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31/12/2011

Les Gardonnades au XIXe siècle -1ère partie

Les gardonnades sont les crues du Gardon qui proviennent des pluies abondantes tombées sur les Cévennes ou sur la plaine et qui dévastent tout sur leur passage.
Ces pluies peuvent avoir un caractère brutal  et se caractérisent sous la forme d'une véritable vague qui peut atteindre plusieurs mètres de hauteur (1). La crue atteint son élévation maximale en moins de 3 ou 4 heures, pour décroître ensuite très rapidement.

Une gardonnade est aussi le vocable générique utilisé pour désigner les énormes crues du Gardon qui proviennent de pluies diluviennes tombées sur une période parfois pendant plusieurs jours.

Suite au dernier article sur la crue de 1834, je me suis intéressé aux gardonnades du XIXème siècle.  A travers la presse nationale et régionale, j’ai pu dénombrer 26 crues (2) qui sont déroulées durant ce siècle. Certaines sont considérées comme historiques, d’autres sont de moindre importance et n’ont entraînés que des dégâts secondaires.

L’étude porte uniquement sur les territoires traversés par le Gardon et en dehors de ceux parcourus par ses affluents.

 

Les premières inondations du siècle survenues en novembre 1801 (brumaire An 10) et en septembre 1808  n’ont causé que des dommages sans gravité. Le Gardon est sorti de son lit à hauteur de la ville d’Alès  (3) en envahissant les quais (4) et ces inondations ont été de courte durée. La presse de l’époque ne donne aucune information sur les débordements du Gardon dans la plaine.

Alès Gardon en furie.jpg

 La crue survenue les 19 et 20 septembre 1811 a envahi les bas quartiers de la ville d'Alès. Là encore, les journaux parlent très peu de ces intempéries. Il est vrai qu’ils sont peu nombreux en ce début de siècle. Néanmoins, le physicien et naturaliste Louis-Augustin d’Hombres-Firmas (5) nous donne les indications suivantes :

« …Le Gardon grossit d'une manière extraordinaire, inonda toute la campagne, et entra dans la partie basse de la ville d'Alais. La pluie tombait par torrents dans les montagnes voisines ; tous les ruisseaux débordèrent et firent un dégât affreux dans les environs…

… Ces dernières inondations sont les plus considérables que nous ayons éprouvées depuis celle d'octobre 1795.

Le 20, vers cinq heures et demie du matin, le Gardon, qui avait diminué dans la nuit, grossit de nouveau, et s'éleva 0, 5 mètres plus haut que la veille au soir. Veut-on un exemple de la vitesse avec laquelle croît notre torrent ? On prétend qu'à quatre heures du matin on voyait le gravier à découvert dans quelques parties de son lit couvert bientôt après de plus de deux mètres d'eau ; j'ajouterai que, le 18, un enfant aurait pu guéer presque partout… »

 Le 29 septembre 1815, un déluge s’abattit sur la ville d’Alès entre  19 et 21 heures. En l’espace d’1h et demi il tomba  93 mm d’eau au mètre carré. Une délibération de la ville, datée du 4 octobre 1815, nous relate l’épisode : « …Les principaux établissements du commerce des soies, les magasins de draperies, pharmacies, épiceries, moulins et usines, ont été submergés à plus de deux mètres de hauteur; les vendanges, à peine achevées, ont été emportées ou détruites dans les caves subitement envahies par les eaux. A l'extérieur, les eaux passant par-dessus les arches du pont du Marché et du Pont-Vieux, en ont renversé les parapets; de là elles ont étendu leurs ravages sur les promenades et chemins publics, sur les jardins et enclos du territoire de la ville, et spécialement sur la grande prairie, où elles ont occasionné d'immenses désastres… »

Les commissaires nommés par le Conseil municipal estimèrent les dégâts  à plus 1 200 000 frs. La communauté saisit l’occasion pour faire avancer les travaux d’aménagement du Gardon et  pour demander une subvention « pour la continuation du quai de ceinture, dont la construction fut ordonnée par le gouvernement en 1786, et dont l'interruption expose la ville, chaque année, dans la saison pluvieuse, au même danger, la confection de ce travail étant le seul moyen capable de la préserver, à l'avenir, des malheurs qu'elle vient d'éprouver. »

