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03/11/2010

La Rouvière:le village et son terroir :

Sous la conduite de Claude Philip et de Jean-Gabriel Pieters, co-auteurs du livre « Un village du Gard : Gens et Paysages » qui vient de paraître (1), les adhérents d’HCU ont découvert l’univers historique du village de la Rouvière.

La Rouvière en 1908.jpg





Le village et son terroir : La Rouvière

La partie ancienne du village, château et centre historique, est édifiée sur un éperon rocheux (105m.). Le reste du terroir, tout en longueur, est constitué d’une part, par les collines, autrefois vouées à l’élevage et à la vigne et, d’autre part, par une grande plaine marneuse (un lac au néolithique), autrefois en nature de céréales. La vigne structure le paysage d’aujourd’hui.
J.G. Pieters précise que deux anciennes voies gallo-romaines se situaient à proximité du terroir. L’une, la voie de plaine, route des Arvernes menant en Gergovie, ou chemin Regordan (la D 106)
Et l’autre, la route des Gabales, ou chemin des crêtes, entre Nîmes et Lédignan. Elles ont permis à la tribu des Volques Arécomiques de notre région, de se relier aux autres tribus celtes.Un oppidum est attesté à la Rouvière, occupé au néolithique, il fut abandonné vers le Ve siècle avant J.C. Un cami de la saou, route du sel, passait aussi près de Gajan. (Relire: les chemins à travers les âges de P.A. Clément)
Enfin, de nombreuses traces d’occupations gallo-romaines sont attestées dans tout le territoire, comme très souvent dans notre région,( toutes les données archéologiques figurent dans la carte archéologique de la Gaule, Paris, 1999 )

La Rouvière inscription.JPG

Pierre encastrée dans le mur de la mairie, trouvée à La Rouvière : "Domitia, fille de Licinus a, de ses deniers, élevé ce tombeau; Lucia, sa petite fille, Tertula, sa belle-fille.."

La Rouvière en Malgloirès faisait partie de la viguerie et du diocèse d’Uzès.
Ecclesia sancti-Martini de la Roveria est son premier nom connu (1108 cartulaire N.D. de Nîmes.) Le prieuré de St-Martin de la Rouvière était uni au chapitre de Nîmes.

La Rouvière au temps des Comtes de Toulouse.

Les seigneurs de la grande Maison Anduze-Sauve devinrent vassaux des Comtes de Toulouse:
Quand ceux-ci bâtirent leur supériorité féodale sur les puissances moindres de la Gardonnenque (J.G. Pieters dans N° 149 du lien des chercheurs cévenols).
On trouve Bermond de Sauve, seigneur de La Rouvière en 1237... Bertrand de Sauve, de 1391 à 1426 et son fils Jacques de Deaux de 1437 à 1439. La seigneurie de La Rouvière passe entièrement, par succession, dans la famille de Montlaur de Murles au cours des années 1470.
Pierre encastrée dans le mur de la mairie, trouvée à La Rouvière : Domitia, fille de Licinus a, de ses deniers, élevé ce tombeau; Lucia, sa petite fille, Tertula, sa belle-fille.. Cette pierre atteste de l’existence de villas romaines dans le village.
En 1555, le quatrième Jean de Montlaur (mineur de 23 ans) est contraint de vendre aux enchères sa seigneurie de La Rouvière, ainsi que la tour ruinée et coseigneurie de Gajan, pour pouvoir payer les dots de ses 8 sœurs.
L’acquéreur (au prix de 4400 livres) est Robert Le Blanc, juge royal de Nîmes et syndic de la province de Languedoc. Il est chevalier (armé chevalier sur le champ de bataille en 1559) seigneur de La Rouvière et de Fourniguet (vers St Gilles.)
Dès 1562, l’implication de Robert Le Blanc, protestant, dans les conflits religieux de l’époque, lui fait perdre son office de syndic(1564). Pour sa participation à la Michelade (1567), il est destitué de sa charge de juge royal et condamné à mort par contumace. Il trouve refuge dans ses terres de La Rouvière. Il est actif au sein de la religion prétendue réformée.
Il finit ses jours en 1578.
Pierre Le Blanc, son fils et successeur, protestant, aura 9 enfants. Il meurt le 1er octobre 1599 à 36 ans étant premier consul de Nîmes en charge. Guidés par J.G.Pieters., nous avons pu voir une partie de sa pierre tombale dans la cour du château.
Son petit fils Pierre rachète en 1662, une partie de la coseigneurie de Gajan qui était sortie de la famille en 1589.
Ce sont les Leblanc: Pierre au XVIe siècle (1584) puis autre Pierre au XVIIe (1655 à 1678) qui apportèrent des modifications importantes au château féodal, presque du tout ruyné en 1555, de surcroît bombardé en 1575. Ils achevèrent de le transformer en une élégante demeure Renaissance avec ses toits de tuiles en écailles vernissées et ses merveilleux jardins.
Lors de la visite du château, J.G.Pieters, nous montra d’abord, vue de la place du village, la façade Nord de l’édifice. On y remarque deux fenêtres à meneaux (datant des travaux de1584) dont une greffée sur la grosse tour rabaissée, probablement décapitée lors de la prise d’assaut qu’effectua le duc d’Uzès en 1575.

La Rouvière Château 1.JPG




Façade Nord








Nous longeons la façade, du côté de l’est, pourvue de mâchicoulis à arcades et où s’ouvrait, jusqu’au milieu du XVIIe siècle, une poterne munie d’une herse, par laquelle on accédait à la cour intérieure. Après nous être attardés sur la plate-forme du château (panorama dans la direction de l’Uzège et de la garrigue nîmoise), nous traversons la basse-cour puis franchissons une splendide porte armoriée donnant sur une charmante cour intérieure pourvue d’un puits à la fine ferronnerie. Elle est entourée de pavillons remodelés dans le style Renaissance avec attique; s’y trouve aussi un grand escalier à balustres édifié en 1655 à l’emplacement de la poterne (que nous n’avons pu apercevoir en raison du morcellement de propriété effectué en 1806, ses arcades sur la cour ayant dû être murées.)

