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03/11/2010

La Rouvière:le village et son terroir :

Sous la conduite de Claude Philip et de Jean-Gabriel Pieters, co-auteurs du livre « Un village du Gard : Gens et Paysages » qui vient de paraître (1), les adhérents d’HCU ont découvert l’univers historique du village de la Rouvière.

La Rouvière en 1908.jpg





Le village et son terroir : La Rouvière

La partie ancienne du village, château et centre historique, est édifiée sur un éperon rocheux (105m.). Le reste du terroir, tout en longueur, est constitué d’une part, par les collines, autrefois vouées à l’élevage et à la vigne et, d’autre part, par une grande plaine marneuse (un lac au néolithique), autrefois en nature de céréales. La vigne structure le paysage d’aujourd’hui.
J.G. Pieters précise que deux anciennes voies gallo-romaines se situaient à proximité du terroir. L’une, la voie de plaine, route des Arvernes menant en Gergovie, ou chemin Regordan (la D 106)
Et l’autre, la route des Gabales, ou chemin des crêtes, entre Nîmes et Lédignan. Elles ont permis à la tribu des Volques Arécomiques de notre région, de se relier aux autres tribus celtes.Un oppidum est attesté à la Rouvière, occupé au néolithique, il fut abandonné vers le Ve siècle avant J.C. Un cami de la saou, route du sel, passait aussi près de Gajan. (Relire: les chemins à travers les âges de P.A. Clément)
Enfin, de nombreuses traces d’occupations gallo-romaines sont attestées dans tout le territoire, comme très souvent dans notre région,( toutes les données archéologiques figurent dans la carte archéologique de la Gaule, Paris, 1999 )

La Rouvière inscription.JPG

Pierre encastrée dans le mur de la mairie, trouvée à La Rouvière : "Domitia, fille de Licinus a, de ses deniers, élevé ce tombeau; Lucia, sa petite fille, Tertula, sa belle-fille.."

La Rouvière en Malgloirès faisait partie de la viguerie et du diocèse d’Uzès.
Ecclesia sancti-Martini de la Roveria est son premier nom connu (1108 cartulaire N.D. de Nîmes.) Le prieuré de St-Martin de la Rouvière était uni au chapitre de Nîmes.

La Rouvière au temps des Comtes de Toulouse.

Les seigneurs de la grande Maison Anduze-Sauve devinrent vassaux des Comtes de Toulouse:
Quand ceux-ci bâtirent leur supériorité féodale sur les puissances moindres de la Gardonnenque (J.G. Pieters dans N° 149 du lien des chercheurs cévenols).
On trouve Bermond de Sauve, seigneur de La Rouvière en 1237... Bertrand de Sauve, de 1391 à 1426 et son fils Jacques de Deaux de 1437 à 1439. La seigneurie de La Rouvière passe entièrement, par succession, dans la famille de Montlaur de Murles au cours des années 1470.
Pierre encastrée dans le mur de la mairie, trouvée à La Rouvière : Domitia, fille de Licinus a, de ses deniers, élevé ce tombeau; Lucia, sa petite fille, Tertula, sa belle-fille.. Cette pierre atteste de l’existence de villas romaines dans le village.
En 1555, le quatrième Jean de Montlaur (mineur de 23 ans) est contraint de vendre aux enchères sa seigneurie de La Rouvière, ainsi que la tour ruinée et coseigneurie de Gajan, pour pouvoir payer les dots de ses 8 sœurs.
L’acquéreur (au prix de 4400 livres) est Robert Le Blanc, juge royal de Nîmes et syndic de la province de Languedoc. Il est chevalier (armé chevalier sur le champ de bataille en 1559) seigneur de La Rouvière et de Fourniguet (vers St Gilles.)
Dès 1562, l’implication de Robert Le Blanc, protestant, dans les conflits religieux de l’époque, lui fait perdre son office de syndic(1564). Pour sa participation à la Michelade (1567), il est destitué de sa charge de juge royal et condamné à mort par contumace. Il trouve refuge dans ses terres de La Rouvière. Il est actif au sein de la religion prétendue réformée.
Il finit ses jours en 1578.
Pierre Le Blanc, son fils et successeur, protestant, aura 9 enfants. Il meurt le 1er octobre 1599 à 36 ans étant premier consul de Nîmes en charge. Guidés par J.G.Pieters., nous avons pu voir une partie de sa pierre tombale dans la cour du château.
Son petit fils Pierre rachète en 1662, une partie de la coseigneurie de Gajan qui était sortie de la famille en 1589.
Ce sont les Leblanc: Pierre au XVIe siècle (1584) puis autre Pierre au XVIIe (1655 à 1678) qui apportèrent des modifications importantes au château féodal, presque du tout ruyné en 1555, de surcroît bombardé en 1575. Ils achevèrent de le transformer en une élégante demeure Renaissance avec ses toits de tuiles en écailles vernissées et ses merveilleux jardins.
Lors de la visite du château, J.G.Pieters, nous montra d’abord, vue de la place du village, la façade Nord de l’édifice. On y remarque deux fenêtres à meneaux (datant des travaux de1584) dont une greffée sur la grosse tour rabaissée, probablement décapitée lors de la prise d’assaut qu’effectua le duc d’Uzès en 1575.

