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13/08/2011

Valorisation de patrimoine rural à Arpaillargues

Dans le cadre de la valorisation du patrimoine rural, l’association La Zébrine (1), a organisé une journée d’initiation à la pierre sèche sur Arpaillargues. Encadrée par Didier Rieux, artisan de la pierre sèche, membre de la « Confrérie des bâtisseurs en pierre sèche », la journée avait attiré une douzaine de participants voulant s’initier ou parfaire leur technique de construction de mur sans liant. Didier Rieux s’est formé à la technique au côté de Maurice Roustan, bien connu dans le milieu de la pierre sèche, principalement en collaborant à la réfection des murs de soutènement du chemin de la Torte à Collias.

13 - l'équipe au complet avec son instructeur.JPG


L’objet des travaux pratiques : la restauration d’une partie d’un mur qui longe le sentier d’interprétation des Conques. A plusieurs endroits, le mur avait souffert de l’invasion de la végétation et du manque d’entretien, destin commun à de nombreux murs d’enclos qui maillent la garrigue au nord de la commune. Le week-end précédent, nous avions préparé le chantier en débroussaillant les abords et démonté la partie instable du mur sur environ une dizaine de mètres de longueur pour retrouver une assise plane et stable.

2 - toutes les pierres instables ont été enlevées.JPG


La restauration d’un mur de pierre sèche doit se faire dans le respect de l’art des bâtisseurs et de l’environnement dans lequel il s’inscrit. Nous avons la chance à Arpaillargues d’avoir de belles pierres en calcaire dur souvent équarries et faciles à travailler.

Préparation du chantier
Les pierres de restauration sont récupérées dans l’environnement immédiat (bien sûr pas dans le mur voisin !) : en général on les retrouve au pied du mur, entassées dans un éboulement ou enfouies sous la couche d’humus (sauf quand elles ont été pillées… et dans ce cas il faut chercher ailleurs). Lors de la préparation du chantier, on s’attache à trier ces pierres, par exemple en 3 tas : les belles pierres pour les parements, les dalles pour le couronnement du mur et les petites pierres pour le remplissage. On met de côté également les petites pierres de calage très utiles pour stabiliser l’assise des pierres de parement : éclats de pierre effilés, en coin.

Les parements
Le mur du sentier des Conques fait en moyenne 1m 65 de hauteur. Pour assurer sa stabilité, la verticalité des parements doit suivre une pente appelée le fruit. C’est ce qu’on observe sur les parties encore intactes du mur : celui-ci fait environ 1m20 à la base et 60 cm au sommet, couronné par des dalles plates. Le mur est remonté en menant les 2 parements en même temps : la face plane des pierres les mieux équarries vers l’extérieur en veillant à ce que chaque pierre pose sur 3 points d’appui et en calant si nécessaire avec des pierres de calage. En respectant une légère inclinaison des pierres de parement vers le centre du mur et en alternant pierres panneresses et boutisses on renforce sa solidité : la panneresse posée longitudinalement et la boutisse perpendiculairement, si possible de part en part. Il faut éviter les alignements verticaux des jointures, ce qu’on appelle coup de sabre. Pour cela les pierres sont empilées en imbrication en essayant de faire reposer chaque pierre à cheval sur deux ou trois pierres et en respectant le « fil » de la pierre.

5 - le cordeau vient aider à aligner le parement.JPG


Le remplissage
Au fur et à mesure que l’on monte le mur, les pierres de remplissage, pierres non facées ou trop arrondies pour venir en parement, viennent combler l’espace entre les 2 parements en veillant à bloquer les pierres entre elles pour consolider le mur : aucune pierre ne doit « jouer ».

Le couronnement
Les grosses pierres plates mises de côté lors de la préparation du chantier viennent terminer l’ouvrage. Elles peuvent être posées en clavade, dressées les unes à côté des autres, ou à plat, comme dans l’exemple de notre mur.