Invités à traverser les pièces habitées du rez-de-chaussée pour descendre au jardin, nous nous retrouvons sous un bouquet d’immenses lauriers dominant une grande plaine dégagée (panorama dans la direction du mas le Comte - celui de Jacques de Crussol d’Uzès – et de Gajan qui fit partie jusqu’en 1223 du même fief.). Au loin, sur le puech de toutes aures émerge la petite tour sans ailes du moulin d’aouro, édifié en 1680 sur ordre du seigneur Pierre Le Blanc.
En nous retournant, nous admirons la grande tour et sa fente de tir, ainsi que la façade du corps de logis ouest, pourvue, elle aussi, de mâchicoulis à arcades. Le maître de céans nous indique qu’il reste intimement persuadé que cela se rattache au système de défense de l’architecture religieuse et à la tradition cistercienne. Il évoque aussi cette galerie couverte (ou chemin de ronde) édifiée en 1584 : « afin que l’on puisse fere tout le tour du château sans passer sur les couvertz et sans gaster les thuilles ».
Faute de documents, il est difficile ,aujourd’hui ,de cerner toutes ces transformations -y compris l’arasement des tours et la disparition des merlons pendant la Révolution– et bien d’autres aménagements au niveau des pièces habitables.
Notre hôte y a réfléchi un temps infini, faisant moultes recherches et dressant des plans pour mieux fixer la structure du château à chaque époque.
Il fait remarquer, à juste titre, que les plus récents occupants ont su respecter le caractère des lieux, en dépit des difficultés à vivre dans ces espaces difficiles à chauffer, mais d’une si prégnante beauté.
La Rouvière Château 2.jpg




Façade Ouest







Enfin, Jean-Gabriel Pieters nous rappelle que les années 1660 virent, ici, la création de jardins d’agréments dont la beauté ne cède en rien à celle de plusieurs jardins nîmois dont la mémoire nous est plus amplement conservée. Il fait remarquer que de tels jardins, créés sans intention économique, ont une fonction sociale: l’on s’y rencontre et l’on s’y promène en admirant les lieux.
Il semble que la plupart des anciens châteaux de notre région, remaniés à la Renaissance, ont eu, comme ici, leurs superbes jardins: Ils sont attestés à Arpaillargues. A Bourdic, le petit fils du fermier du dernier habitant du château, a conservé un exemplaire très ancien de l’Agriculture et La Maison Rustique de MM Charles Estienne et Jean Liebault (Paris 1586) dédié à : Monseigneur le Duc d’Uzès, Pair de France, Comte de Crussol, Seigneur d’Assier et de Soyon.

La dernière descendante des Seigneurs-bâtisseurs le Blanc dût vendre la Seigneurie en 1738 à cause de la prodigalité de son époux, le marquis François Annibal de Rochemore.
André Chambon, d’une famille originaire du Vivarais et possessionnée à St-Ambroix succéda aux Seigneurs Le Blanc. Ce sont, encore aujourd’hui, les descendants de cette famille qui détiennent le château, partagé en trois portions.
En 1766, Pierre Chambon décide de la replantation du parterre en arbres fruitiers. Dans le livre sur La Rouvière et grâce aux nombreuses archives à sa disposition, J.G.Pieters consacre plusieurs pages à la description exhaustive des nouveaux jardins du château, créés en respectant scrupuleusement les préceptes exposés dans la nouvelle Maison rustique. (Paris 5e édition ,1743).


L’Eglise.

L’ancienne église: Ecclésia Sancti- Martini, ruinée au début des guerres de Religion, avait disparue ainsi que la maison claustrale et le cimetière: usurpé par les protestants, on ne savait plus où tout cela se trouvait.
Celle que nous visitons est une nouvelle construction dont la première chapelle date de 1657, construite sur un terrain proposé par Pierre le Blanc.
La nouvelle église subit de très nombreuses restaurations au cours des siècles suivants.
La nature, toujours instable du sol du village fut officiellement établie en 1711 lors d’une expertise: Un terrain fort mauvais suject a estre remoly par les pluies. L’église a continuellement des problèmes dont : les murs du pourtour n’estoit fondé que environ deux pans (50cm) dans terre.

Bénitier La Rouvière 1.jpg

Cette cuve baptismale, aujourd’hui dans une chapelle de l’église, remonterait au XIe siècle. Elle fut découverte retournée sur l’embouchure du puits du jardin du presbytère lors de la démolition de celui-ci en 1994. S’y trouvent gravées: La Croix du Languedoc_ Les arches sous lesquelles passe le peuple-La figure du lion, qui représente la force de Dieu le Père-et la croix latine de Jésus-Christ notre Sauveur.


Le Temple.

Il en est de même du temple. Ceux de « la Religion prétendue réformée » achetèrent, en 1652, une maison pour en faire un temple: 3, rue actuelle du château d’eau. Il est démoli en 1663 figurant dans la liste des 89 temples ordonnés d’être démolis par arrêt du Conseil d’Etat du 5 octobre 1663.

Temple La Rouvière.jpg

Le nouveau temple actuel verra difficilement le jour, vers 1862, faute de subsides.
Il subira de nombreuses et importantes restaurations étant construit sur un terrain marneux instable, comme l’église.
Bien restauré aujourd’hui, il se présente dans sa simplicité avec une belle chaire en son centre.
Le livre sur La Rouvière donne de nombreuses indications sur les problèmes de religion. Claude Philip nous explique que ce village, mi-catholique mi-protestant, sut, cependant, vivre en bonne intelligence.
C’est une des raisons de sa formule : Un village de passion où la raison l’emporte.

La Grande Tour Bermonde du Château de La Rouvière

Avec l’aimable autorisation de Jean-Gabriel Pieters : extrait d’un article de la revue « Le Lien des Chercheurs Cévenols »(2)

H.C.U a déjà fait connaissance avec ces tours massives du XIIe siècle, en visitant Moussac, Boucoiran, et Brignon.
P.A. Clément en a fait une étude pointue dans le lien des chercheurs où un inventaire se poursuit.
Leur nom de tour Bermonde, comme le rappelle J.G. Pieters, leur a été donné, en référence à ces nombreux Seigneurs de Bermond, que nous avons rencontrés à La Rouvière.