La Rouvière Château 1.JPG




Façade Nord








Nous longeons la façade, du côté de l’est, pourvue de mâchicoulis à arcades et où s’ouvrait, jusqu’au milieu du XVIIe siècle, une poterne munie d’une herse, par laquelle on accédait à la cour intérieure. Après nous être attardés sur la plate-forme du château (panorama dans la direction de l’Uzège et de la garrigue nîmoise), nous traversons la basse-cour puis franchissons une splendide porte armoriée donnant sur une charmante cour intérieure pourvue d’un puits à la fine ferronnerie. Elle est entourée de pavillons remodelés dans le style Renaissance avec attique; s’y trouve aussi un grand escalier à balustres édifié en 1655 à l’emplacement de la poterne (que nous n’avons pu apercevoir en raison du morcellement de propriété effectué en 1806, ses arcades sur la cour ayant dû être murées.)

Invités à traverser les pièces habitées du rez-de-chaussée pour descendre au jardin, nous nous retrouvons sous un bouquet d’immenses lauriers dominant une grande plaine dégagée (panorama dans la direction du mas le Comte - celui de Jacques de Crussol d’Uzès – et de Gajan qui fit partie jusqu’en 1223 du même fief.). Au loin, sur le puech de toutes aures émerge la petite tour sans ailes du moulin d’aouro, édifié en 1680 sur ordre du seigneur Pierre Le Blanc.
En nous retournant, nous admirons la grande tour et sa fente de tir, ainsi que la façade du corps de logis ouest, pourvue, elle aussi, de mâchicoulis à arcades. Le maître de céans nous indique qu’il reste intimement persuadé que cela se rattache au système de défense de l’architecture religieuse et à la tradition cistercienne. Il évoque aussi cette galerie couverte (ou chemin de ronde) édifiée en 1584 : « afin que l’on puisse fere tout le tour du château sans passer sur les couvertz et sans gaster les thuilles ».
Faute de documents, il est difficile ,aujourd’hui ,de cerner toutes ces transformations -y compris l’arasement des tours et la disparition des merlons pendant la Révolution– et bien d’autres aménagements au niveau des pièces habitables.
Notre hôte y a réfléchi un temps infini, faisant moultes recherches et dressant des plans pour mieux fixer la structure du château à chaque époque.
Il fait remarquer, à juste titre, que les plus récents occupants ont su respecter le caractère des lieux, en dépit des difficultés à vivre dans ces espaces difficiles à chauffer, mais d’une si prégnante beauté.
La Rouvière Château 2.jpg




Façade Ouest







Enfin, Jean-Gabriel Pieters nous rappelle que les années 1660 virent, ici, la création de jardins d’agréments dont la beauté ne cède en rien à celle de plusieurs jardins nîmois dont la mémoire nous est plus amplement conservée. Il fait remarquer que de tels jardins, créés sans intention économique, ont une fonction sociale: l’on s’y rencontre et l’on s’y promène en admirant les lieux.
Il semble que la plupart des anciens châteaux de notre région, remaniés à la Renaissance, ont eu, comme ici, leurs superbes jardins: Ils sont attestés à Arpaillargues. A Bourdic, le petit fils du fermier du dernier habitant du château, a conservé un exemplaire très ancien de l’Agriculture et La Maison Rustique de MM Charles Estienne et Jean Liebault (Paris 1586) dédié à : Monseigneur le Duc d’Uzès, Pair de France, Comte de Crussol, Seigneur d’Assier et de Soyon.

