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31/12/2011

Les Gardonnades au XIXe siècle -1ère partie

Les gardonnades sont les crues du Gardon qui proviennent des pluies abondantes tombées sur les Cévennes ou sur la plaine et qui dévastent tout sur leur passage.
Ces pluies peuvent avoir un caractère brutal  et se caractérisent sous la forme d'une véritable vague qui peut atteindre plusieurs mètres de hauteur (1). La crue atteint son élévation maximale en moins de 3 ou 4 heures, pour décroître ensuite très rapidement.

Une gardonnade est aussi le vocable générique utilisé pour désigner les énormes crues du Gardon qui proviennent de pluies diluviennes tombées sur une période parfois pendant plusieurs jours.

Suite au dernier article sur la crue de 1834, je me suis intéressé aux gardonnades du XIXème siècle.  A travers la presse nationale et régionale, j’ai pu dénombrer 26 crues (2) qui sont déroulées durant ce siècle. Certaines sont considérées comme historiques, d’autres sont de moindre importance et n’ont entraînés que des dégâts secondaires.

L’étude porte uniquement sur les territoires traversés par le Gardon et en dehors de ceux parcourus par ses affluents.

 

Les premières inondations du siècle survenues en novembre 1801 (brumaire An 10) et en septembre 1808  n’ont causé que des dommages sans gravité. Le Gardon est sorti de son lit à hauteur de la ville d’Alès  (3) en envahissant les quais (4) et ces inondations ont été de courte durée. La presse de l’époque ne donne aucune information sur les débordements du Gardon dans la plaine.

Alès Gardon en furie.jpg

 La crue survenue les 19 et 20 septembre 1811 a envahi les bas quartiers de la ville d'Alès. Là encore, les journaux parlent très peu de ces intempéries. Il est vrai qu’ils sont peu nombreux en ce début de siècle. Néanmoins, le physicien et naturaliste Louis-Augustin d’Hombres-Firmas (5) nous donne les indications suivantes :

« …Le Gardon grossit d'une manière extraordinaire, inonda toute la campagne, et entra dans la partie basse de la ville d'Alais. La pluie tombait par torrents dans les montagnes voisines ; tous les ruisseaux débordèrent et firent un dégât affreux dans les environs…

… Ces dernières inondations sont les plus considérables que nous ayons éprouvées depuis celle d'octobre 1795.

Le 20, vers cinq heures et demie du matin, le Gardon, qui avait diminué dans la nuit, grossit de nouveau, et s'éleva 0, 5 mètres plus haut que la veille au soir. Veut-on un exemple de la vitesse avec laquelle croît notre torrent ? On prétend qu'à quatre heures du matin on voyait le gravier à découvert dans quelques parties de son lit couvert bientôt après de plus de deux mètres d'eau ; j'ajouterai que, le 18, un enfant aurait pu guéer presque partout… »

 Le 29 septembre 1815, un déluge s’abattit sur la ville d’Alès entre  19 et 21 heures. En l’espace d’1h et demi il tomba  93 mm d’eau au mètre carré. Une délibération de la ville, datée du 4 octobre 1815, nous relate l’épisode : « …Les principaux établissements du commerce des soies, les magasins de draperies, pharmacies, épiceries, moulins et usines, ont été submergés à plus de deux mètres de hauteur; les vendanges, à peine achevées, ont été emportées ou détruites dans les caves subitement envahies par les eaux. A l'extérieur, les eaux passant par-dessus les arches du pont du Marché et du Pont-Vieux, en ont renversé les parapets; de là elles ont étendu leurs ravages sur les promenades et chemins publics, sur les jardins et enclos du territoire de la ville, et spécialement sur la grande prairie, où elles ont occasionné d'immenses désastres… »

Les commissaires nommés par le Conseil municipal estimèrent les dégâts  à plus 1 200 000 frs. La communauté saisit l’occasion pour faire avancer les travaux d’aménagement du Gardon et  pour demander une subvention « pour la continuation du quai de ceinture, dont la construction fut ordonnée par le gouvernement en 1786, et dont l'interruption expose la ville, chaque année, dans la saison pluvieuse, au même danger, la confection de ce travail étant le seul moyen capable de la préserver, à l'avenir, des malheurs qu'elle vient d'éprouver. »