La Rouvière Plan chateau 1.JPG

 

La Rouvière Plan chateau 2.JPG

Plan et coupe de la grande tour fournis par Jean Gabriel Pieters

Leur fonction d’abri pour les populations est bien attestée par les textes et par l’architecture; de même, leur fonction de guet et de tour-signaux. Elles sont caractérisées par d’étroites fentes de tir, toutes leurs pièces voutées en pierre, dont celle du rez-de chaussée, obscure, ne présente aucune ouverture, le passage se faisant plus haut,
Concernant la construction de La Rouvière, J.G. Pieters a fait une curieuse découverte. Il a observé qu’elle est en décalage par rapport aux bâtiments préexistants du château. Elle semble avoir été insérée dans le mur de la façade Nord-Ouest. Elle s’élève à 12 m 75 ayant été tronquée et se termine aujourd’hui par une terrasse.

Texte et photos de Christiane Chabert
Photos : La Rouvière en 1908 Collection particulière - Le Temple, photo extraite du livre sur la Rouvière.


(1) Claude Philip est natif du lieu : il nous révèle, avec tendresse, l’existence de Léa, sa maman à la mémoire intacte, âgée de 102 ans.
Etant adolescent, il reçut la mission de terminer et compléter, plus tard, le premier manuscrit sur La Rouvière, écrit et illustré par Franck Gébelin, historien passionné par son village, et disparu en 1975.
Pour continuer l’œuvre, il s’entoura de précieux collaborateurs:
Son cousin, Jean-Marie Rosenstein travailla, lors de ses séjours dans le Gard, sur l’ouvrage ancien.
Jean-Gabriel Pieters, cousin de F. Gébelin, lui-même historien régional bien connu en Uzège par ses nombreuses publications dans les revues historiques et, notamment, dans le remarquable bulletin du Lien des Chercheurs Cévenols, mis à disposition un abondant travail de recherches sur le Château de La Rouvière et son environnement, propriété de sa famille. Enfin Raymond Achilli, réalisateur de cinéma résidant à La Rouvière, fit des photos du village.

Livre La Rouvière.jpg



Cet ouvrage est disponible (24 €) à La Rouvière chez :

Maryse Salles, 23 rue Jean Moulin - Tél : 04 66 63 17 43
à Saint-Géniès-de-Malgoirès
ou
Georgette Roussel, 5 route de Nîmes - Tél : 04 66 81 67 88
par commande (+ 5 € de frais de port)
ou
Claude Philip, 2 rue de la Mairie - 30190 La Rouvière
Tél : 06 83 55 66 84 - claude.philip268@orange.fr

(2) Le lien des Chercheurs Cévenols

19/04/2010

Les églises de Belvezet

Le village de Belvezet situé en Uzége possède deux églises. L'abbé Goiffon dans son « Dictionnaire du diocèse de Nîmes» nous en donne l'explication :
«... L'église paroissiale, située à l'une des extrémités de la paroisse, est fort ancienne; elle fut considérablement agrandie, vers 1820 ; mais cette réparation ne fut pas exécutée d'une manière intelligente et ébranla fortement l'édifice, dans les murs duquel se sont produites depuis des lézardes considérables. On s'occupe en ce moment (1) de la construction d'une nouvelle église en un point plus central...».
Peut être, est ce de cette situation qu'est née cette historiette que nous conte Jean Mignot (2) :

« Si Belvézet és sus vosté cami, anas ou véire, ai pas menti, dos gleysos y trouvarés ».
«Si Belvézet est sur votre chemin, allez voir, vous y trouverez deux églises ».
Les catholiques de Belvézet, se trouvaient à l’étroit dans leur église. Elle était basse et écrasée, « coum’ un four », comme un four ; comme une poule qui couve ses petits elle ne pouvait pas protéger tous ses petits sous ses ailes. « Ero pichoto dé tout lat » : petite de tous côtés.
Les habitants vont trouver le père curé et obtiennent sa permission pour surélever leur église. Et après s’il est d’accord, ils l’élargiraient. Lou Capelan leur dit : « vous avez peut-être bien raison » « Béléou avès rasou ».