Plan, Alais, Alès, Gard, ville, Gardon, 1910 

Par ailleurs, le Baron Louis-Augustin d’Hombres-Firmas dans un  numéro de la revue « Recueil de mémoires et d'observations de physique, de météorologie d’agriculture » de 1838 complète la description :

« …Le 29 septembre 1815 il plut tout le jour dans les montagnes au nord d’Alais. Un vent violent du S.-S.-0  y amoncelait des nuages noirâtres et le tonnerre grondait dans le lointain. Nous n’éprouvâmes dans la journée que de petites averses qui produisirent seulement 2 millimètres d’eau ; mais vers le soir le vent tourna : l’orage était sur la ville, les éclairs et les roulements du tonnerre très rapprochés étaient continuels; la pluie, qui commença à huit heures, tombait par torrents un instant après ; et à 9 heures et demie, lorsqu’elle cessa, j’eus 93 millimètres d'eau dans mon udomètre.

Le Gardon et les ruisseaux qui s’y jettent, enflés par les nuées qui crevèrent au- dessus des montagnes dans la journée, inondèrent toute la plaine; la partie basse de la ville fut submergée; il y avait deux mètres d’eau dans le Marché, la Grand’Rue, la Fabrerie et les  rues adjacentes: elle remplit les caves et les magasins. Les désastres qu’elle occasionna furent estimés deux millions !... Et l'on ne peut pas évaluer tous ceux qui ont été éprouvés dans les campagnes. Il y en a d’irréparables ! Des murs renversés, des arbres déracinés et le terrain qui les supportait entraîné; des roches laissées nues, là où le Cévenol avait un petit pré, ou semait un peu de seigle; d’un autre côté, des champs, des prairies remplis de pierres énormes ou recouvertes d’une épaisse couche de gravier !...

Les pâturages seulement inondés auraient été très mal sains pour nos bestiaux ; les troupeaux qui mangèrent les foins mêlés de vase en ressentirent les mauvais effets; on les fit laver, on les mélangea avec d'autres ou avec de la paille pour en tirer parti. Les prairies artificielles et particulièrement les sainfoins qui viennent loin des rivières, nous furent d’un grand secours… 
Selon certaines sources, qu’il reste à vérifier, cette inondation aurait fait 5 morts dans le secteur d’Alès.

Le jeudi 5 octobre 1826, le Gardon courroucé  déversé ses eaux le long de ses berges sur l’ensemble de son réseau. Alès et son arrondissement (surtout dans la partie nord) payèrent un lourd tribu. L’Uzège eu à subir les mêmes dommages : dans certains villages les eaux se sont élevées à la hauteur du premier étage, des murs ont été renversés, des champs entiers et des gerbiers ont été entièrement détruits. Hormis des dégâts matériels, parfois conséquents aucune perte humaine ne fut à déplorer.  

Au-delà de la Gardonnenque, la crue du  3o au 31 août 1834 décrite dans le précédent article  a  concerné la branche du Gardon qui passe à Anduze et qui a débordé avec une égale violence :  les ateliers de filature, qui en grand partie sont situés dans la partie basse de cette ville, ont été les uns emportés, les autres complétement détruits. Toutes les propriétés riveraines ont souffert des dommages considérables, surtout le bestial, que les propriétaires n’ont  n'a pas eu le temps d'évacuer et qui ont presque tous péri. Par contre, cette crue n’a fait aucune victime humaine contrairement à l’inondation du Gardon d’Alès.