Les outils et ustensiles
Pour organiser le chantier et faciliter le travail de la pierre le recours à l’outillage du carrier et à quelques instruments est nécessaire et facilite le travail. La barre à mine aide à l’extraction ou au déplacement de grosses pierres ; la masse, le burin, le ciseau, le têtu ou la chasse permettent de refendre, tailler ou aplanir les pierres ; le cordeau guide pour l’alignement du mur.

12 - toute l'équipe à l'oeuvre.jpg


De l’avantage des murs en pierre sèche
Outre le côté esthétique du mur en pierre sèche (à condition que la réalisation soit irréprochable…) celui-ci présente des avantages non négligeables par rapport à d’autres constructions comme le mur maçonné ou bétonné. Sa nature drainante liée à l’absence de mortier permet à l’eau de ruissellement de s’écouler lentement sans atteindre sa solidité. La souplesse de sa structure lui confère une bonne résistance aux pressions et vibrations. N’utilisant pas de liants et recourant exclusivement au travail manuel, la construction en pierre sèche consomme peu d’énergie et participe au développement durable. Enfin, elle permet véritablement un travail créatif et procure de grandes satisfactions une fois l’ouvrage terminé, comme ont pu l’exprimer les participants à ce stage d’initiation : il n’y a pas à dire, à bien regarder, qui pourrait distinguer la partie restaurée de la partie ancienne ?

14 - le mur terminé.jpg


A la demande de certains participants ou d’autres personnes n’ayant pu assister à cette première sortie « pierre », l’association La Zébrine projette d’organiser d’autres chantiers. Toute personne intéressée peut se rapprocher de l’association.

(1) La Zébrine
4 Grand Rue
30700 – Arpaillargues
Mobile : 06 87 20 51 99
Mél : contact@zebrine.org
Web : www.zebrine.org

Bibliographie : PIERRE SECHE : guide de bonnes pratiques de construction de murs de soutènement, édité par la CAPEB auquel a participé la Confrérie des Bâtisseurs en pierre sèche.

Site de Didier Rieux : www.didierieux.fr

19/04/2010

Restauration d’une capitelle ou cabanne (1)

Cette petite cabane en très mauvais état a été inventoriée en 2007 lors de l'inventaire du petit patrimoine initié par le pays Uzège Pont du Gard.
Quelques mois plus tard Maurice ROUSTAN (2) le maître artisan de la pierre sèche et ses disciples Didier RIEUX (3) et Magali Bauza (4), tous membres de la Confrérie des Bâtisseurs à pierre sèche, me font part de leurs projets : Former des artisans Lozériens à la méthode de construction de la voûte en encorbellement.
Les financements ont été pris en charge par un organisme de formation professionnelle, mais il manquait le principal, la cabane dont seule la voûte serait en mauvais état et facile d'accès.
De brèves recherches dans l'inventaire nous ont permis de sélectionner la cabane de Mr Gérald PENIN située entre SANILHAC et SAGRIES aux abords du sentier des Capitelles.

IMG_0594.JPG


Le Syndicat Mixte des Gorges du Gardon (5) nous a mis à disposition le chantier d'insertion pour débroussailler l'accès au chantier et fait signer un prêt à usage tri partie (Mairie, Syndicat, particulier).
La mairie de SANILHAC-SAGRIES a refait la plate forme du chemin avec son tractopelle.
C'est ainsi que durant deux séances de deux jours Maurice ROUSTAN avec l'aide de Didier RIEUX et de Magali BAUZA ont transmis leurs savoir faire de la pierre sèche aux Lozériens et provençaux - membres des Artisans Bâtisseurs à pierre sèche (6) et les muraillers provençaux(7).

Photos 118.JPG


Les Gardes de l'Environnement du Conseil Général du Gard ont également participé à cette opération (appui technique et logistique).

IMG_0632.JPG


Cette opération est une grande réussite, modèle de développement durable, démonstration que des collectivités territoriales et des associations peuvent se mobiliser pour se réapproprier un espace agricole oublié ainsi que son patrimoine identitaire séculaire.