Eglise romane Saint André.jpg

Eglise romane Saint André

Les braves gens se mettent à l’œuvre. Tout le monde se met à la tâche. Avec tombereaux et charrettes ils transportent… du fumier qu’ils versent au pied des murs tout autour de l’église. « Voulen la faïre mounta. Boutan à sous pès dé fén. Veires aquo dins quaouqué tén ». Lou Capelan pensait : ils ont devenus fous ! « Moun troupèl és vengu baou ».
Ils attendaient que le fumier produise son effet. Une grosse pluie intervint. Le fumier se tassa et on vit alors la trace qu’il avait laissée sur les murailles. Uno raillo que marcavo l’endré prumier : Un trait qui marquait le niveau atteint par le tas de fumier. Au moins cinq pans ! Tout heureux, ils vont vite chercher leur Capelan pour qu’ils viennent constater leur réussite. Nous avons bien travaillé. Maintenant il va falloir penser à l’élargir. « Vèné veire s’aven bién travailla. De cinq pans la gléyso a mounta. Perqué avén bién réussi fôou pénsa à l’éslarji »
Et ils se remettent au travail. Les Catholiques, les protestants, les dévôts et les moins dévôts, tous se mettent à la tâche. Comme il faisait très chaud ils enlèvent vestes et vestons et les déposent en tas devant la porte, puis entrent à l’intérieur et se mettent à pousser les murs. Non pas avec leurs bras tendus en avant mais en poussant avec leur postérieur : « lou quiou aou mur, lou cap de faço aou Priou, la tête face au Prieur, anén ! Couméssan. Atténciou ! Oh hisso ! un cop de quiou ! oh hisso ! a moun coumandamén oh hisso !
Pendant qu’ils étaient ainsi dans l’église, passe un pauvre chemineau (3) un fataire, voyant le tas de vestes et vestons, s’empare des vêtements. La bonne aubaine. Au moins cela il ne l’aurait pas volé. Merci grand saint Martin !
« Si sourtissian per véire sé lou traval és avança » Si nous allions voir si le travail a bien avancé. Ils sortent. Plus de vestes ! « Eh bien nous y avons fait ! l’église s’est bien élargie, la preuve c’est que nous ne voyons plus les vestes, elles sont cachées ! », « la gléyso s’és éscartado, a prouvo, las vestos sous catados ».
Lou Capelan les remercie et invite tous ses paroissiens à se retrouver le dimanche suivant pour une grand’ messe. « Mé aou prumié dimenché arriva, agérou pas dé péno per s’avisa, qué la gleyso éro coumo davan. ». Il fallu se rendre à l’évidence : rien n’avait bougé. L’église était comme avant !
Alors le brave curé s’adressa à ses paroissiens : « Mes enfants je vous remercie, vous êtes de bons travailleurs, mais je crois que ce serait mieux, si le travail ne vous fait pas peur, de nous mettre à bâtir une nouvelle église. » « Graméçis, mous éfans, sès dé bos travailladous, mè crésé qué sariè méillou sé l’obro vous fai pas pôou à faire dé nôou. »
Et voici nos braves habitants de ce charmant village qui se remirent à l’œuvre pour bâtir une nouvelle église bien adaptée à leurs besoins. Faisons du neuf ! Pour la cérémonie de bénédiction de la nouvelle église, une longue procession partit de la vieille église pour aller vers le nouveau bâtiment, en chantant ce refrain : « Tournarén à la Vieillo, richo dé souvéni. Anaren à la Novo, quo nous fara plasi » Nous retournerons à la Vieille, riche de souvenirs, nous irons à la neuve, ça nous fera plaisir !

Eglise du fin XIXe siècle.jpg

Eglise du fin XIXe siècle

Allez à Belvézet ce charmant village de l’Uzège, vous y trouverez avec sa vieille et belle église qui menace ruine malgré les efforts de quelques habitants et d’une association pour sa sauvegarde, et tout au bout de la traversée du village en allant vers le mont Bouquet, vous verrez la belle et grande église, la plus grande église de tout le secteur des Seynes, aujourd’hui bien trop grande pour les quelques rares paroissiens et pour les si rares messes que l’on peut y célébrer !
Cette histoire fait partie de la « tradition orale » locale et des histoires amusantes sur Belvézet. Il ne faut rien y voir de blessant pour ses habitants. On trouve ici et là dans la région des versions un peu différentes sur les mêmes thèmes, et sur d’autres lieux, avec des nuances et des fioritures que seule notre belle lengo nostro peut traduire.

Jean Mignot

Le texte que j’ai utilisé ici est celui du Chanoine Maurin, bien connu dans notre diocèse, dans son livre « Lous contes del Pacanard » paru en 1980 sur les presses de l’imprimerie Bené.

(1) Le "Dictionnaire du diocèse de Nîmes" est paru dans sa version initiale en 1881.
(2) Cette historiette est paru dans la revue « Clochers en Uzège » n°4 - Juin 2008
(3) Le mot « chemineau » vient de chemin, était appliqué aux ouvriers agricoles qui se déplaçaient de ferme en ferme pour louer leurs services. C’est le vrai sens et la vraie traduction du « fataire ». Par extension le terme gagne une connotation péjorative de vagabond.

Photos de Jean Mignot

VALLABRIX, un village en Uzège

Au pied de la colline du Brugas, au long de la dépression où coule l'Alzon qui file vers le val d'Eure, dominé par les hauteurs calcaires des garrigues, Vallabrix est un petit village de 350 habitants qui s'allonge au soleil avec ses deux visages : à l'est, le vieux village avec ses maisons serrées et les vestiges de son passé, à l'ouest, les nouvelles demeures, claires, entourées de terrains qui, fort heureusement, ont su conserver les murets à pierre sèche des anciennes « paran ». (1)
Son nom viendrait-il d'un nom d'homme gaulois Volo et de Briga: hauteur fortifiée ? (diction-naire des noms de lieux de France (Dauzat et Rostaing) ou du latin volutabrurn : auge, bourbier avec le suffixe icum comme le pense E. Negre ? Difficultés des noms de lieux !
Au Moyen-âge, il était l'un des 13 fiefs nobles du château d'Uzès. Raymond VI de Toulouse reçut, en 1209, de l'évêque, seigneur d'Uzès, le Castrum de Valabricio, après la réconciliation avec le pape.
Mais, dès la préhistoire, les premiers occupants s'étaient installés sur les pentes du Brugas (2). Ils y ont vécu, travaillé et laissé au fond des « baumo » leurs témoignages et leurs secrets.
L'exploitation industrielle moderne des ressources du Brugas (extraction de quartzite d'abord, pour la fabrication des aciers spéciaux et aujourd'hui, exploitation des sables sous-jacents) n'a pas laissé le temps aux archéologues de tout découvrir.
Pourtant, il y avait là, une dizaine d'abris sous roche et une longue implantation des peuples préhistoriques.
Dès 1974, un ouvrier de carrière, avait trouvé une belle hache polie qui fit naître de grands espoirs. Un abri hâtivement fouillé fit apparaître des silex taillés d'âge moustérien.
L'abri n° 7 « joyau préhistorique de l'Uzège » (A .Ratz) fouillé en 1980, a révélé un travail remarquable de la céramique : tessons de vases carénés. Les motifs décorant leur col étaient uniques dans le chalcolithique du Midi, fragments de coupes polypodes rares ailleurs (brûle-parfums? objets de culte?) et aussi une trompe (3) qui reste marquée de l’empreinte des doigts du potier et sonne encore le « do » grave. Instrument des plus anciens connus et quasiment unique.

