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18/12/2010

Le bouilleur de cru et le distillateur ambulant

En ce début décembre, je sens monter en mes sens des effluves acres et enivrantes qui me remémorent l’univers presque oublié de mon enfance. Je revois avec nostalgie l’effervescence provoquée par l’arrivée du brulaïre d’aïgo-ardent (nom en occitan donné au distillateur ambulant, littéralement : distillateur d’eau de vie)
Après la vendange, venait le temps de l’alambic. De la fenêtre de l’école communale de Serviers (1), j’assistais avec délectation à l’installation de cette machine à la sortie du village, sur la route d’Aubussargues. Au fur et à mesure que l’heure avançait les paysans-viticulteurs arrivaient avec la raco(2) (le marc de raisins) à distiller (brula la raco) et pour recueillir les vingt litres d’aïgo-ardent(3) (eau de vie) réglementaires (4). Une seule idée occupait notre esprit en cette après midi : la sortie de la classe pour participer à cet événement qui était un moment important de la vie de la communauté villageoise.
Les premières gouttes sorties du serpentin étaient aussitôt recueillies dans un petit verre et englouties cérémonieusement par chacun. Même les enfants que nous étions ne résistaient pas à la tentation de gouter cette aigo-ardent qui nous brûlait la bouche dès le premier contact. Nous étions des hommes, nous l’avions prouvé…

Au-delà de ces souvenirs, penchons nous sur ce métier aujourd’hui disparu de nos campagnes.

Suivant l'idée communément répandue, le bouilleur de cru est souvent confondu avec le distillateur ambulant.
Le premier est le propriétaire exploitant qui possède le droit de distiller et le deuxième, aussi appelé bouilleur ambulant est la personne qui passe de village en village pour transformer la matière première en alcool.
En France, tout propriétaire d'une parcelle, ayant la dénomination de verger ou de vigne inscrite sur le cadastre, peut distiller les produits issus de cette parcelle (fruits, cidre, vin, marc). Les personnes ayant le « privilège de bouilleur de cru » ont une exonération de taxe sur les mille premiers degrés d'alcool produits Les degrés supplémentaires font l'objet d'une taxe qui est passée à 15,1296 € à compter du 2 janvier 2010.
Le privilège de bouilleur de cru remonte à 1806, époque où Napoléon accorda un privilège d'exonération de taxes pour la distillation de 10 litres d'alcool pur3. Cette prérogative fut héréditaire jusqu'en 1960, où, pour tenter de limiter le fléau de l'alcoolisme dans les campagnes mais aussi sous la pression des lobbies de grands importateurs d'alcool fort ou producteurs français, le législateur en interdit désormais la transmission entre générations, seul le conjoint survivant pouvait en user jusqu'à sa propre mort, mais plus aucun descendant.
C’est ainsi que mon grand-père qui possédait une petite vigne bénéficiait de ce droit. Décédé en 1969, il n’a pu le transmettre ce privilège à mon père.
En 2002, une loi de finance indique que la franchise accordée aux bouilleurs de cru encore titulaires du privilège est supprimée, cependant une période de cinq ans a prolongé jusqu'au 31 décembre 2007 l'ancien dispositif. A partir de la campagne de distillation 2008, les anciens titulaires du privilège pouvaient encore bénéficier d'une remise de 50 % sur la taxe pour les 10 premiers litres d'alcool pur. Un nouvel amendement voté au Sénat a prorogé le droit sur les 10 premiers litres jusqu'au 31 décembre 2010.

Sanilhac - Alambic ambulant.jpg



L’alambic présenté, est de la marque L. STUPFLER située à Bègles (Gironde) et probablement distribué par Alambics Silvestre Frères à Avignon. (5)
Cet alambic ambulant a pour mode de chauffage une chaudière à bois. Il faut aussi un point d’eau (un puits sur la carte postale ci-dessus) et un réseau d’évacuation pour les rejets. A Sanilhac, l’eau usagée courrait sur la place.

La distillation à la vapeur d’eau est devenue le procédé le plus courant. Trois cuves étaient reliées entre elles par de minces tubes. La première cuve, contenant de l’eau, chauffée et génératrice de vapeur. Cette dernière passait dans la cuve contenant le marc. La vapeur chauffait la cucurbite (6) par l’intermédiaire d’un serpentin placé à l’intérieur de celle-ci.
Les vapeurs d’alcool étaient condensées dans un serpentin de refroidissement couplé à un condensateur afin de rendre un alcool plus pur. Ce breuvage était ensuite recueilli par un petit robinet à l’extrémité du serpentin. La sortie et le goûter du premier jus était alors un cérémo-nial auquel nul n’aurait voulu se soustraire.
Si le principe de la distillation est simple, sa mise en œuvre requiert une attention de tous les instants : la température des cuves, vérifie la pression et l'alcoométrie, pendant que s'opère la délicate alchimie. Tout l'art du distillateur consiste à maintenir la "bonne chauffe", qui déter-mine le titrage et la saveur de l'alcool.