Texte de Cyril SOUSTELLE

Photos 117.JPG



(1) Le terme « capitelle » est la francisation du languedocien capitèlo (Dictionnaire analogique et étymologique des idiomes méridionaux de Louis Boucoiran 1875 :
« Capitèlo, Cabanau, Cabaneto : petit abri à pierres sèches dans une vigne ou un champ. Ces petits abris pour la tête (cap) ou pour le cuvier à vendange tendent à disparaître et sont remplacés par des mazets plus confortables. »
La dénomination de capitelle est couramment employée dans le secteur de Nîmes.
Dans les zones géographiques de Sommières, de la Vaunage et d’Uzès c’est le mot cabane que l’on retrouve dans les textes qui devrait être utilisé. Cette appellation est usitée à Sanilhac : la cabane du Bayonne.
Dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône, c’est le mot borie ou bori qui est employée.

(2) Maurice Roustan est le grand spécialiste et restaurateur des capitelles du Gard. Sa renommée locale lui a valu d'être intronisé chevalier de la Confrérie des bâtisseurs à pierre sèche. Il est l’auteur de quelques ouvrages : « Capitelles de Nîmes » Maurice ROUSTAN 1979 – « Garrigue, pierre sèche, capitelles de Nîmes », 1996 – « 500 capitelles de Nîmes » 1999
(3) Didier Rieux est artisan à Collias dans le Gard, il pratique la pierre sèche depuis 12 ans. Elève de Maurice Roustan, il a d'abord travaillé comme formateur spécialisé dans la pierre sèche et la restauration du patrimoine bâti dans le cadre des chantiers d'insertion et chantiers école. En 2007 il a passé son CAP de tailleur de pierre marbrier du bâtiment et de la décoration à la Fédération Compagnonnique du Bâtiment à Avignon. Il s'est installé à son compte en octobre 2008 et est membre des ABPS depuis cette date. (Extrait site : « Les Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches »
Il est également membre de la Confrérie des Bâtisseurs à Pierre Sèche de Nîmes.

(4) Magalie BAUZA, membre de la Confrérie des Bâtisseurs à pierre sèche, a participé activement à la réhabilitation de l'Ermitage Notre Dame Laval par le chantier d'insertion « Les Gorges du Gardon »

(5) Le Syndicat mixte pour la Protection, l’Aménagement et la Mise en Valeur du Massif et des Gorges du Gardon, présidé par Christophe CAVARD, regroupe 10 communes (Dions, Sanilhac, Poulx, Cabrières, Collias, Vers Pont du Gard, Castillon, Remoulins, Sernhac, Saint Bonnet du Gard) et le Conseil Général. Les objectifs de cette structure sont :
- Restaurer la qualité paysagère du site grâce à la réintroduction d’une activité pastorale
- Lutter contre les incendies et faciliter l’intervention des secours grâce au pâturage
- Limiter le recours au broyage mécanique et engendrer ainsi un gain économique
- Permettre au grand public et aux scolaires de découvrir le pastoralisme et les activités traditionnelles
Ce syndicat mixte couvre une Réserve Naturelle Régionale, créée en 2001, qui concerne 465 hectares entre le Pont Saint-Nicolas et Sanilhac, et une zone classée englobant les villages environnants.

(6) l’association « Les Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches » (ABPS) regroupe aujourd’hui 12 professionnels du bâtiment travaillant dans la Lozère, le Gard et l'Hérault (1 membre).
L'association a pour objet :
• de rassembler les chefs d’entreprises artisanales du Gard et de la Lozère qui mettent en œuvre les techniques de construction en pierres sèches.
• de proposer et organiser des réunions techniques et des formations ainsi que des réunions d’information et de débat.
• d’organiser ou de prendre part à toute manifestation ou toute initiative destinée à promouvoir le monde de l’artisanat et son savoir-faire sur les techniques de la pierre sèche.

Site internet : http:// www.pierreseche.fr/

(7) L’association des Muraillers de Provence (Vaucluse), créé en 2002, a pour objectifs : la promotion, la formation, l’expertise de la technique pierre sèche d’un point de vue architectural, l’environnemental, le social, le patrimonial et l’économique.

Site internet : www.muraillers-de-provence.fr/

Commentaires de Bernard MALZAC


Site à visiter : www.pierreseche.net/cerav.htm