Dessin de la Trompe réalisé par Albert RATZ.jpg






Dessin de la Trompe réalisé par Albert RATZ









Mais les métaux étaient aussi travaillés au Brugas. En 1978, une oxydation colorant un os de mouton, révéla la présence de cuivre.
En 1979, une hache en cuivre et un mystérieux «burin» rare et au rôle inconnu ... (outil ?) étaient prometteurs .... La série des trouvailles était ouverte : épingles, poignards, perles, hache plate, alènes à section carrée ou alènes bi pointes plus rares, étaient tous de facture Fonbuxienne. Cette activité chalcolithique fut mise à jour par une fouille de sauvetage rapide avant l'avancée des bulldozers.
Le Brugas a t-il recélé une fonderie locale ? L'état des objets trouvés laisse supposer une avance technique en ce lieu.
L’exploitation industrielle moderne est elle un trait d’union avec la préhistoire ?

La civilisation gallo-romaine a marqué la plaine de son empreint : cols d'amphores et tessons ont souvent été remontés en surface par le labour des agriculteurs. Des urnes contenant des ossements ont été signalées çà et là. Une stèle du IIème siècle est exposée dans la salle du conseil de la Mairie.
La stèle présente, en particulier, un tonneau et plusieurs maillets ou marteaux : attributs d'un tonnelier. Cette belle pièce évoque, peut-être, la vocation vinicole de l'Uzège.

Stéle funéraire de tonnelier.jpg







Stéle funéraire de tonnelier









L'histoire de Vallabrix ne manque pas d'être liée aux invasions sarrasines par la mémoire populaire qui n'a cessé de signaler la présence, sur le terroir, d'une chapelle dédiée à Sainte Victoire et Sainte Brune, en reconnaissance d'une victoire remportée sur les Sarrazins qui avaient livré bataille, en 737, dans le quartier de Lussan à Vallabrix. Battus par les armées de Charles Martel, ils se seraient réfugiés sous un rocher au-dessus duquel fut bâtie la chapelle.
Souvent recherchée ... jamais retrouvée, peut-être serait-ce autour d'elle que se serait construite l'église romane signalée dans les guides locaux comme monument du IXème et du XIème siècle.
Pour arriver à l'église, nous suivons la grand-rue et remarquons, entre les maisons François et Bonnaud, deux fragments de murs épais: Ce sont les vestiges du rempart démoli ici volontai-rement pour« ouvrir un chemin plus court pour se rendre à l'église » (délibération municipale du 4 février 1791).Car Vallabrix avait un rempart en 1791, « déjà démoli en plusieurs endroits ». C'était un quadrilatère d'énormes murailles dont il reste - presque entier- le mur Est limité par deux tours, dont l'une à moitié démolie. Au Sud, quelques traces entre le jardin public et la maison voisine. Ailleurs, les repères ne sont que des bribes, mais il est possible que deux autres tours aient été présentes à l'Ouest ? Où se trouvait l'entrée principale ? Ce rempart englobait la maison seigneuriale « Le Château » et ses dépendances : remises, magnanerie, et pigeonnier (devenu une maison d'habitation qui a conservé ce nom), un bâtiment du XVIème siècle, devenu école primaire publique, l'église, mais par contre, peu de maisons. Ce rempart était-il seulement une défense pour le château qui pouvait abriter les habitants en temps de crise ? Date-il du XIVème siècle élevé contre les routiers qui, à cette époque- là ravagèrent Verfeuil, furent présents sous les murs d'Uzès et campèrent à St- Quentin ? Est-il plus ancien ? La question est posée.

Eglise de Vallabrix.jpg



Eglise de Vallabrix







Nous arrivons à l'église, dédiée à St Etienne. Ce bâtiment paraît immense pour un si petit village. Mais l'église romane du XIème siècle était bien plus restreinte. Elle a presque doublée en 1856, le catholicisme progressant sous le second empire.
L'édifice roman avait une nef centrale et des bas cotés sur les voûtes desquels on peut encore voir les traces des doubleaux romans, disparus lors de l’agrandissement, ainsi que deux gros piliers centraux séparant les travées. A leur place s'étend, entre les 2 piliers restants (peut-être renforcés) un arc surbaissé très allongé et peu élégant.
Le chœur et les autels latéraux romans n'existent plus. Les fenêtres (sauf la première, coté Sud, près de l'entrée) et la rosace ont été agrandies. Le porche date de 1857, beau travail d'imitation. Le clocher est plus récent que l'église (XVème ?). Il a été surélevé au XIXème siècle pour pouvoir loger la grosse cloche dont Mme Foussat était la marraine. Comme elle, elle s'appelle Ursule et porte l'inscription « vox domini in virtute» (4)
Dans un campanile léger, sonne, aujourd'hui, la petite cloche.
A l'intérieur, quelques tableaux : une crucifixion, la lapidation de St-Etienne, le serpent d'airain, (copie du tableau de Rubens) et du mobilier du XVIème sont aussi à voir.
Tout près de l'église la maison seigneuriale dont Mr Gouffet est l’actuel propriétaire. Sur la place, la porte d'entrée, surmontée du blason martelé à la révolution, s'ouvre sur une petite cour intérieure. A droite, un puits, source de toutes les légendes : veau d'or, chèvre d'or, souterrain reliant Uzès à Vallabrix !! Le village savait bien avoir les siennes ! Mais c'est la magnifique façade Renaissance (5) qui force notre admiration, avec ses fines sculptures. Rinceaux, feuillages, visages s'y succèdent autour des fenêtres transformées et du blason là aussi martelé. C'est, sans doute, du temps des Bargeton que ce beau travail a été commandé.

