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12/09/2013

Les mines de phosphates de Saint Maximin et de la Capelle

Le XIXe siècle se caractérise par une très forte croissance de la population. Peu à peu, l'agriculture de subsistance laisse la place à une agriculture productiviste avec l’emploi d’engrais qui contribua à la recherche de nouvelles ressources industrielles. C’est dans ce contexte que commence la prospection des phosphates dans l’Uzége.

La découverte de mines de Saint Maximin

Le 17 mai 1882, M. Bourrely, marchand de vins à Avignon, offrit à la commune qui l’accepta de faire à ses frais des recherches en vue de découvrir des gisements de phosphates de chaux dont l'existence était soupçonnée. Peu de temps après, il céda son projet à Cyprien Gastal, vétérinaire à Remoulins  et Pierre Ardisson, entrepreneur à Uzès, qui reprirent les recherches entreprises et trouvèrent un gisement important.

La concession du bail d’extraction  du minerai de phosphates de chaux fut accordée par le Préfet le 8 avril 1884 pour une durée de 9 ans à la Société Gastal et Ardisson qui commença l’exploitation de ce minerai. Cette adjudication fut bien qu’approuvée, fut ensuite contestée devant les tribunaux à plusieurs reprises. 

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Plan extrait de la carte IGN

 L’exploitation des mines

Dans les plateaux calcaires de l’Uzége, les dépôts de chaux phosphatée se rencontrent tantôt dans des cavités souterraines, tantôt dans de simples fractures de la roche calcaire. A Saint Maximin, les mines, situées sur le plateau au nord-est du village, au lieu-dit les Planes furent exploitées  sous les dénominations de : « Grand chantier », « Petit chantier » et les « Trois Abîmes ».

A la fin de l'année 1885, ces gisements occupaient 86 ouvriers et produisaient environ 200 tonnes par mois (1). De 1886 à 1888, la production restait constante avec 2500 tonnes extraites annuellement. En 1889, elle était réduite à 2000 tonnes.

Par la suite, l'extraction des phosphates n'a fait que péricliter à cause de l’épuisement des filons, de la concurrence et de  la chute des prix. En 1890, la Société Gastal et Ardisson décida  de l'arrêt partiel des carrières de phosphorites de Saint-Maximin. La fermeture définitive eut lieu en 1893, au terme du bail.

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Entrée d'un puits

 Les mines de La Capelle-Masmolène (2)

 Contrairement à Saint Maximin, les gisements de la Capelle se présentent sous forme  de petits affleurements en surface contenant des sables et graviers phosphatés. Situés  au nord du village, leur exploitation fut entreprise à partir de 1888  par Pierre Ardisson et Thomas Jouve.  

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Un hangar et la bascule de la route de Pouzilhac, puis plusieurs bâtiments proches du site principal d'extraction furent construits pour abriter le minerai. A partir de 1889, la production atteignit 150 tonnes  pour parvenir à 200 tonnes en 1890, ensuite à 250 tonnes en 1891, à 400 tonnes en 1892 et livrer 450 tonnes en tonnes 1893. En 1891, Thomas Jouve est mentionné comme seul propriétaire. En 1897, l'entreprise devint la S.A. des Phosphates Fossiles de La Capelle. La production déclina peu à peu est la fin définitive de l’exploitation eut lieu en 1907.

 

(1)  Rapports du Préfet, procès-verbaux des délibérations - Conseil général du Gard 1886

(2) Sources : Wienin Michel ; Inventaire général du patrimoine culturel.

Bernard Malzac

24/04/2013

Un accident tragique survenu en 1922 à la mine de lignite de Serviers-Labaume

Samedi 1er juillet 1922, six mineurs travaillant à la réfection du boisage de la mine de lignite (1) située à proximité du Mas Pontier (commune de Serviers Labaume) ont été victimes d’un tragique accident.

Cette équipe, dirigée par Armand Boule de Serviers, devait terminer son travail à 16 heures.  Vers 17 heures, la femme de Brousse Julien ne voyant pas son mari revenir, se rendit à bicyclette jusqu'à la mine. Quand elle arriva, elle constata qu'une épaisse fumée accompagnée d'une odeur âcre se dégageait du plan incliné qui donnait accès aux galeries d'exploitation. Très inquiète de cette situation, elle appela aussitôt du secours.

M. Brahic Léonce qui travaillait dans un champ voisin, répondit à ses cris de détresse et tenta de pénétrer dans la galerie au péril de sa vie. Il parvint à atteindre le corps inanimé d’Armand Boule auprès duquel brûlait encore la lampe à acétylène portative, mais il ne put le ramener à la surface. Il faillit lui-même être asphyxié et regagna difficilement l’air libre.

Entretemps, le tocsin avait sonné et de nombreuses personnes des environs affluèrent sur les lieux, mais  faute de matériel adapté à la situation, ils ne purent organiser aucune tentative efficace de sauvetage.