Image d’un temps révolu, le distillateur ambulant n’est plus qu’un souvenir ressuscité un instant de ma mémoire…..

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(1) De la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'à 1958, en France, la rentrée scolaire s'effectuait le 1er octobre (ou le premier jour ouvrable qui suivait). Elle a été avancée au 15 septembre en 1959.
(2) Après le soutirage du vin, le marc est récupéré et mis de côté pour être distillé. Il sera stocké dans des tonneaux dans l’attente de la venue de l’alambic ambulant.
(3) « On extrait par distillation du vin, ou de sa lie, le vin ardent, dénommé aussi eau-de-vie. C’est la portion la plus volatile du vin. », plus loin : « Elle prolonge la vie et voilà pourquoi elle mérite d’être appelée eau-de-vie. » Extrait du « De conservanda juventute » d’Arnaud de Villeneuve (1235-1313).
(4) Chaque bouilleur de cru avait droit à 10 litres d’alcool pur (100°) par an, soit 20 litres d’eau de vie à 50° ou 14 litres à 70°, mais cette réglementation était quelquefois transgressée. Il n’était pas rare que lors de jeux dans les paillers, nous découvrions une bonbonne cachée dans la paille ou le foin…
(5) Information donnée par Mme Delphine Lions, responsable boutique des « Distilleries et Domaines de Provence », 9 Avenue St Promasse, 04300 FORCALQUIER.
Implanté à Bordeaux depuis 1925, « Alambics STUPFLER » est spécialisé dans la conception et la fabrication d’alambics dédiés à la production d'eau de vie et spiritueux.
(6) Partie inférieure de l’alambic dans lequel on met le marc que l’on veut distiller et au-dessus duquel on adapte le chapiteau.

19/04/2010

Meilleurs voeux pour l'année 2009

Bono annado, bèn granado, bèn acoumpagnado
Bòna annada, ben granada e ben acompanhada
Bonne année, bien prospère, et bien accompagnée



Au nom du Conseil d'administration d'Histoire et Civilisation de l'Uzége, j'adresse nos meilleurs voeux pour cette année 2009, qu'elle apporte à chaque lecteur santé, sérénité et solidarité (liste non exhaustive).
Pour illustrer cette année 2009, j'ai choisi ce poème publié par Albert Roux, il y a 100 ans. Certes, les préoccupations de l'auteur nous paraissent bien lointaines, mais son interrogation sur le devenir reste éternelle : ...l’aveni ; De que sera ?....

Albert Roux Médaillon.jpg

1909 (1)

Déjà traùco l’aùbo e fai pinchoun ;
Es jouino e ben pourtanto,
A la coulour fresco, bono façoun,
Es l’aveni que nous encanto.

Es l’aveni ; De que sera ?
Es l’esperenço ; mai, belèu,
Tout ensemblo foudra’ntera :
Aqueli dous mot soun trop bèu !

A ! de segu, s’ere lou mestre,
Ou dise doù foun doù cur :
Des-es-noù cent noù, qu’anan estre,
Seriè l’annado : BONUR ! (2)

Bonur per lou Gard à Paris. (3)
Aquel journal tant sincère,
Tant pouli e tant plasen,
Souhaite que toujour prouspere
E dure
La vido de Matieù Salem ! (4)

ALBERT ROUX
De Sanilha dou Gard

1909

L'aube fait son apparition.
Elle est jeune, elle est bien portante,
Fraîches couleurs, bonne façon,
Elle est l'avenir qui enchante.

Elle est l'avenir ; qu'en penser ?
Elle est l'espérance ; qui sait
S'il ne faudra pas enterrer
Ensemble ces deux mots trop gais ?

Ah, certes, si j'étais le maître,
Je le dis du fond de mon cœur,
L'an mil-neuf cent neuf qui va naître
Serait nommé l'année BONHEUR !

Bonheur pour le Gard à Paris,
Ce journal tellement sincère,
Si agréable et si joli,
Je souhaite que toujours prospère,
Il vive
Aussi vieux que Mathieu Salem !