La dernière descendante des Seigneurs-bâtisseurs le Blanc dût vendre la Seigneurie en 1738 à cause de la prodigalité de son époux, le marquis François Annibal de Rochemore.
André Chambon, d’une famille originaire du Vivarais et possessionnée à St-Ambroix succéda aux Seigneurs Le Blanc. Ce sont, encore aujourd’hui, les descendants de cette famille qui détiennent le château, partagé en trois portions.
En 1766, Pierre Chambon décide de la replantation du parterre en arbres fruitiers. Dans le livre sur La Rouvière et grâce aux nombreuses archives à sa disposition, J.G.Pieters consacre plusieurs pages à la description exhaustive des nouveaux jardins du château, créés en respectant scrupuleusement les préceptes exposés dans la nouvelle Maison rustique. (Paris 5e édition ,1743).


L’Eglise.

L’ancienne église: Ecclésia Sancti- Martini, ruinée au début des guerres de Religion, avait disparue ainsi que la maison claustrale et le cimetière: usurpé par les protestants, on ne savait plus où tout cela se trouvait.
Celle que nous visitons est une nouvelle construction dont la première chapelle date de 1657, construite sur un terrain proposé par Pierre le Blanc.
La nouvelle église subit de très nombreuses restaurations au cours des siècles suivants.
La nature, toujours instable du sol du village fut officiellement établie en 1711 lors d’une expertise: Un terrain fort mauvais suject a estre remoly par les pluies. L’église a continuellement des problèmes dont : les murs du pourtour n’estoit fondé que environ deux pans (50cm) dans terre.

Bénitier La Rouvière 1.jpg

Cette cuve baptismale, aujourd’hui dans une chapelle de l’église, remonterait au XIe siècle. Elle fut découverte retournée sur l’embouchure du puits du jardin du presbytère lors de la démolition de celui-ci en 1994. S’y trouvent gravées: La Croix du Languedoc_ Les arches sous lesquelles passe le peuple-La figure du lion, qui représente la force de Dieu le Père-et la croix latine de Jésus-Christ notre Sauveur.


Le Temple.

Il en est de même du temple. Ceux de « la Religion prétendue réformée » achetèrent, en 1652, une maison pour en faire un temple: 3, rue actuelle du château d’eau. Il est démoli en 1663 figurant dans la liste des 89 temples ordonnés d’être démolis par arrêt du Conseil d’Etat du 5 octobre 1663.

Temple La Rouvière.jpg

Le nouveau temple actuel verra difficilement le jour, vers 1862, faute de subsides.
Il subira de nombreuses et importantes restaurations étant construit sur un terrain marneux instable, comme l’église.
Bien restauré aujourd’hui, il se présente dans sa simplicité avec une belle chaire en son centre.
Le livre sur La Rouvière donne de nombreuses indications sur les problèmes de religion. Claude Philip nous explique que ce village, mi-catholique mi-protestant, sut, cependant, vivre en bonne intelligence.
C’est une des raisons de sa formule : Un village de passion où la raison l’emporte.

La Grande Tour Bermonde du Château de La Rouvière

Avec l’aimable autorisation de Jean-Gabriel Pieters : extrait d’un article de la revue « Le Lien des Chercheurs Cévenols »(2)

H.C.U a déjà fait connaissance avec ces tours massives du XIIe siècle, en visitant Moussac, Boucoiran, et Brignon.
P.A. Clément en a fait une étude pointue dans le lien des chercheurs où un inventaire se poursuit.
Leur nom de tour Bermonde, comme le rappelle J.G. Pieters, leur a été donné, en référence à ces nombreux Seigneurs de Bermond, que nous avons rencontrés à La Rouvière.