Vers 19 h 30, le Maire de Serviers avertit la gendarmerie d’Uzès. Quelques temps après, de nombreuses personnalités se manifestèrent par leur présence. On peut citer : Marcel Martin, Conseiller d’arrondissement accompagné de M. Cauzid, juge de Paix du canton d’Uzès,  M. Farinole, procureur de la République et M. Aymeric, juge d’instruction. 

 

M. Martin tenta  d’organiser les secours et fit réunir les appareils nécessaires pendant qu’on allait chercher le docteur Blanchard (2), médecin à Uzès qui arriva rapidement accompagné de M. Meineu, chirurgien.

Entretemps, M. Bertharion, père et fils, ingénieurs et directeurs de la mine étaient arrivés sur le carreau de celle-ci. M. Bertharion père se fit attacher par la ceinture pour descendre au fond de la mine. Il fut suivi de M. Ribot, instituteur et M. Martin, Conseiller d’arrondissement.

 

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De 22 heures à minuit, les sauveteurs réussirent à extraire les cadavres d’Armand Boule (37 ans, père de 4 enfants), Julien Brousse (32 ans, père de 2 enfants), et d’Auguste France (65 ans, père de 7 enfants).

M. Roux, ingénieur, contrôleur des mines à Alais, arriva vers 1 heure du matin. Il prit part aux recherches en parcourant les galeries à la  recherche des dernières victimes et de déterminer les causes de ce dramatique accident.

Il fallut attendre le matin pour sortir celui  de Joseph  Darbousset (59 ans, père de 7 enfants) et d’Auguste Méjean (25 ans, célibataire). Le sixième accidenté, Henri Chazel, âgé de 17 ans, était tombé non loin du puits d’aération et les sauveteurs le retirèrent encore en vie, bien que paraissant inanimé. Le docteur Devèze d’Uzès lui prodigua les soins et parvint à le ranimer.

Les principales causes de cette asphyxie sont dues à un fort dégagement d’oxyde de carbone appelé par les mineurs la moflette (3), survenu à la suite d’un feu qui couvait depuis plusieurs jours. Le gaz avait dû s’accumuler et trouvant enfin une issue avait brusquement envahi la mine.

Le lundi 3 juillet, les obsèques eurent lieu sur le carreau de la mine où les 5 cercueils furent réunis pour un dernier hommage que rendirent la population et les personnalités par leur discours.

La presse régionale et nationale donna un large écho à ce drame (Le Journal d'Uzès, Le Courrier du Gard, L'Ouest-Éclair, L’Expresse du Midi,Le Midi Socialiste, L’éclair, L'Humanité…)

 

Ce texte a été rédigé à partir des souvenirs de M. Emile Accabat de Serviers aujourd’hui décédé et des articles de la presse locale et nationale de l’époque.

 

Mine de Serviers - Le chevalement forme de 2 murs trapézoïdaux en béton.jpg

Mine de Serviers - Le chevalement forme de 2 murs trapézoïdaux en béton

 

(1)  La mine située sur la commune de Serviers-Labaume fait partie de la concession d'Aigaliers qui fut accordée par ordonnance royale du 18 avril

1830, aux sieurs Garel, Robernier (Bruno Maiffredy de Robernier était le fils de Sylvestre et de Guillemine Verdier-de-Serviers) et Dupont.

En 1838, Garel et Robernier rachetèrentla portion de Dupoux. En 1854 l'exploitation fut suspendue, jusqu'à la création de la Compagnie des Lignites d'Aigaliers qui creusa un puits et l'équipa d'une machine à vapeur en 1883. Vers 1890, cette société se transforma en S.A. des mines et lignites d'Aigaliers. Cinq après ce fut Hilarion de Roux  qui racheta la concession qui fut reprise de 1923 à 1935 par la S.A. Française des Essences et Pétroles. Après une période d’abandon, ce fut Joseph Mouret qui assura une exploitation artisanale pendant la guerre. Les installations furent démantelées vers 1960.

 

(2)  Le docteur Blanchard  dont  une rue d’Uzès porte son nom, est né à Saint Quentin le Poterie le 28 juillet 1876 Externe aux hôpitaux de Montpellier en 1898 et interne en 1900, il fut reçu docteur en médecine en 1903 et exerça à Uzès durant toute sa carrière. 

 

(3)  Les mineurs et tous ceux qui travaillaient sous terre, étaient exposés aux accidents qu'occasionnait la présence des gaz non respirables. Ils avaient surtout à redouter trois espèces de gaz très dangereux : le fou brison, fou sauvage ou lerou, le ballon, et la moflette ou pousse. Les deux premiers paraissent n'être autre chose que du gaz hydrogène. La moflette est composée en grande partie de gaz azote. (Extrait de l’Essai médico-légal sur l'empoisonnement par N. Leclerc, Lacassagne – 1803)