(1) Ce poème est une adaptation de celui qui est paru dans la revue « Le Gard à Paris » le 1er janvier 1906. Cette variante a été présentée dans le « Journal d’Uzès » en janvier 1909. La version 1905 – 1906 a été publiée dans « Lou Parage d’Usès/ Le pays d’Uzès » (B. Malzac – J.B Vazeille Lucie Editions 2007)

(2) L’année 1909 sera effectivement une période de bonheur pour Albert Roux :

=> Par arrêté du 20 janvier 1909, il a été promu officier de l’Instruction publique. Cette distinction créée en 1808 était destinée au personnel de ce qui est devenu l’Education Nationale. En 1850 (décret du 9 décembre), la décoration devient indépendante du grade universitaire, le titre d’Officier de l’Instruction Publique remplace celui d’Officier de l’université. Sous le second empire, le décret du 27 décembre 1866 étendit l’attribution des Palmes aux savants, aux littérateurs ainsi qu’aux personnes ayant bien mérité de l’Instruction publique.
Le dossier transmis au Ministère par la Sous-préfet d’ Uzès nous donne des indications sur cette promotion :
Fonctions actuelles
- Poète - conférencier
Fonctions qu’il a remplies antérieurement
- Membre correspondant de l’Académie de Nîmes
- Lauréat des jeux floraux du Languedoc
- Auteur de divers petits fascicules et de conférences.
L’annonce de cette distinction fut faite lors de la séance de l’Académie de Nîmes du 6 février 1909.
=> Autre motif de satisfaction, la création du Muséon Uzétien dont il fut l’initiateur et la cheville ouvrière. Tout comme Frédéric Mistral à Arles (Muséum Arlaten), Albert Roux souhaitait que la ville d’Uzès possède un musée où seront exposés tous les objets qui ont fait l’histoire et la vie de l’Uzège. Dans un article du journal d’Uzès de mai 1909, il décrit ce que devrait être ce futur musée : « …Aquel muséon sera lou recate de tout aqueli poulido caouso que soun nascudo e que soun estade sensa l’estampia de nosti gous, de noste biaï, de noste caratèro, de nosti usage… »
« …Ce musée sera le lieu de recueil de toutes ces jolies choses qui sont nés et qui sont sensées garder l'image de nos goûts, de notre savoir faire, de nos coutumes… »

(3) La revue mensuelle « Le Gard à Paris » créée en 1905, est l’organe officiel de l’Association les Enfants du Gard, association Amicale, Philanthropique, Littéraire et Artistique qui regroupe les gardois exilés dans la capitale. Alfred Longuet, originaire de Vers Pont du Gard en fut le président pendant de nombreuses années. Albert Roux collabora dès sa création par l’envoi de textes ou de poèmes.

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(4) Le nom de Mathieu Salem est une interprétation de Mathusalem. Ce personnage est mentionné dans l’ancien testament (chapitre 5, verset 27 de la Genèse) sous le nom de Metuschélah :
« Tous les jours de Metuschélah furent de neuf cent soixante-neuf ans ; puis il mourut. » Son nom est devenu synonyme de longévité.

17/04/2010

Lou parage d'Usès/Le pays d'Uzès

Histoire et Civilisation de l'Uzège présente une publication consacrée au poète félibre de Sanilhac, Albert ROUX

Lou parage d'Uzès - Le pays d'Uzès.jpg


Albert Roux (1871 – 1935). Né à Sanilhac, il n’a quitté son village qu’entre 1915 et 1918. Tout au long de sa vie, il a écrit des œuvres qui font maintenant partie du patrimoine littéraire de l’Uzège.
Après celui paru en 1985, cet ouvrage marque une nouvelle étape dans la redécouverte d’une production abondante et variée. Les poèmes ici rassemblés ont été inspirés par ce « pays » qu’il a passionnément aimé. Grâce à A. Roux, le lecteur retrouvera l’animation de la foire de la Saint-Firmin. Il parcourra aussi le territoire uzégeois aux innombrables curiosités naturelles. Il fera connaissance avec, entre autres, Ulysse Dumas, l’archéologue de Baron, ou Louis Pautex qui participa aux Jeux Olympiques de Stockholm en 1912.
Une riche iconographie accompagne, éclaire et complète les textes. Les cartes postales de l’époque restituent les lieux et les gens tels qu’ils apparaissaient aux yeux du poète. Au-delà de leur intérêt littéraire ces écrits constituent des documents ethnographiques de première importance pour la compréhension de l’histoire locale.

Présentation, traduction, notes et commentaires de Bernard MALZAC et Jean-Bernard VAZEILLE
Livre publié avec la collaboration de LUCIE EDITIONS - Collection Patrimoine
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