Plan, Alais, Alès, Gard, ville, Gardon, 1910 

Par ailleurs, le Baron Louis-Augustin d’Hombres-Firmas dans un  numéro de la revue « Recueil de mémoires et d'observations de physique, de météorologie d’agriculture » de 1838 complète la description :

« …Le 29 septembre 1815 il plut tout le jour dans les montagnes au nord d’Alais. Un vent violent du S.-S.-0  y amoncelait des nuages noirâtres et le tonnerre grondait dans le lointain. Nous n’éprouvâmes dans la journée que de petites averses qui produisirent seulement 2 millimètres d’eau ; mais vers le soir le vent tourna : l’orage était sur la ville, les éclairs et les roulements du tonnerre très rapprochés étaient continuels; la pluie, qui commença à huit heures, tombait par torrents un instant après ; et à 9 heures et demie, lorsqu’elle cessa, j’eus 93 millimètres d'eau dans mon udomètre.

Le Gardon et les ruisseaux qui s’y jettent, enflés par les nuées qui crevèrent au- dessus des montagnes dans la journée, inondèrent toute la plaine; la partie basse de la ville fut submergée; il y avait deux mètres d’eau dans le Marché, la Grand’Rue, la Fabrerie et les  rues adjacentes: elle remplit les caves et les magasins. Les désastres qu’elle occasionna furent estimés deux millions !... Et l'on ne peut pas évaluer tous ceux qui ont été éprouvés dans les campagnes. Il y en a d’irréparables ! Des murs renversés, des arbres déracinés et le terrain qui les supportait entraîné; des roches laissées nues, là où le Cévenol avait un petit pré, ou semait un peu de seigle; d’un autre côté, des champs, des prairies remplis de pierres énormes ou recouvertes d’une épaisse couche de gravier !...

Les pâturages seulement inondés auraient été très mal sains pour nos bestiaux ; les troupeaux qui mangèrent les foins mêlés de vase en ressentirent les mauvais effets; on les fit laver, on les mélangea avec d'autres ou avec de la paille pour en tirer parti. Les prairies artificielles et particulièrement les sainfoins qui viennent loin des rivières, nous furent d’un grand secours… 
Selon certaines sources, qu’il reste à vérifier, cette inondation aurait fait 5 morts dans le secteur d’Alès.

Le jeudi 5 octobre 1826, le Gardon courroucé  déversé ses eaux le long de ses berges sur l’ensemble de son réseau. Alès et son arrondissement (surtout dans la partie nord) payèrent un lourd tribu. L’Uzège eu à subir les mêmes dommages : dans certains villages les eaux se sont élevées à la hauteur du premier étage, des murs ont été renversés, des champs entiers et des gerbiers ont été entièrement détruits. Hormis des dégâts matériels, parfois conséquents aucune perte humaine ne fut à déplorer.  

Au-delà de la Gardonnenque, la crue du  3o au 31 août 1834 décrite dans le précédent article  a  concerné la branche du Gardon qui passe à Anduze et qui a débordé avec une égale violence :  les ateliers de filature, qui en grand partie sont situés dans la partie basse de cette ville, ont été les uns emportés, les autres complétement détruits. Toutes les propriétés riveraines ont souffert des dommages considérables, surtout le bestial, que les propriétaires n’ont  n'a pas eu le temps d'évacuer et qui ont presque tous péri. Par contre, cette crue n’a fait aucune victime humaine contrairement à l’inondation du Gardon d’Alès.

Le mardi 8 novembre 1836, une gardonnade singulière eut lieu dans le sens où seule la partie inférieure du fleuve eut à subir des débordements, notamment, le village de Comps. Cette commune située à la confluence du Gardon et du Rhône subit la furie de celui-ci et de son affluent. Cette année-là, c’est la crue du Rhône qui provoqua le débordement du Gardon dans son lit inférieur. Cette inondation aurait pu être dramatique sans le courage d’un habitant du village qui sauva 3 personnes en perdition. Le Courrier du Gard, dans son édition du 30 novembre en fait le récit : « …Sur la rivière trouvaient trois malheureux vieillards, deux hommes et une femme, n'ayant ni la force ni le courage de se soustraire au courant et d'aborder à la rive. Déjà leur frêle embarcation avait été submergée; une  mort hideuse menaçait de les engloutir à chaque instant, quand un cultivateur de Comps Niquet, seul parmi une quinzaine de personnes qui restaient spectatrices, affairées de cette scène désolante, prend la haute résolution d'aller leur secours il s'empresse, va se jeter à l'eau quand il aperçoit par bonheur un batelet que le  contre-courant avait amené à sa portée. Sauter dedans, le diriger et le conduire avec une merveilleuse dextérité  vers les naufragés dont le péril devenait toujours plus  imminent, fut pour lui l'affaire d'un instant. Ses efforts  prodigieux, secondé d'une remarquable adresse, assurent bientôt la réussite de sa Noble action, et malgré la petitesse de son bateau, il parvient à remettre son triple et précieux fardeau entre les mains des personnes que le  son de la cloche d'alarme avait attirées sur les bords du Gardon…»