La Rouvière Plan chateau 1.JPG

 

La Rouvière Plan chateau 2.JPG

Plan et coupe de la grande tour fournis par Jean Gabriel Pieters

Leur fonction d’abri pour les populations est bien attestée par les textes et par l’architecture; de même, leur fonction de guet et de tour-signaux. Elles sont caractérisées par d’étroites fentes de tir, toutes leurs pièces voutées en pierre, dont celle du rez-de chaussée, obscure, ne présente aucune ouverture, le passage se faisant plus haut,
Concernant la construction de La Rouvière, J.G. Pieters a fait une curieuse découverte. Il a observé qu’elle est en décalage par rapport aux bâtiments préexistants du château. Elle semble avoir été insérée dans le mur de la façade Nord-Ouest. Elle s’élève à 12 m 75 ayant été tronquée et se termine aujourd’hui par une terrasse.

Texte et photos de Christiane Chabert
Photos : La Rouvière en 1908 Collection particulière - Le Temple, photo extraite du livre sur la Rouvière.


(1) Claude Philip est natif du lieu : il nous révèle, avec tendresse, l’existence de Léa, sa maman à la mémoire intacte, âgée de 102 ans.
Etant adolescent, il reçut la mission de terminer et compléter, plus tard, le premier manuscrit sur La Rouvière, écrit et illustré par Franck Gébelin, historien passionné par son village, et disparu en 1975.
Pour continuer l’œuvre, il s’entoura de précieux collaborateurs:
Son cousin, Jean-Marie Rosenstein travailla, lors de ses séjours dans le Gard, sur l’ouvrage ancien.
Jean-Gabriel Pieters, cousin de F. Gébelin, lui-même historien régional bien connu en Uzège par ses nombreuses publications dans les revues historiques et, notamment, dans le remarquable bulletin du Lien des Chercheurs Cévenols, mis à disposition un abondant travail de recherches sur le Château de La Rouvière et son environnement, propriété de sa famille. Enfin Raymond Achilli, réalisateur de cinéma résidant à La Rouvière, fit des photos du village.

Livre La Rouvière.jpg



Cet ouvrage est disponible (24 €) à La Rouvière chez :

Maryse Salles, 23 rue Jean Moulin - Tél : 04 66 63 17 43
à Saint-Géniès-de-Malgoirès
ou
Georgette Roussel, 5 route de Nîmes - Tél : 04 66 81 67 88
par commande (+ 5 € de frais de port)
ou
Claude Philip, 2 rue de la Mairie - 30190 La Rouvière
Tél : 06 83 55 66 84 - claude.philip268@orange.fr

(2) Le lien des Chercheurs Cévenols

18/04/2010

Balade dans Montaren, balade dans l’histoire

C’est par un dimanche ensoleillé d’avril (mois des balades) et à l’issue d’un délicieux et convivial repas pris à la ferme auberge de la Bruyerette que notre groupe d’une vingtaine de personnes se retrouve au pied de la Carcarie.
Voilà bien l’endroit idéal pour situer notre lieu de promenade qui s’étale entre la "montagne " de pierre et de forêt de chênes contre laquelle se presse le village et le confluent des Seynes et du minuscule mais parfois redoutable Rieu où se développent les cultures aujourd’hui " mangées " par les constructions de lotissements.

Montaren, la montagne de sable.
La colline qui culmine à 189 mètres d’altitude, est un reste de ces ondulations (les garrigues) formées lors du relèvement du Massif Central à l’ère Tertiaire (à la suite des soulèvements des Pyrénées et des Alpes).
Constituée de roches détritiques accumulées au fond des mers Secondaires et Tertiaires, la Carcarie a longtemps fourni aux habitants du village, la pierre calcaire et le sable destinés aux constructions.

Montaren, les origines du village.
En l’absence de fouilles archéologiques et de documents probants, il est évidemment difficile de décrire avec précision les origines du village. Situé au pays des Volques Arécomiques, cette peuplade celtique cumulait activités agricoles et commerce. On peut toutefois supposer que ce lieu offrait des atouts indispensables à cette activité et pourquoi ne pas imaginer que la Tour Sarrasine, posée sur un rocher culminant du village, est l’héritière (évidemment mille fois remaniée) de ces tours servant de greniers, d’abris pour les marchands et les animaux qui jalonnaient les voies de commerce reliant le Massif Central à la vallée du Rhône ?