Façade de l' ancien château de Vallabrix.jpg




Façade de l' ancien château de Vallabrix







Après avoir eu dans le temps, de nombreux coseigneurs, la seigneurie de Vallabrix a été achetée, en 1536, par Mathieu de Bargeton. C'est l'une de ses descendantes qui, en 1732, épousera Gaspard d'Arnaud, fondant la famille d'Arnaud de Valabrix. Leur petit- fils, deviendra maire et sous-préfet d'Uzès sous la Terreur Blanche. C'est lui que la complainte populaire désignera comme : lou bregan de Vallabrix, parce qu'en observant, satisfait, des fenêtres de son hôtel (aujourd'hui hôtel de La Rochette), les fusillades sur l'esplanade, il se serait écrié « La Restauration est en marche ». Revenons à notre château, et jetons un coup d'œil sur la tour Nord Est bien conservée, certainement abaissée à la révolution, elle conserve en sa partie basse une archère canonnière.
Nous n'avons pas manqué d'aller jusqu'au lavoir qui reçoit une eau claire de la source condamine où, autrefois, on allait chercher l'eau fraîche et faire boire les chevaux. L'abreuvoir est encore là et le fronton triangulaire semble nous parler du XVIème siècle.
Le lavoir avec son grand bassin et ses bassins de rinçages, où coule une eau limpide, a été construit en 1858 et restauré récemment : pierres apparentes et belle charpente en bois, à l'image de l'ancienne. Il ne joue plus son rôle de lieu de rencontre et de papotage mais conserve sa fraîcheur et sa beauté.
La visite s'achève. Beaucoup de découvertes seraient encore à faire dans ce village.
A t-il voulu protéger son site et ses richesse ? On a toujours parlé du Castellas perché sur le Brugas. Pour les uns, un énorme rocher, mais des vieux .... vieux, y avaient découvert quelques rangs de gros blocs formant murets. Etait-elle là cette hauteur fortifiée ? D’où la vue communique avec les châteaux de Masmolène et de la Bastide d’Engras. Site stratégique !
Et quand à ses pieds on apprend que s'étend le quartier de la Gardiole : qui gardait quoi ? On peut se poser bien des questions !
Vallabrix, avec ses vieilles pierres, ses maisons rousses, quelques révélations et quelques hypothèses, un peu de légende, beaucoup de questions, nous a montré une partie des souvenirs de son passé.

Article rédigé par Odile Valette

(1) "La parra serait à l'origine une surface de parc, destinée à être fumée, et elle serait de ce fait temporairement improductive. Le mot appartiendrait au vieux fonds pastoral indo-européen. Il est d'ailleurs resté vivace dans les régions pastorales, comme le causse du Larzac, ainsi que nos exemples l'ont montré. La terre improductive est dite réservée et n'est donc pas soumise à la perception d'un droit sur les récoltes (le quint). Théoriquement, c'est un état provisoire de la terre, avant sa transformation en champ, pré, jardin, vigne ou chènevière. La parra se serait rapidement fixée, devenant alors productive, mais continuant de ne pas payer le droit sur les récoltes."
Extrait d’un article - La parra(n) - de Jean DELMAS Directeur des Archives départementales de l'Aveyron. Lien des Chercheurs Cévenols n°112 6- Janvier-mars 1998

(2) Quartier dont la toponymie est issue de l’occitan bruga : bruyère

(3) La trompe a mise en dépôt au musée d’Uzès par M. Vaton en janvier 1996 (Bulletin HCU n° de janvier 1996) et a été reprise en 1997 pour être vendue au musée des Antiquités nationales à Saint-Germain en Laye (Information communiquée par Mme Chimier, Conservatrice du Musée d’Uzès)
A lire : La mémoire du Montaigu - Archéologie d’une micro-région en Languedoc oriental par Albert Ratz
Voir la trompe sur le site de l'agence photographique de la Réunion des musées nationaux : http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&Total=174...

(4) Cette citation latine, extraite du psaume 29 - 4ème alinéa, est complétée par : vox domini in magnificentia, ce qui peut se traduire par : La voix du Seigneur est puissante, la voix du Seigneur est majestueuse. En France, cette inscription est gravée sur plusieurs cloches d’édifices religieux.

(5) A l'origine, cette façade de l'ancien château se trouvait sur la place du village. Elle a été déplacée et remontée au fond de la cour à la fin du 19e ou au début du 20e siècle. Il s'agit d'une façade Renaissance de la fin du 16e siècle. Elle est composée d'un fronton avec des frises et corniches très ouvragées, de six pilastres surmontés de chapiteaux corinthiens.
Elle est inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques par arrêté du 31 octobre 1997 (Inscription au Journal Officiel n°82 du 7 avril 1998 - page 5402)


Commentaires Bernard Malzac
La carte postale de l'église de Vallabrix est publiée avec l'aimable autorisation de Mr Jacques Roux, correspondant Midi Libre à Uzès

Patrimoine rural : une visite de Saint-Hippolyte-de-Montaigu

Dimanche 28 septembre 2008, la sortie de H.C.U. à a été une première. Dans le passé, les (rares) excursions dans le plus petit village de l'Uzège (env. 220 hab.) s'étaient principalement contentées d'une visite de son église romane dont notamment l'abside présente quelques intéressants aspects d'histoire architecturale. Mais, jusqu'ici, en l'absence d'une documentation cohérente, aucune visite complète du village n'avait encore été entreprise.

Georges Fabricius, habitant du village et adhérent de H.C.U., a relevé le défi et a mené des recherches historiques approfondies sur Saint-Hippolyte-de-Montaigu qui paraîtront prochainement en forme de livre (avec le soutien de H.C.U.). Tout naturellement, H.C.U. a demandé à M. Fabricius d'organiser et d'animer une première visite intégrale du village.

Au départ du parking derrière la nouvelle mairie où on s'était rassemblé, le groupe d'une vingtaine de passionnés d'histoire a exploré le village. La paroisse et le village de Saint-Hippolyte-de-Montaigu sont en effet riches de dix siècles d'histoire.