Gradon, Rhône, Comps, Beaucaire, inondation 

Le 24 septembre 1840, Alès subit à nouveau la vindicte du Gardon. Les eaux se sont élevées à plus de cinq mètres au-dessus du niveau ordinaire et ont envahi la ville basse. Cependant un mois plus tard, ce fut comme dans la précédente crue, une inondation historique du Rhône qui provoqua d’énormes dégâts dans les villages limitrophes. Montfrin eut à subir la destruction de plusieurs maisons et de nombreux moulins ont complétement disparus. Le journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute Garonne du samedi 7 Novembre 1840 décrit l’’état de désolation : « …les habitants depuis deux jours se sont réfugiés sur les toits de leurs maisons. On n'entendait durant toute la nuit dernière que cris et lamentations de ce côté, sans qu'il fut possible d'arriver jusqu'à eux et de leur donner le moindre soulagement…».

Les pluies orageuses qui s se sont abattues sur les Cévennes dans la nuit du mercredi 9 et dans la matinée du jeudi 10 octobre 1844 ont causées beaucoup de dommages à la châtaigneraie : un grand nombre d’arbres ont été entraînés par les eaux torrentielles et ont été déversés dans le Gardon ce qui a provoqué de nombreux débordements. Le 10 octobre, à midi, les eaux avaient pénétré dans toutes les rues basses d'Anduze.

Je terminerai cette première partie consacrée aux gardonnades par la crue historique de l’automne 1846 :

Dans la nuit du 19 au 20 septembre, un orage diluvien s’abat sur le secteur d’Alès. Quelques heures plus tard, le Gardon a énormément grossi, pénétra dans Alès par une brèche de 50 mètres environ que ses eaux  avaient faite au parapet du quai des États et il atteignit rapidement le second étage des maisons de la ville. Le courrier du Gard  relayé par le journal de Toulouse du 29 septembre 1846 nous en fait le récit : « … Dimanche matin, vers 5h, les habitants d’Alais furent surpris par les eaux. Dans quelques instants, elles montèrent jusqu’au second étage. Le faubourg du Marché a été le premier inondé. Toutes les filatures et les fabriques de soie ont été envahies et les moulins et les ballots de soie entraînées. Les habitants n’ont évité qu’une mort certaine en se réfugiant vers la montagne. La ville, un instant protégée par ses boulevards, a bientôt été submergée. Le Gardon a pénétré par deux énormes crevasses et un ravin immense qu’il a creusé. Le boulevard de l’Hôpital a cédé le premier ; le torrent, après avoir emporté l’entrepôt de charbon du chemin de fer, a balayé sur son passage les filatures, les fabriques, les jardins, etc…

La Grand’Rue d’Alais et les quartiers bas de la ville ressemblaient à de vastes étangs. Le Pont-Vieux a presque cédé, les maisons et hôtels ont été envahis jusqu’au second étage. On ne connait pas encore tous les malheurs que l’on a à déplorer. Les pertes sont incalculables. Parmi les morts, on cite M. Coste, ancien marchand drapier et M. Bauquier, orfèvre. La fin de de ces deux malheureux est affreuse à entendre conter. M. Coste fut réveillé le matin par le bruit des eaux, sa maison donnait du côté sur le quai et de l’autre sur la place du Marché. Il crut se mettre à l’abri en consolidant en consolidant la porte extérieure de sa maison et celle de la cuisine. A peine fermait-il cette dernière porte que l’eau, arrivant avec force, enfonçait les deux barrières et le surprenait au milieu de l’escalier, lui et un de ses locataires qui était venu à son aide. Mme Coste était en haut de l’escalier, les pieds dans l’eau et criant au secours. Entrainés par le torrent sous les voûtes du marché M. Coste et son locataire demeurèrent fort longtemps cramponnés aux crochets de fer dont ces voûtes sont munies ; ce dernier plus jeune et plus fort, parvint à échapper à l’envahissement des eaux, en allant s’accrocher au support d’un réverbère à gaz. M. Coste, moins heureux, fut entraîné et l’on a retrouvé son cadavre qu’à l’écluse.