Le mardi 8 novembre 1836, une gardonnade singulière eut lieu dans le sens où seule la partie inférieure du fleuve eut à subir des débordements, notamment, le village de Comps. Cette commune située à la confluence du Gardon et du Rhône subit la furie de celui-ci et de son affluent. Cette année-là, c’est la crue du Rhône qui provoqua le débordement du Gardon dans son lit inférieur. Cette inondation aurait pu être dramatique sans le courage d’un habitant du village qui sauva 3 personnes en perdition. Le Courrier du Gard, dans son édition du 30 novembre en fait le récit : « …Sur la rivière trouvaient trois malheureux vieillards, deux hommes et une femme, n'ayant ni la force ni le courage de se soustraire au courant et d'aborder à la rive. Déjà leur frêle embarcation avait été submergée; une  mort hideuse menaçait de les engloutir à chaque instant, quand un cultivateur de Comps Niquet, seul parmi une quinzaine de personnes qui restaient spectatrices, affairées de cette scène désolante, prend la haute résolution d'aller leur secours il s'empresse, va se jeter à l'eau quand il aperçoit par bonheur un batelet que le  contre-courant avait amené à sa portée. Sauter dedans, le diriger et le conduire avec une merveilleuse dextérité  vers les naufragés dont le péril devenait toujours plus  imminent, fut pour lui l'affaire d'un instant. Ses efforts  prodigieux, secondé d'une remarquable adresse, assurent bientôt la réussite de sa Noble action, et malgré la petitesse de son bateau, il parvient à remettre son triple et précieux fardeau entre les mains des personnes que le  son de la cloche d'alarme avait attirées sur les bords du Gardon…»

Gradon, Rhône, Comps, Beaucaire, inondation 

Le 24 septembre 1840, Alès subit à nouveau la vindicte du Gardon. Les eaux se sont élevées à plus de cinq mètres au-dessus du niveau ordinaire et ont envahi la ville basse. Cependant un mois plus tard, ce fut comme dans la précédente crue, une inondation historique du Rhône qui provoqua d’énormes dégâts dans les villages limitrophes. Montfrin eut à subir la destruction de plusieurs maisons et de nombreux moulins ont complétement disparus. Le journal politique et littéraire de Toulouse et de la Haute Garonne du samedi 7 Novembre 1840 décrit l’’état de désolation : « …les habitants depuis deux jours se sont réfugiés sur les toits de leurs maisons. On n'entendait durant toute la nuit dernière que cris et lamentations de ce côté, sans qu'il fut possible d'arriver jusqu'à eux et de leur donner le moindre soulagement…».

Les pluies orageuses qui s se sont abattues sur les Cévennes dans la nuit du mercredi 9 et dans la matinée du jeudi 10 octobre 1844 ont causées beaucoup de dommages à la châtaigneraie : un grand nombre d’arbres ont été entraînés par les eaux torrentielles et ont été déversés dans le Gardon ce qui a provoqué de nombreux débordements. Le 10 octobre, à midi, les eaux avaient pénétré dans toutes les rues basses d'Anduze.

Je terminerai cette première partie consacrée aux gardonnades par la crue historique de l’automne 1846 :

Dans la nuit du 19 au 20 septembre, un orage diluvien s’abat sur le secteur d’Alès. Quelques heures plus tard, le Gardon a énormément grossi, pénétra dans Alès par une brèche de 50 mètres environ que ses eaux  avaient faite au parapet du quai des États et il atteignit rapidement le second étage des maisons de la ville. Le courrier du Gard  relayé par le journal de Toulouse du 29 septembre 1846 nous en fait le récit : « … Dimanche matin, vers 5h, les habitants d’Alais furent surpris par les eaux. Dans quelques instants, elles montèrent jusqu’au second étage. Le faubourg du Marché a été le premier inondé. Toutes les filatures et les fabriques de soie ont été envahies et les moulins et les ballots de soie entraînées. Les habitants n’ont évité qu’une mort certaine en se réfugiant vers la montagne. La ville, un instant protégée par ses boulevards, a bientôt été submergée. Le Gardon a pénétré par deux énormes crevasses et un ravin immense qu’il a creusé. Le boulevard de l’Hôpital a cédé le premier ; le torrent, après avoir emporté l’entrepôt de charbon du chemin de fer, a balayé sur son passage les filatures, les fabriques, les jardins, etc…