Le ruisseau qui traverse le village, est aujourd'hui enjambé par le pont de la R.D. 982. En contrebas de celui-ci se trouve l'ancien passage à gué, un élément d'importance pour comprendre l'évolution du vieux centre-village : dans les temps peu sûrs, jusqu'à la fin du 17e siècle, son noyau historique fut en effet entièrement entouré d'un mur d'enceinte dont nous avons encore pu repérer quelques parties restantes en haut du passage à gué. Le village même n'était accessible que par deux portes, dont l'une à l'ouest (côté Uzès), l'autre à l'est (côté Bagnols). Le trafic de transit devait contourner le village au sud ; puis traverser, au passage à gué, le ruisseau qui, dans ces temps-là, avait le triple de son débit d'aujourd'hui ; pour ensuite regagner l'ancien "chemin des diligences" direction Bagnols-sur-Cèze. Ainsi, le village ne prévoyait pas de traversée rectiligne à l'intérieur de son enceinte. Par conséquent, les travaux sur la départementale dans l'agglomération furent un défi majeur, qui se terminait par l'achèvement du pont routier en 1762.

Un des buts de la visite ayant été de faire revivre la vie rurale d'antan, le tour comportait de nombreuses entrées dans des terrains privés, avec l'aimable autorisation des propriétaires.

La première halte fut au bâtiment de l'ancienne mairie, construit en 1880, et qui abritait également l'école communale de 1880 jusqu'en juillet 1961. S'il n'est pas inhabituel dans les petits villages de voir mairie et école communale dans un même bâtiment (de nos jours, on peut toujours voir cela à Flaux), la particularité de Saint-Hippolyte-de-Montaigu était que les deux se partageaient une même salle ! Elle était seulement divisée par une demi-cloison, peut-être pour permettre d'avoir un chauffage en commun. En entrant, à gauche, se trouvait la salle de classe avec les bancs des écoliers et le bureau de l'institutrice ; de l'autre côté de la demi-cloison, mais accessible par une entrée séparée à droite, se trouvait le local de mairie. Le premier étage comprenait le logement de l'institutrice ; l'agencement original du bâtiment présentait ainsi la particularité d'avoir une belle cheminée en pierre au premier étage mais aucune au rez-de-chaussée. La salle de classe / salle de mairie au rez-de-chaussée fut chauffée par un poêle en fonte rond qui se trouvait du côté de la salle de classe ; tous les matins, deux écoliers étaient chargés, à tour de rôle, d'allumer le poêle. Le tarif de l'éducation, au 19e siècle, était de 2 Frs par écolier ; et en hiver, ceux-ci devaient apporter des bûches de bois pour chauffer la classe.

De l'autre côté du pont déjà mentionné, se trouvait ce que M. Fabricius appelait en plaisantant "Saint-Hippolyte la commerçante". En effet, jusque dans les années 1930, tous les commerces si typiques de nos villages d'antan étaient présents : nous voyions ainsi l'ancienne forge ; le site de l'ancienne boulangerie/épicerie avec bureau de tabac ; et les deux anciens cafés, jadis véritables centres de la vie sociale villageoise. Ensuite, la cerise sur le gâteau : la visite de la ferme Mignon, dont l'agencement et même une partie du mobilier étaient à l'état authentique et inchangé de 1900. Plafond voûté, dallage original : quel régal … Les propriétaires, M. et Mme. Charles Mignon, nous ont même ouvert les portes de leur petit musée privé d'outils agricoles et d'ustensiles ménagers ; on y voyait entre autres une authentique baratte.

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Saint Hyppolite de Montaigu Puits communal









Le tour du village fut complétée par la visite de deux puits, tous les deux en parfait état : le puits communal avec son mécanisme à manivelle et son abreuvoir, et le puits privé de M. Roger Guet qui est le puits le plus ancien du village et dont la silhouette rappelle la forme d'une capitelle. Pour la petite histoire, l'eau courante n'étant arrivée qu'en 1968 à Saint-Hippolyte-de-Montaigu, le puits communal était à usage commun mais les propriétaires avaient également des puits privés sur leurs terres.

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Saint Hyppolite de Montaigu - Un puits privé









Enfin, l'église, de style roman tardif du 12e siècle, est certainement le principal joyau de l'histoire architecturale du village. Elle fut assez probablement, à l'origine, la chapelle d'un couvent. À première vue, elle se présente de façon assez sobre : une nef unique sans bas-côtés, de trois travées prolongées d'une abside en hémicycle. La nef, sur un axe général est-ouest, mesure 12,90 m de longueur et 5,40 m de largeur. Il n'y a pas de transept. Il faut regarder de plus près pour découvrir les beautés de cette petite église :

À l'extérieur d'abord, on note la façon très particulière d'exécution de la partie haute de l'abside : construite en hémicycle, sa toiture est supportée par une corniche couverte de lauzes ; la corniche s'appuie sur des corbelets ou modillons (pierres de support en saillie) sculptés.

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Abside de l'église de Saint Hyppolite de Montaigu











Saint Hyppolite de Montaigu Détails de la corniche de l'abside.jpg




Saint Hyppolite de Montaigu Détails de la corniche de l'abside







À l'intérieur ensuite, on note que la nef est couverte d'une voûte en berceau exécutée en pierres, et supportée par trois arcs doubleaux en plein cintre (dont deux sont visibles ; le troisième se "cache" sous la construction de la tribune). De telles voûtes en pierre furent introduites au 12e siècle, en premier lieu pour remplacer les toitures en bois et pour ainsi réduire les risques d'incendies. Une telle voûte étant considérablement plus lourde que les anciennes constructions en bois, les seuls murs latéraux, pourtant épais de 90 cm, auraient été trop faibles, ce qui nécessitait l'appui de quatre contreforts extérieurs (côté nord) pour compenser l'énorme descente de charge supplémentaire en verticale et en oblique qui en résultait. Tout ceci sont des éléments qui permettent à l'historien de dater l'église plus précisément.

L'église étant placée sous le vocable de Saint Hippolyte, on distingue, derrière le maître-autel, un grand tableau de Saint-Hippolyte. Notre guide nous apprenait que Saint-Hippolyte-de-Montaigu doit son nom à un martyr du 3e siècle, Hippolyte de Rome (170 - 235). Grand théologien, et un des premiers commentateurs chrétiens de la Bible, mais très conservateur, il entra en conflit avec les dirigeants de l'Église de l'époque et fonda une communauté dissidente. Enfin, au cours des persécutions systématiques des chrétiens dans ces premiers temps du christianisme, il fut déporté aux mines de Sardaigne, puis exécuté (écartelé par quatre chevaux).