Alais, Alès, inondation, ville, Gardon, Grand’Rue, place du Marché, quartier, faubourg

M. Bauquier, orfèvre, dans la Grand’Rue, était parvenu à enlever presque toutes les caisses de bijoux, quand l’eau, envahissant le magasin jusqu’au plafond, ferma la porte par laquelle il avait pénétré. Il se fraya une issue en cassant un carreau de de la partie haute de la porte extérieure et arriva dans la rue porté sur l’eau. Excellent nageur, il comptait sur ses forces et une fois à l’air il se croyait sauvé. On lui lança un drap de lit du second étage ; déjà il s’était cramponné, sa femme lui tendait la main, il la saisissait, quand, ses forces l’abandonnant, il lâcha prise et fut entraîné par le torrent. La lutte avait été longue, et entouré par un tourbillon, il s’était, un instant auparavant, fendu la tête contre l’arrête d’un mur. Au même moment, on voyait passer, emportés par les eaux, une femme et son petit, encore attachés à un drap de lit, au moyen duquel on n’avait pu les sauver. A côté de ces malheureux qui périssaient, d’autres donnaient des preuves d’un dévouement remarquable. C’était le moulinier Levesque, vieillard de 70 ans, qui nageait dans les murs d’Alais pour sauver de moins habiles que lui. Sa présence d’esprit et sa longue habitude des inondations lui permettaient de choisir parmi les cordes qu’on lui lançait celles qui pouvaient le porter et d’attendre qu’on pût  lui en envoyer d’autres. On raconte aussi qu’un homme, couché près de son enfant, fut tout à coup réveillé par l’eau qui soulevait son lit, celui de l’enfant plus léger, avait été retourné et le malheureux père avait perdu tout espoir. Longtemps il se soutint sur l’eau, les jambes ouvertes pour saisir son enfant au passage, si le courant l’entrainait, il ne sentit rien. Enfin désespéré, il était prêt à plonger dans la rue et à continuer ainsi ses recherches jusqu’à l’écluse, quand il eut l’idée de monter à l’étage supérieur qu’habitait sa mère. Il trouva sur le lit de celle-ci son jeune enfant de deux ans qui était parvenu à se sauver miraculeusement et qui s’était réfugié près de sa grand-mère  au milieu d’une chambre où l’eau avait aussi pénétré. 

Le fait suivant, rapporté par des témoins oculaires, donne une idée de la violence du courant. Une immense chaudière en cuivre était depuis longtemps en construction sur le quai. Elle a été entraînée dans l’étroit escalier qui conduit au pont du Marché et littéralement aplatie contre un pilier.

Les pertes éprouvées par les marchands d’Alais sont inappréciables. Malheureusement, tous les magasins sont situés à la place du Marché ou dans la Grand’Rue. Le blé, la farine, les draps, les étoffes, l’huile, les soies, tout était entraîné par le courant. Quelques négociants n’ont pu sauver que leur portefeuille ; d’autres ont tout perdu. Les marchands de nouveautés n’ont pu rien conserver et ce qui leur reste est très détérioré. Les droguistes ont perdu toutes leurs denrées, les sucres se sont fondus, les huiles ont coulé dans le torrent. Un courtier d’Alais a pu en recueillir huit hectolitres au-dessus de l’eau. Un droguiste en avait enfermé ; le veille dans ses magasins trois cent hectolitres qu’il a  vus suivre les eaux. Les horlogers n’ont pu sauver que quelques objets ; l’un deux, dont le magasin était bien assorti, n’a retrouvé qu’une pendule.

L’inondation a duré deux heures et le, lendemain le gardon était rentré dans son lit ; hier on l’aurait passé sur une planche.