La Grand’Rue d’Alais et les quartiers bas de la ville ressemblaient à de vastes étangs. Le Pont-Vieux a presque cédé, les maisons et hôtels ont été envahis jusqu’au second étage. On ne connait pas encore tous les malheurs que l’on a à déplorer. Les pertes sont incalculables. Parmi les morts, on cite M. Coste, ancien marchand drapier et M. Bauquier, orfèvre. La fin de de ces deux malheureux est affreuse à entendre conter. M. Coste fut réveillé le matin par le bruit des eaux, sa maison donnait du côté sur le quai et de l’autre sur la place du Marché. Il crut se mettre à l’abri en consolidant en consolidant la porte extérieure de sa maison et celle de la cuisine. A peine fermait-il cette dernière porte que l’eau, arrivant avec force, enfonçait les deux barrières et le surprenait au milieu de l’escalier, lui et un de ses locataires qui était venu à son aide. Mme Coste était en haut de l’escalier, les pieds dans l’eau et criant au secours. Entrainés par le torrent sous les voûtes du marché M. Coste et son locataire demeurèrent fort longtemps cramponnés aux crochets de fer dont ces voûtes sont munies ; ce dernier plus jeune et plus fort, parvint à échapper à l’envahissement des eaux, en allant s’accrocher au support d’un réverbère à gaz. M. Coste, moins heureux, fut entraîné et l’on a retrouvé son cadavre qu’à l’écluse.

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M. Bauquier, orfèvre, dans la Grand’Rue, était parvenu à enlever presque toutes les caisses de bijoux, quand l’eau, envahissant le magasin jusqu’au plafond, ferma la porte par laquelle il avait pénétré. Il se fraya une issue en cassant un carreau de de la partie haute de la porte extérieure et arriva dans la rue porté sur l’eau. Excellent nageur, il comptait sur ses forces et une fois à l’air il se croyait sauvé. On lui lança un drap de lit du second étage ; déjà il s’était cramponné, sa femme lui tendait la main, il la saisissait, quand, ses forces l’abandonnant, il lâcha prise et fut entraîné par le torrent. La lutte avait été longue, et entouré par un tourbillon, il s’était, un instant auparavant, fendu la tête contre l’arrête d’un mur. Au même moment, on voyait passer, emportés par les eaux, une femme et son petit, encore attachés à un drap de lit, au moyen duquel on n’avait pu les sauver. A côté de ces malheureux qui périssaient, d’autres donnaient des preuves d’un dévouement remarquable. C’était le moulinier Levesque, vieillard de 70 ans, qui nageait dans les murs d’Alais pour sauver de moins habiles que lui. Sa présence d’esprit et sa longue habitude des inondations lui permettaient de choisir parmi les cordes qu’on lui lançait celles qui pouvaient le porter et d’attendre qu’on pût  lui en envoyer d’autres. On raconte aussi qu’un homme, couché près de son enfant, fut tout à coup réveillé par l’eau qui soulevait son lit, celui de l’enfant plus léger, avait été retourné et le malheureux père avait perdu tout espoir. Longtemps il se soutint sur l’eau, les jambes ouvertes pour saisir son enfant au passage, si le courant l’entrainait, il ne sentit rien. Enfin désespéré, il était prêt à plonger dans la rue et à continuer ainsi ses recherches jusqu’à l’écluse, quand il eut l’idée de monter à l’étage supérieur qu’habitait sa mère. Il trouva sur le lit de celle-ci son jeune enfant de deux ans qui était parvenu à se sauver miraculeusement et qui s’était réfugié près de sa grand-mère  au milieu d’une chambre où l’eau avait aussi pénétré. 

Le fait suivant, rapporté par des témoins oculaires, donne une idée de la violence du courant. Une immense chaudière en cuivre était depuis longtemps en construction sur le quai. Elle a été entraînée dans l’étroit escalier qui conduit au pont du Marché et littéralement aplatie contre un pilier.

