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19/04/2010

Bulletin n° 107

Le numéro 107 de la revue a été adressé aux adhérents en ce début juillet 2008. En voici le sommaire :

- Le mot du Président
- Le Rhône rend ses trésors à Arles la Romaine
- Le lieu dit : le mazet d'Arpaillargues
- Balade dans l'histoire, balade dans Montaren
- Une belle promenade sur le sentier des Conques à Arpaillargues
- Païolive : association Saint Eugéne en Païolive
- L'oignon Rocambole de Paulette


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Les articles sont signés par Christiane Chabert, Mireille Berthier et Serge Urbain Maurin.

Adhèsion à l'association :
- individuel : 12 €
- couple : 19 €

18/04/2010

Balade dans Montaren, balade dans l’histoire

C’est par un dimanche ensoleillé d’avril (mois des balades) et à l’issue d’un délicieux et convivial repas pris à la ferme auberge de la Bruyerette que notre groupe d’une vingtaine de personnes se retrouve au pied de la Carcarie.
Voilà bien l’endroit idéal pour situer notre lieu de promenade qui s’étale entre la "montagne " de pierre et de forêt de chênes contre laquelle se presse le village et le confluent des Seynes et du minuscule mais parfois redoutable Rieu où se développent les cultures aujourd’hui " mangées " par les constructions de lotissements.

Montaren, la montagne de sable.
La colline qui culmine à 189 mètres d’altitude, est un reste de ces ondulations (les garrigues) formées lors du relèvement du Massif Central à l’ère Tertiaire (à la suite des soulèvements des Pyrénées et des Alpes).
Constituée de roches détritiques accumulées au fond des mers Secondaires et Tertiaires, la Carcarie a longtemps fourni aux habitants du village, la pierre calcaire et le sable destinés aux constructions.

Montaren, les origines du village.
En l’absence de fouilles archéologiques et de documents probants, il est évidemment difficile de décrire avec précision les origines du village. Situé au pays des Volques Arécomiques, cette peuplade celtique cumulait activités agricoles et commerce. On peut toutefois supposer que ce lieu offrait des atouts indispensables à cette activité et pourquoi ne pas imaginer que la Tour Sarrasine, posée sur un rocher culminant du village, est l’héritière (évidemment mille fois remaniée) de ces tours servant de greniers, d’abris pour les marchands et les animaux qui jalonnaient les voies de commerce reliant le Massif Central à la vallée du Rhône ?

Montaren - Tour Sarrasine.jpg






Montaren - Tour Sarrasine










Propriété, au XXème siècle, de Jean Puget dont la famille possédait le château de Montaren, la tour garde les marques de cette appartenance : les étais qui consolident le bâtiment ont la forme du P de Puget. Jean Puget fit aussi ouvrir des fenêtres à meneaux pour éclairer la tour (on dit qu’elles proviennent de l’abbaye de Valbonne) et il fit placer, à l’angle de celle-ci, une magnifique borne romaine.

Montaren - Le Château.jpg




Montaren - Le Château







La présence romaine est attestée de façon plus évidente (soubassement de la Tour Sarrasine, autel votif, fragments de statue découverts lors de la construction de la voie ferrée en 1880, tessons d’amphores, de dolia...). Les mas, comme tous ceux situés au nord d’Uzès se trouvent à une altitude d’environ 110 mètres et conservent la fière allure des anciennes villas gallo-romaines (la Mairie en particulier).

Ancienne Mairie Montaren.jpg



Ancienne Mairie Montaren






(Il s’agit de l’ancienne mairie et donc pas d’une villa romaine : elle a été construite au XIXème siècle, par contre, la maison que l’on voit en face à droite est le reste d’une ancienne tour de défense à la limite du fort)

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Montaren - Cour de la Mairie











Des invasions barbares au village médiéval.
Si les invasions barbares ont détruit la belle ordonnance de la civilisation romaine, il est évident que tout n’a pas disparu. A quelques kilomètres de Montaren, le prieuré de Saint Médiers continue à contrôler les voies de passage vers le Rhône et la tour Sarrasine à Montaren doit fièrement veiller sur les quelques habitations agglutinées autour des ses épaisses murailles.
Il faut toutefois attendre le XIIIème siècle pour voir apparaître vraiment un château et une famille des seigneurs de Montaren. A deux pas de la Tour Sarrasine, le château dresse une, puis deux tours massives et tout aussi austères. Le seigneur est alors le vassal de celui d’Uzès et aussi de l’évêque.
Très vite, la porte romane de l’Arcade, relie les deux minuscules villages (on compte moins de 7 feux (1) dans chacun) encore bien reconnaissables sur les plans. Le village entier s’entoure alors d’un rempart hérissé de tours (on les distingue dans la partie du Nord-Est du village) formant le fort.

Montaren - Porte de l'Arcade.jpg






Montaren - Porte de l'Arcade










L’actuelle rue des Acacias (qui entoure ce fort) occupe l’emplacement des anciens fossés et, le long de la Rue Principale, le Barry est un reste de l’ancien rempart. On y marche encore sur les voûtes et au dessous, les garages actuels occupent les anciennes échoppes des artisans d’autrefois.
(1) Le " feu " est une unité d'imposition de base qui correspond au foyer fiscal. Au Moyen Âge, il était défini comme un ensemble de personnes "vivant au même pot et au même feu ", c'est-à-dire menant une vie commune.