On conçoit dans quelle désolation se trouve la ville. Il est fort difficile de parcourir les rues que la vase encombre. Les quais sont creusés à tous les pas de profonds ravins, quelques maisons fortement ébranlées menacent ruine. Plusieurs familles ont tout perdu et ne peuvent se nourrir. M. le Préfet du Gard s’est transporté sur les lieux et M. le Maire d’Alais  a fait distribuer du pain aux familles qui en manquent. On craint beaucoup de faillites. Le commerce d’Alais ne se remettra pas de longtemps de ce désastre. La plus forte inondation, celle de 1815, est loin d’avoir causé autant de pertes.

On attribue la crue subite du Gardon à une trombe d’eau qui aurait fondu sur les hauteurs de l’arrondissement d’Alais. Le Gardon d’Anduze n’est point sorti de son lit. Les travaux des mines de la Grand ’Combe et de Champ-Clauzon ont beaucoup souffert. On n’a  à déplorer  la perte d’aucun mineur. La plupart ont pu se sauver par l’ouverture de la mine, d’autres ont échappé aux eaux par les puits d’aérage. Plusieurs chevaux ont péri dans les mines… »

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Dans le prochain article, j’évoquerai les gardonnades de 1852, 1856, 1857, 1858, 1861 et 1863.

(1)     Mr Armand Merlo d’Uzès,  qui exploitait une carrière de sable sur les bords du Gardon à Collias, m’a indiqué avoir vu une vague d’environ 3,50 mètres arrivait sur un front qui occupait une largeur bien au-delà du lit normal de la rivière.

Pour ma part, j’ai pu voir ce phénomène à hauteur du pont Saint Nicolas mais la vague était de moindre importance (1,50m).

(2)     Cette énumération n’a rien d’exhaustif, elle vient compléter les différentes études sur ce sujet.

(3)     Jusqu’en 1926, Alès s’est orthographié «Alais». 

(4)  Suite à la crue historique de 1741, la ville commença les aménagements des bords du Gardon par la construction de quai sous la direction d’Henri Pitot, ingénieur, directeur des travaux publics de la Province.  Les travaux durèrent une éternité car les ressources de la commune ne lui permirent pas d’assurer les frais de la continuation du quai de ceinture entrepris pour la préserver des dangers d’inondations auxquelles elle était exposée. Encore en 1817, la ville sollicitait le ministère de l’Intérieur pour obtenir le financement des travaux.

(5)     Mémoires de l'Académie de Nîmes 1813 - Observations faites à Alais par M. Dhombres-Firmas en 1811

 

 

 

 

16/12/2010

L' oulivado - La cueillette des olives

Novembre, la cueillette des olives, l’olivade ou l’olivaison bat son plein et il n’est pas rare de voir dans nos campagnes, se mouvoir dans les oliviers des ombres incertaines accrochées aux branches, ce sont lis oulivaïre (1) :

Quand vèn lou matin tout blanchi pèr l'eigagno
Quand vient le matin tout blanc de rosée
Vesès lis oulivaïre ana toutis à flot
On voit les cueilleurs d'olives aller tous ensembles
S'en van en risènt au pèd d'uno moutagno
Ils s'en vont en riant au pied d’une montagne
Ramassa lis oulivo e groussi lou magot.
Ramasser les olives et grossir leur bourse

Extrait (1ère strophe) de la « Cansoun dis Oulivaïre » composée par Irénée AGARD (1878-1944) de Caromb (Vaucluse) et réinterprétée par Patric dans « les plus beaux chants d’Occitanie Vol 2 - Languedoc & Provence » ou dans « Patric en concert ».


L'oulivado.jpg


L’olive transformée en huile a été une des bases nutritionnelles dans nos pays méditerranéens depuis « des temps immémoriaux » (2)

Quand à l'olivier, il semble naitre à l'état sauvage en Asie Mineure au début du néolithique (8000 ans avant JC). Son aptitude à s'adapter à différentes structures de sol fait qu'on le retrouve sa culture sur le pourtour méditerranéen bien des siècles plus tard.
De nos jours, les principales variétés (3) cultivées dans le Gard sont la Picholine (plus de 85 %), la Négrette ou Noirette (plus de 70 %), les variétés secondaires pour moins de 15 %: la Lucques, Sauzen Vert, Rougette de l'Ardèche, Olivastre, Broutignan, Vermillau, Cul Blanc, Verdale de l'Hérault, Aglandau, Amellau, Pigalle, Piquette.