Les pertes éprouvées par les marchands d’Alais sont inappréciables. Malheureusement, tous les magasins sont situés à la place du Marché ou dans la Grand’Rue. Le blé, la farine, les draps, les étoffes, l’huile, les soies, tout était entraîné par le courant. Quelques négociants n’ont pu sauver que leur portefeuille ; d’autres ont tout perdu. Les marchands de nouveautés n’ont pu rien conserver et ce qui leur reste est très détérioré. Les droguistes ont perdu toutes leurs denrées, les sucres se sont fondus, les huiles ont coulé dans le torrent. Un courtier d’Alais a pu en recueillir huit hectolitres au-dessus de l’eau. Un droguiste en avait enfermé ; le veille dans ses magasins trois cent hectolitres qu’il a  vus suivre les eaux. Les horlogers n’ont pu sauver que quelques objets ; l’un deux, dont le magasin était bien assorti, n’a retrouvé qu’une pendule.

L’inondation a duré deux heures et le, lendemain le gardon était rentré dans son lit ; hier on l’aurait passé sur une planche.

On conçoit dans quelle désolation se trouve la ville. Il est fort difficile de parcourir les rues que la vase encombre. Les quais sont creusés à tous les pas de profonds ravins, quelques maisons fortement ébranlées menacent ruine. Plusieurs familles ont tout perdu et ne peuvent se nourrir. M. le Préfet du Gard s’est transporté sur les lieux et M. le Maire d’Alais  a fait distribuer du pain aux familles qui en manquent. On craint beaucoup de faillites. Le commerce d’Alais ne se remettra pas de longtemps de ce désastre. La plus forte inondation, celle de 1815, est loin d’avoir causé autant de pertes.

On attribue la crue subite du Gardon à une trombe d’eau qui aurait fondu sur les hauteurs de l’arrondissement d’Alais. Le Gardon d’Anduze n’est point sorti de son lit. Les travaux des mines de la Grand ’Combe et de Champ-Clauzon ont beaucoup souffert. On n’a  à déplorer  la perte d’aucun mineur. La plupart ont pu se sauver par l’ouverture de la mine, d’autres ont échappé aux eaux par les puits d’aérage. Plusieurs chevaux ont péri dans les mines… »

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Dans le prochain article, j’évoquerai les gardonnades de 1852, 1856, 1857, 1858, 1861 et 1863.

(1)     Mr Armand Merlo d’Uzès,  qui exploitait une carrière de sable sur les bords du Gardon à Collias, m’a indiqué avoir vu une vague d’environ 3,50 mètres arrivait sur un front qui occupait une largeur bien au-delà du lit normal de la rivière.

Pour ma part, j’ai pu voir ce phénomène à hauteur du pont Saint Nicolas mais la vague était de moindre importance (1,50m).

(2)     Cette énumération n’a rien d’exhaustif, elle vient compléter les différentes études sur ce sujet.

(3)     Jusqu’en 1926, Alès s’est orthographié «Alais». 

(4)  Suite à la crue historique de 1741, la ville commença les aménagements des bords du Gardon par la construction de quai sous la direction d’Henri Pitot, ingénieur, directeur des travaux publics de la Province.  Les travaux durèrent une éternité car les ressources de la commune ne lui permirent pas d’assurer les frais de la continuation du quai de ceinture entrepris pour la préserver des dangers d’inondations auxquelles elle était exposée. Encore en 1817, la ville sollicitait le ministère de l’Intérieur pour obtenir le financement des travaux.

(5)     Mémoires de l'Académie de Nîmes 1813 - Observations faites à Alais par M. Dhombres-Firmas en 1811

 

 

 

 

18/12/2011

Le phénomène cévenol…. en 1834

Les épisodes pluvio-orageux de la semaine dernière ont été largement relatés dans la presse quotidienne. Il n’en était pas de même au XIXème où les crues  étaient connues par le bouche à oreille. Les témoignages s’étant évaporés au fil du temps, il ne reste que peu ou prou d’informations sur ces événements.