Montaren - Tour Sarrasine.jpg






Montaren - Tour Sarrasine










Propriété, au XXème siècle, de Jean Puget dont la famille possédait le château de Montaren, la tour garde les marques de cette appartenance : les étais qui consolident le bâtiment ont la forme du P de Puget. Jean Puget fit aussi ouvrir des fenêtres à meneaux pour éclairer la tour (on dit qu’elles proviennent de l’abbaye de Valbonne) et il fit placer, à l’angle de celle-ci, une magnifique borne romaine.

Montaren - Le Château.jpg




Montaren - Le Château







La présence romaine est attestée de façon plus évidente (soubassement de la Tour Sarrasine, autel votif, fragments de statue découverts lors de la construction de la voie ferrée en 1880, tessons d’amphores, de dolia...). Les mas, comme tous ceux situés au nord d’Uzès se trouvent à une altitude d’environ 110 mètres et conservent la fière allure des anciennes villas gallo-romaines (la Mairie en particulier).

Ancienne Mairie Montaren.jpg



Ancienne Mairie Montaren






(Il s’agit de l’ancienne mairie et donc pas d’une villa romaine : elle a été construite au XIXème siècle, par contre, la maison que l’on voit en face à droite est le reste d’une ancienne tour de défense à la limite du fort)

Montaren - Cour de la Mairie actuelle.jpg






Montaren - Cour de la Mairie











Des invasions barbares au village médiéval.
Si les invasions barbares ont détruit la belle ordonnance de la civilisation romaine, il est évident que tout n’a pas disparu. A quelques kilomètres de Montaren, le prieuré de Saint Médiers continue à contrôler les voies de passage vers le Rhône et la tour Sarrasine à Montaren doit fièrement veiller sur les quelques habitations agglutinées autour des ses épaisses murailles.
Il faut toutefois attendre le XIIIème siècle pour voir apparaître vraiment un château et une famille des seigneurs de Montaren. A deux pas de la Tour Sarrasine, le château dresse une, puis deux tours massives et tout aussi austères. Le seigneur est alors le vassal de celui d’Uzès et aussi de l’évêque.
Très vite, la porte romane de l’Arcade, relie les deux minuscules villages (on compte moins de 7 feux (1) dans chacun) encore bien reconnaissables sur les plans. Le village entier s’entoure alors d’un rempart hérissé de tours (on les distingue dans la partie du Nord-Est du village) formant le fort.

Montaren - Porte de l'Arcade.jpg






Montaren - Porte de l'Arcade










L’actuelle rue des Acacias (qui entoure ce fort) occupe l’emplacement des anciens fossés et, le long de la Rue Principale, le Barry est un reste de l’ancien rempart. On y marche encore sur les voûtes et au dessous, les garages actuels occupent les anciennes échoppes des artisans d’autrefois.
(1) Le " feu " est une unité d'imposition de base qui correspond au foyer fiscal. Au Moyen Âge, il était défini comme un ensemble de personnes "vivant au même pot et au même feu ", c'est-à-dire menant une vie commune.

Le village de l’ancien régime.
En dépit des guerres de religion, le village qui a très vite adopté la Réforme, se développe considérablement aux XVIème et XVIIème siècles :
A l’intérieur du Fort, on construit un temple (à l’emplacement de l’actuelle terrasse du château) les maisons à degrés se multiplient sur cet espace réduit. Chaque étage étant parfois occupé par des familles distinctes ainsi que le révèlent les compoix (l’espace dont dispose une famille ne dépassant rarement 15 mètres carrés). L’artisanat accompagne désormais les activités agricoles : celui de la laine et celui du chanvre car Montaren dispose de nombreuses canebières.