Le village de l’ancien régime.
En dépit des guerres de religion, le village qui a très vite adopté la Réforme, se développe considérablement aux XVIème et XVIIème siècles :
A l’intérieur du Fort, on construit un temple (à l’emplacement de l’actuelle terrasse du château) les maisons à degrés se multiplient sur cet espace réduit. Chaque étage étant parfois occupé par des familles distinctes ainsi que le révèlent les compoix (l’espace dont dispose une famille ne dépassant rarement 15 mètres carrés). L’artisanat accompagne désormais les activités agricoles : celui de la laine et celui du chanvre car Montaren dispose de nombreuses canebières.

Montaren - Avenue d'Uzès - Activité pastorale.jpg



Montaren - Avenue d'Uzès - Activité pastorale







Le Fort éclate donc et au Nord (la Roquette), puis à l’Est (les Amandiers) et au Sud (le Plan) se développent de nouveaux quartiers où se mêlent tenanciers du Seigneur, cardeurs, tisserands et aussi bourgeois (négociants, faiseurs de bas, notaires, chirurgiens, receveurs des tailles...). Chaque quartier semble replié sur lui-même, peu ouvert vers l’extérieur. Mais les maisons communiquent et les rues permettent de gagner rapidement le fort et de s’y mettre à l’abri (on est frappé par la ressemblance avec les bourgades à Uzès).

Montaren - Quartier du Plan.jpg



Montaren - Quartier du Plan






C’est au sud du fort qu’est reconstruite, à la fin du XVIIème siècle, l’église de Montaren (la vieille église située à l’Est ayant été détruite au cours des dernières guerres de religion). Sévère et ouverte vers le Nord (vers le Fort), la nouvelle église domine le quartier dont il faudra renforcer les défenses au moment de la guerre des Camisards (ces fortifications sont encore visibles de la route Alès-Uzès). Mais si l’extérieur est austère, l’intérieur, refait au XIXème siècle, offre un bel exemple de l’art Saint Sulpicien.

Montaren - L'église.jpg



Montaren - L'église








Les seigneurs de Montaren ont disparu depuis longtemps et une foule de coseigneurs (bourgeois enrichis qui ont racheté château, terres, droits de justice, de banalités, de censives...) se partagent le château et ses dépendances. Dans un souci de reconnaissance, aux yeux de la "vraie noblesse " et du Roi, ils copient ce qui se fait à Uzès, percent des fenêtres dans leurs demeures, entourent leurs portes de bossage en pointe de diamant et n’oublient pas de rehausser leur toit du pigeonnier qui affirme leur autorité. Là encore, comme à Uzès, les pigeonniers s’alignent du Nord au Sud du village, plaçant le pouvoir au cœur de celui-ci. Ils possèdent les bonnes terres, les terres à céréales qui s’étalent jusqu’aux Seynes. Mais à trop vouloir imiter les Grands, ils vont s’enfermer dans une routine destructrice et, bien avant la Révolution française, ils vont disparaître, ruinés ou dépossédés de leurs biens par la Révocation de l’Edit de Nantes. La destruction de leurs blasons sur les tours du château en 1790 signifie aussi la fin des Chapelier, des Folcher, des Lévêque, des Deroche... Seuls les d’Albon survivront quelques temps encore et leur nom subsiste avec le plus beau pigeonnier du village : la d’Albonne.

De nouveaux changements au XIXème siècle.
A force d’économie, quelques familles d’artisans vont réussir à acheter des terres. Beaucoup plus dynamiques que les anciens propriétaires, ils vont utiliser les engrais (le buis de la Carcarie sera abondamment exploité), multiplier les plantations de mûriers et l’élevage du ver à soie, développer les vignes...
Les quelques agriculteurs qui subsistent dans la commune aujourd’hui, sont souvent leurs descendants.
C’est vers 1830 que l’on reconstruit, au bout de l’aire des Amandiers, le Temple détruit en 1685. Les habitants du village vont payer de leur peine cette reconstruction, charriant depuis la Carcarie, pierres et sable destinés aux travaux. Soucieux de paix religieuse qui garantit le calme civil, le Roi Louis-Philippe, financera sur sa casette la fin des travaux.
Il reste des pierres et les familles protestantes vont en faire des murets entourant de petits jardins offrant les avantages des potagers arrosés avec l’eau des puits, souvent communs à deux jardins et celui de lieux de détente que la famille fréquente le dimanche après l’office.
Aujourd’hui, ces petits jardins, propriétés de particuliers ou de la commune, restaurés par l’Association "Citrouille et Compagnies" sont devenus des lieux de rencontres conviviales et festives.
Au cœur du village, artisans et commerçants ont disparu, les terres à blé ont laissé place à des lotissements. Au gré de ses ruelles, Montaren conserve cependant son charme un peu austère, un peu mystérieux.

Compte rendu réalisé par Mireille Berthier
Photos Mireille Berthier
Cartes postales Bernard Malzac