Au hasard de mes lectures, j’ai retrouvé le récit d’une gardonnade qui a eu lieu en août 1834 et dont je vous reproduis  une partie du texte :

« …Ce phénomène s'est représenté le 22 août dernier. Nous étions partis de Nîmes sur les onze heures. Le ciel était pur; il montrait cependant épais çà et là quelques nuages blanchâtres immobiles à l'horizon. Sur le midi il se couvrit et l'air devint sensiblement frais; l'atmosphère était chargée d'électricité. A trois heures le bruit lointain et répété du tonnerre nous signala un orage général dans les montagnes. Il paraissait s'étendre sur la partie ouest de l'arrondissement d'Alais et une partie de celui du Vigan. Sa direction s'étendait dans les montagnes du Masdieu à Mialet, de Saint Jean-du-Gard à Lasalle et à Saint-André (de Valborgne). Il dura l'espace d'une heure. Nous arrivions dans ce moment à l'entrée de la vallée de Boucoiran, que traverse dans toute sa longueur la rivière, et nous nous trouvions à trois myriamètres (1) environ des points sur lesquels l'orage venait de fondre; il était cinq heures, nous nous apprêtions à passer la rivière; mais il fallut plutôt songer à fuir.

Un bruissement effroyable annonçait aux habitans de la plaine l'arrivée des eaux : c'était une gardonnade ! L'inondation ne s'était pas fait attendre ; les eaux se précipitaient dans la vallée par le col de Ners, comme un mur, couvrant un espace de mille mètres de large et renversant tout sur son passage. A six heures et demie elles s'étaient répandues dans toute la vallée, elles occupaient la plaine de Boucoiran dans toute son étendue; c'était un spectacle tout à la fois lugubre et solennel que d'assister à la prise de possession de cette belle et immense vallée par ce conquérant de nouvelle espèce. Tout fuyait à son approche; les habitans se réfugiaient sur les toits des maisons ; d'autres gravissaient la colline pour être témoins de tout le désastre : en peu d'instans tout le pays fut submergé, et la grande route de Nîmes à Alais fut couverte de 3o à 4o centimètres d'eau sur une longueur d'au moins 9 à 10 mille mètres. Le village de Boucoiran était submergé ; la principale rue pouvait porter bateau, et la plupart des maisons avaient quatre pieds d'eau dans leur rez-de-chaussée. La nuit heureusement n'était pas encore venue; mais les habitans surpris aux champs par l'arrivée inopinée des eaux eurent à peine le temps, les uns de gagner les hauteurs, les autres, plus éloignés, de se réfugier sur les arbres, sur lesquels ils passèrent une partie de la nuit.

Les eaux augmentèrent cependant durant une heure, d'une manière tout à la fois alarmante et prodigieuse. Elles entraînaient les bois et poutres de l'ancien pont, les bacs et bateaux des pontonniers, des voitures dételées à la hâte et abandonnées sur la grande route, des meules de foin , de paille , les chènevottes (2) et généralement les divers produits agricoles déposés sur le sol et prêts à être enlevés. Enfin, tout l'espace compris entre le pied du vieux château ruiné de Boucoiran et le bas de la colline sur laquelle s'élève en face Lascours de Cruviers, ne tarda pas à être envahi. C'était un terrible spectacle à voir…

 

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… Les habitans du village, les femmes et les enfans, rassemblés au haut du village, sur un point d'où l'on découvrait toute la plaine, assistaient à cette scène de désolation, impassibles et sans se plaindre; ils voyaient le fruit de leurs peines en partie détruit et enlevé, silencieux et avec une résignation exemplaire, et sans proférer une seule plainte; ils semblaient accoutumés à ce genre de malheur, et d'autant plus résignés, qu'il paraît que les eaux des gardonnades ont, pour améliorer le sol, les mêmes propriétés que les eaux vaseuses du Nil pour fertiliser les terres de la Basse Égypte….

 

…La gardonnade dura deux heures et demie; sur les neuf heures, les eaux commencèrent à se retirer et abandonnèrent le village, puis insensiblement la plaine: le lendemain à midi elles étaient rentrées dans leur lit.