Montaren - Avenue d'Uzès - Activité pastorale.jpg



Montaren - Avenue d'Uzès - Activité pastorale







Le Fort éclate donc et au Nord (la Roquette), puis à l’Est (les Amandiers) et au Sud (le Plan) se développent de nouveaux quartiers où se mêlent tenanciers du Seigneur, cardeurs, tisserands et aussi bourgeois (négociants, faiseurs de bas, notaires, chirurgiens, receveurs des tailles...). Chaque quartier semble replié sur lui-même, peu ouvert vers l’extérieur. Mais les maisons communiquent et les rues permettent de gagner rapidement le fort et de s’y mettre à l’abri (on est frappé par la ressemblance avec les bourgades à Uzès).

Montaren - Quartier du Plan.jpg



Montaren - Quartier du Plan






C’est au sud du fort qu’est reconstruite, à la fin du XVIIème siècle, l’église de Montaren (la vieille église située à l’Est ayant été détruite au cours des dernières guerres de religion). Sévère et ouverte vers le Nord (vers le Fort), la nouvelle église domine le quartier dont il faudra renforcer les défenses au moment de la guerre des Camisards (ces fortifications sont encore visibles de la route Alès-Uzès). Mais si l’extérieur est austère, l’intérieur, refait au XIXème siècle, offre un bel exemple de l’art Saint Sulpicien.

Montaren - L'église.jpg



Montaren - L'église








Les seigneurs de Montaren ont disparu depuis longtemps et une foule de coseigneurs (bourgeois enrichis qui ont racheté château, terres, droits de justice, de banalités, de censives...) se partagent le château et ses dépendances. Dans un souci de reconnaissance, aux yeux de la "vraie noblesse " et du Roi, ils copient ce qui se fait à Uzès, percent des fenêtres dans leurs demeures, entourent leurs portes de bossage en pointe de diamant et n’oublient pas de rehausser leur toit du pigeonnier qui affirme leur autorité. Là encore, comme à Uzès, les pigeonniers s’alignent du Nord au Sud du village, plaçant le pouvoir au cœur de celui-ci. Ils possèdent les bonnes terres, les terres à céréales qui s’étalent jusqu’aux Seynes. Mais à trop vouloir imiter les Grands, ils vont s’enfermer dans une routine destructrice et, bien avant la Révolution française, ils vont disparaître, ruinés ou dépossédés de leurs biens par la Révocation de l’Edit de Nantes. La destruction de leurs blasons sur les tours du château en 1790 signifie aussi la fin des Chapelier, des Folcher, des Lévêque, des Deroche... Seuls les d’Albon survivront quelques temps encore et leur nom subsiste avec le plus beau pigeonnier du village : la d’Albonne.

De nouveaux changements au XIXème siècle.
A force d’économie, quelques familles d’artisans vont réussir à acheter des terres. Beaucoup plus dynamiques que les anciens propriétaires, ils vont utiliser les engrais (le buis de la Carcarie sera abondamment exploité), multiplier les plantations de mûriers et l’élevage du ver à soie, développer les vignes...
Les quelques agriculteurs qui subsistent dans la commune aujourd’hui, sont souvent leurs descendants.
C’est vers 1830 que l’on reconstruit, au bout de l’aire des Amandiers, le Temple détruit en 1685. Les habitants du village vont payer de leur peine cette reconstruction, charriant depuis la Carcarie, pierres et sable destinés aux travaux. Soucieux de paix religieuse qui garantit le calme civil, le Roi Louis-Philippe, financera sur sa casette la fin des travaux.
Il reste des pierres et les familles protestantes vont en faire des murets entourant de petits jardins offrant les avantages des potagers arrosés avec l’eau des puits, souvent communs à deux jardins et celui de lieux de détente que la famille fréquente le dimanche après l’office.
Aujourd’hui, ces petits jardins, propriétés de particuliers ou de la commune, restaurés par l’Association "Citrouille et Compagnies" sont devenus des lieux de rencontres conviviales et festives.
Au cœur du village, artisans et commerçants ont disparu, les terres à blé ont laissé place à des lotissements. Au gré de ses ruelles, Montaren conserve cependant son charme un peu austère, un peu mystérieux.

Compte rendu réalisé par Mireille Berthier
Photos Mireille Berthier
Cartes postales Bernard Malzac