La plus connue de toutes, dans notre région, est évidemment la Picholine. Cette variété, aussi appelé Plant de Collias ou Colasse est originaire de Collias.
Selon la légende, ce sont les grecs de Phocée, à l’origine de la création de Collias, qui, fidèles à leur rôle de diffuseurs de l'olivier, comme ils l'avaient déjà fait à Massalia en 600 avant J.C., auraient planté ou plutôt greffé un olivier sur l'oléastre indigène et créé le plant de Collias.
Le terme Picholine vient de la mise au point d'une méthode de désamérisation par les frères Picholini de Saint Chamas (Bouches du Rhône) en 1780. Ces frères Picholini, originaires d’Italie, installés comme préparateurs d’olives à Marseille, pour "transmuer en douceur l'amertume de l'olive verte", trouvèrent l'astuce "de la laisser 2 mois dans une lessive alcaline de cendre de bois", ainsi naquit l’olive à la Picholine.
Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les chimistes mirent au point la lessive de soude, ce qui facilita la maîtrise de la désamérisation des olives en plus grande quantité.
La qualité gustative de cette préparation et sa typicité ont dépassé les limites de notre région pour conquérir le marché européen.
Après l’Appellation d'Origine Contrôlée obtenue pour "l’huile d'olive de Nîmes" en 2004, l'olive Picholine a été reconnue en AOC en 2006, et s’appelle désormais "Olive de Nîmes".
En novembre 2010, l'Olive de Nîmes a obtenu sa reconnaissance en Appellation d'Origine Protégée (4), signe officiel de qualité reconnu à l'échelle européenne, qui remplace dorénavant l'AOC.

De nos jours le Gard compte 3900 hectares de superficie oléicole dédiés à la production de l'huile d'olives, ce qui représente 8 % de la superficie oléicole nationale, et élève le département au troisième rang national.

De Collias à Sanilhac, nous n’avons qu’un pas à faire pour écouter le Félibre de Sanilhac :

CANSOUN DIS OULIVADO (5)
CHANSON DES OLIVADES

Aquelo poulido cansoun
Cette jolie chanson
Que duro touto la journado
Qui dure toute la journée
Maougré lou fré de la sésoun,
Malgré le froid de la saison,
Es la Cansoun dis Oulivado.
C’est la chanson de l’olivaison.
Escoutas la, vé, que vaï ben,
Écoutez bien, car elle va
Parla l’amour de moun village
Dire l’amour de mon village
Et soun couplet que s’endeven,
Et son couplet qui s’ensuit
Din l’oulivié faï soun ramage.
Dans l’olivier fait son ramage.
Din qu’un tem, ia maï de cent an,
Il y a de cela cent ans,
Un réi vouié’spousa Pastresso.
Un roi voulait épouser une bergère
– Sian per aqui ver la Toussan –
– Nous sommes vers la Toussaint –
Lou réi iè fasiè de proumesso.
Le Roi lui faisait des promesses
La Pastresso aïmé maï soun Jan.
La bergère péfère son Jean.
Aïmé maï mi bedigo
J’aime mieux mes brebis
Que touti ti diaman,
Et malgré tes diamants,
Aïmé maï mi garrigo,
J’aime mieux mes garrigues,
Aïmé maï moun béou Jan.
J’aime mieux mon beau Jean.

Albert ROUX
Décembre 1911.

Traductions B. Malzac

(1) Cueilleurs d’olives
(2) Expression que l’on retrouve souvent dans les textes anciens pour indiquer la lointaine origine.
(3) Référence site AFIDOL - Association Française Interprofessionnelle de l'Olive a été créée en 1999.
(4) A.O.P est la dénomination d'un produit dont la production, la transformation et l'élaboration doivent avoir lieu dans une aire géographique déterminée avec un savoir-faire reconnu et constaté. L’olive de Nîmes ou Picholine est cultivée et transformée dans 183 communes du Gard et dans 40 communes de l’Hérault.
(5) Poème extrait de « Lou parage d’Usès » - Présentation, traduction, notes et commentaires de Bernard MALZAC et Jean-Bernard VAZEILLE - Lucie éditions 2008 - Voir la rubrique « livre » de ce blog.