Mais le passage fut intercepté pour les voyageurs et ce fut encore pendant plusieurs jours, par le défaut de pont sur ce point de communication importante et la disparition des bacs et des pontons. Napoléon, au faîte de sa gloire, rendit un décret daté du Kremlin (en septembre 1812), pour ordonner l'encaissement du Gardon à l'exemple de la Drôme, du Lot et de plusieurs autres rivières; mais le projet n'a point survécu au grand homme. Il serait vivement à désirer que ce projet fût repris. La construction d'un môle ou d'une chaussée en peré (3), s'appuyant sur la montagne au col de Ners et suivant le cours du fleuve parallèlement à sa rive gauche, depuis le moulin de Laval jusqu'au bas de la colline de Dions, sur un développement de 12 à 15 mille mètres, serait sans doute un moyen efficace de mettre à l'abri de ce torrent dévastateur la roule royale de Nîmes à Moulins par Alais, dans toute la plaine, de protéger les propriétés et les paisibles habitans de cette belle vallée, et pour établir un pont et une communication durables sur ce point. La chaussée dont on voit encore quelques traces avait été établie en sens inverse pour arriver au pont de Ners ; elle était perpendiculaire au cours de la rivière, mais aussi la chaussée et le pont ont à peine subsisté quelques années… »

 

 

(1)  Le myriamètre est une ancienne unité de mesure adoptée sous la Révolution d'une valeur de dix mille mètres.

 

(2)  Même si elle n’est pas une culture privilégiée, le chanvre était cultivé dans notre région. On retrouve dans la toponymie de certains lieux, la présence de cette culture sous la forme de « canebière ».

Au XIXème, la France était l'un des pays le plus producteur avec 176.000 hectares de chanvre

Les plantes étaient récoltées et  acheminées vers les chanvrières où elles étaient coupées en morceaux  et  martelées. La paille de chanvre ainsi broyée donne de la chènevotte, de la fibre et de la poudre.

 

(3)  Peré (perré) : dans son dictionnaire de la langue française (1872-1877) Émile Littré donne la définition suivante : revêtement en pierre qui protège les abords d'un pont, et empêche l'eau de les dégrader.

 

 

Complément d’information

 

Une seconde crue, plus importante que celle du 22 août 1834, a eu lieu le 30 et 31août 1834 et fit 5 victimes. Le journal politique et littéraire de Toulouse et la Haute Garonne (1) du mercredi 10 septembre 1834 décrit ces événements :

… Dans la nuit de 30 au 31 août, un orage épouvantable a éclaté sur une partie de l’arrondissement d’Alais, et sur la ville en particulier qui, toutefois, a peu souffert. La crue du Gardon qu’il a amenée, est l’une des plus fortes dont on ait conservé la mémoire, et bien que nous n’ayons encore que bien peu de détails sur les malheurs qu’elle a causés, cependant nous en connaissons déjà de déplorables ;

La communication directe de Nîmes à Alais est interrompue, le pont de Ners ayant entièrement été emporté et la route se trouvant en outre entièrement coupée à la hauteur de l’octroi d’Alais. Un nommé Félines, de Ners, a péri avec sa femme et trois enfants. Le cadavre du père  a été retrouvé. A Boucoiran, tout ce qui restait encore de grains sur les aires  a été entraîné par l’eau qui inondait tout le village et s’élevait dans les maisons à quatre ou cinq pieds de hauteur…

 

 

Bibliographie

Nouvelles annales des voyages et des sciences géographiques publiées par

MM Eyriès, de Larenaudière et Klaproth - Tome 4 – Année 1835   (Voir sur http://www.google.fr/books)

Journal politique et littéraire de Toulouse et la Haute Garonne n° 127 -  Année 1834 - Bibliothèque de Toulouse

 

 

24/10/2010

Bulletin n° 116

Numériser0082.jpg

Sommaire :

- Le mot du Président : hommage à Guy Agnel décédé récemment.
- Albert Ratz : cogitations d’un historien octogénaire à l’attention des nouveaux adhérents.
- Le petit patrimoine : les huttes du peuple Chipayas par Christiane Chabert
- La « bugade » en cartes postales
- Visite commentée du vieux village de Saint Christol les Alès
- Une visite à Boucoiran en images


Adhésion à l'association :
- individuel : 12 €
- couple : 19 €