco) et pour recueillir les vingt litres d’aïgo-ardent(3) (eau de vie) réglementaires (4). Une seule idée occupait notre esprit en cette après midi : la sortie de la classe pour participer à cet événement qui était un moment important de la vie de la communauté villageoise.
Les premières gouttes sorties du serpentin étaient aussitôt recueillies dans un petit verre et englouties cérémonieusement par chacun. Même les enfants que nous étions ne résistaient pas à la tentation de gouter cette aigo-ardent qui nous brûlait la bouche dès le premier contact. Nous étions des hommes, nous l’avions prouvé…

Au-delà de ces souvenirs, penchons nous sur ce métier aujourd’hui disparu de nos campagnes.

Suivant l'idée communément répandue, le bouilleur de cru est souvent confondu avec le distillateur ambulant.
Le premier est le propriétaire exploitant qui possède le droit de distiller et le deuxième, aussi appelé bouilleur ambulant est la personne qui passe de village en village pour transformer la matière première en alcool.
En France, tout propriétaire d'une parcelle, ayant la dénomination de verger ou de vigne inscrite sur le cadastre, peut distiller les produits issus de cette parcelle (fruits, cidre, vin, marc). Les personnes ayant le « privilège de bouilleur de cru » ont une exonération de taxe sur les mille premiers degrés d'alcool produits Les degrés supplémentaires font l'objet d'une taxe qui est passée à 15,1296 € à compter du 2 janvier 2010.
Le privilège de bouilleur de cru remonte à 1806, époque où Napoléon accorda un privilège d'exonération de taxes pour la distillation de 10 litres d'alcool pur3. Cette prérogative fut héréditaire jusqu'en 1960, où, pour tenter de limiter le fléau de l'alcoolisme dans les campagnes mais aussi sous la pression des lobbies de grands importateurs d'alcool fort ou producteurs français, le législateur en interdit désormais la transmission entre générations, seul le conjoint survivant pouvait en user jusqu'à sa propre mort, mais plus aucun descendant.
C’est ainsi que mon grand-père qui possédait une petite vigne bénéficiait de ce droit. Décédé en 1969, il n’a pu le transmettre ce privilège à mon père.
En 2002, une loi de finance indique que la franchise accordée aux bouilleurs de cru encore titulaires du privilège est supprimée, cependant une période de cinq ans a prolongé jusqu'au 31 décembre 2007 l'ancien dispositif. A partir de la campagne de distillation 2008, les anciens titulaires du privilège pouvaient encore bénéficier d'une remise de 50 % sur la taxe pour les 10 premiers litres d'alcool pur. Un nouvel amendement voté au Sénat a prorogé le droit sur les 10 premiers litres jusqu'au 31 décembre 2010.

Sanilhac - Alambic ambulant.jpg



L’alambic présenté, est de la marque L. STUPFLER située à Bègles (Gironde) et probablement distribué par Alambics Silvestre Frères à Avignon. (5)
Cet alambic ambulant a pour mode de chauffage une chaudière à bois. Il faut aussi un point d’eau (un puits sur la carte postale ci-dessus) et un réseau d’évacuation pour les rejets. A Sanilhac, l’eau usagée courrait sur la place.

La distillation à la vapeur d’eau est devenue le procédé le plus courant. Trois cuves étaient reliées entre elles par de minces tubes. La première cuve, contenant de l’eau, chauffée et génératrice de vapeur. Cette dernière passait dans la cuve contenant le marc. La vapeur chauffait la cucurbite (6) par l’intermédiaire d’un serpentin placé à l’intérieur de celle-ci.
Les vapeurs d’alcool étaient condensées dans un serpentin de refroidissement couplé à un condensateur afin de rendre un alcool plus pur. Ce breuvage était ensuite recueilli par un petit robinet à l’extrémité du serpentin. La sortie et le goûter du premier jus était alors un cérémo-nial auquel nul n’aurait voulu se soustraire.
Si le principe de la distillation est simple, sa mise en œuvre requiert une attention de tous les instants : la température des cuves, vérifie la pression et l'alcoométrie, pendant que s'opère la délicate alchimie. Tout l'art du distillateur consiste à maintenir la "bonne chauffe", qui déter-mine le titrage et la saveur de l'alcool.

Image d’un temps révolu, le distillateur ambulant n’est plus qu’un souvenir ressuscité un instant de ma mémoire…..

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(1) De la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'à 1958, en France, la rentrée scolaire s'effectuait le 1er octobre (ou le premier jour ouvrable qui suivait). Elle a été avancée au 15 septembre en 1959.
(2) Après le soutirage du vin, le marc est récupéré et mis de côté pour être distillé. Il sera stocké dans des tonneaux dans l’attente de la venue de l’alambic ambulant.
(3) « On extrait par distillation du vin, ou de sa lie, le vin ardent, dénommé aussi eau-de-vie. C’est la portion la plus volatile du vin. », plus loin : « Elle prolonge la vie et voilà pourquoi elle mérite d’être appelée eau-de-vie. » Extrait du « De conservanda juventute » d’Arnaud de Villeneuve (1235-1313).
(4) Chaque bouilleur de cru avait droit à 10 litres d’alcool pur (100°) par an, soit 20 litres d’eau de vie à 50° ou 14 litres à 70°, mais cette réglementation était quelquefois transgressée. Il n’était pas rare que lors de jeux dans les paillers, nous découvrions une bonbonne cachée dans la paille ou le foin…
(5) Information donnée par Mme Delphine Lions, responsable boutique des « Distilleries et Domaines de Provence », 9 Avenue St Promasse, 04300 FORCALQUIER.
Implanté à Bordeaux depuis 1925, « Alambics STUPFLER » est spécialisé dans la conception et la fabrication d’alambics dédiés à la production d'eau de vie et spiritueux.
(6) Partie inférieure de l’alambic dans lequel on met le marc que l’on veut distiller et au-dessus duquel on adapte le chapiteau.