Nous tiendrons à remercier les propriétaires des terrains privés, de leur aimable autorisation d'entrée et du gentil accueil qui nous a été réservé : Grands mercis chaleureux à Mme. Emma Pickles (propriétaire du bâtiment de l'Ancienne Mairie) ; à M. et Mme. Charles Mignon ; à M. et Mme. Josian Guet (propriétaires du terrain sur lequel se trouve l'extérieur de l'abside de l'église) ; et à M. Roger Guet.

La parution du livre de M. Georges Fabricius, "Saint-Hippolyte-de-Montaigu en Uzège", truffé de détails et d'anecdotes, est prévue pour décembre 2008. Il sera distribué par H.C.U., et il sera également disponible à la mairie de Saint-Hippolyte-de-Montaigu.

18/04/2010

Balade dans Montaren, balade dans l’histoire

C’est par un dimanche ensoleillé d’avril (mois des balades) et à l’issue d’un délicieux et convivial repas pris à la ferme auberge de la Bruyerette que notre groupe d’une vingtaine de personnes se retrouve au pied de la Carcarie.
Voilà bien l’endroit idéal pour situer notre lieu de promenade qui s’étale entre la "montagne " de pierre et de forêt de chênes contre laquelle se presse le village et le confluent des Seynes et du minuscule mais parfois redoutable Rieu où se développent les cultures aujourd’hui " mangées " par les constructions de lotissements.

Montaren, la montagne de sable.
La colline qui culmine à 189 mètres d’altitude, est un reste de ces ondulations (les garrigues) formées lors du relèvement du Massif Central à l’ère Tertiaire (à la suite des soulèvements des Pyrénées et des Alpes).
Constituée de roches détritiques accumulées au fond des mers Secondaires et Tertiaires, la Carcarie a longtemps fourni aux habitants du village, la pierre calcaire et le sable destinés aux constructions.

Montaren, les origines du village.
En l’absence de fouilles archéologiques et de documents probants, il est évidemment difficile de décrire avec précision les origines du village. Situé au pays des Volques Arécomiques, cette peuplade celtique cumulait activités agricoles et commerce. On peut toutefois supposer que ce lieu offrait des atouts indispensables à cette activité et pourquoi ne pas imaginer que la Tour Sarrasine, posée sur un rocher culminant du village, est l’héritière (évidemment mille fois remaniée) de ces tours servant de greniers, d’abris pour les marchands et les animaux qui jalonnaient les voies de commerce reliant le Massif Central à la vallée du Rhône ?

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Montaren - Tour Sarrasine










Propriété, au XXème siècle, de Jean Puget dont la famille possédait le château de Montaren, la tour garde les marques de cette appartenance : les étais qui consolident le bâtiment ont la forme du P de Puget. Jean Puget fit aussi ouvrir des fenêtres à meneaux pour éclairer la tour (on dit qu’elles proviennent de l’abbaye de Valbonne) et il fit placer, à l’angle de celle-ci, une magnifique borne romaine.

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Montaren - Le Château







La présence romaine est attestée de façon plus évidente (soubassement de la Tour Sarrasine, autel votif, fragments de statue découverts lors de la construction de la voie ferrée en 1880, tessons d’amphores, de dolia...). Les mas, comme tous ceux situés au nord d’Uzès se trouvent à une altitude d’environ 110 mètres et conservent la fière allure des anciennes villas gallo-romaines (la Mairie en particulier).

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Ancienne Mairie Montaren






(Il s’agit de l’ancienne mairie et donc pas d’une villa romaine : elle a été construite au XIXème siècle, par contre, la maison que l’on voit en face à droite est le reste d’une ancienne tour de défense à la limite du fort)

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Montaren - Cour de la Mairie











Des invasions barbares au village médiéval.
Si les invasions barbares ont détruit la belle ordonnance de la civilisation romaine, il est évident que tout n’a pas disparu. A quelques kilomètres de Montaren, le prieuré de Saint Médiers continue à contrôler les voies de passage vers le Rhône et la tour Sarrasine à Montaren doit fièrement veiller sur les quelques habitations agglutinées autour des ses épaisses murailles.
Il faut toutefois attendre le XIIIème siècle pour voir apparaître vraiment un château et une famille des seigneurs de Montaren. A deux pas de la Tour Sarrasine, le château dresse une, puis deux tours massives et tout aussi austères. Le seigneur est alors le vassal de celui d’Uzès et aussi de l’évêque.
Très vite, la porte romane de l’Arcade, relie les deux minuscules villages (on compte moins de 7 feux (1) dans chacun) encore bien reconnaissables sur les plans. Le village entier s’entoure alors d’un rempart hérissé de tours (on les distingue dans la partie du Nord-Est du village) formant le fort.

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Montaren - Porte de l'Arcade










L’actuelle rue des Acacias (qui entoure ce fort) occupe l’emplacement des anciens fossés et, le long de la Rue Principale, le Barry est un reste de l’ancien rempart. On y marche encore sur les voûtes et au dessous, les garages actuels occupent les anciennes échoppes des artisans d’autrefois.
(1) Le " feu " est une unité d'imposition de base qui correspond au foyer fiscal. Au Moyen Âge, il était défini comme un ensemble de personnes "vivant au même pot et au même feu ", c'est-à-dire menant une vie commune.

Le village de l’ancien régime.
En dépit des guerres de religion, le village qui a très vite adopté la Réforme, se développe considérablement aux XVIème et XVIIème siècles :
A l’intérieur du Fort, on construit un temple (à l’emplacement de l’actuelle terrasse du château) les maisons à degrés se multiplient sur cet espace réduit. Chaque étage étant parfois occupé par des familles distinctes ainsi que le révèlent les compoix (l’espace dont dispose une famille ne dépassant rarement 15 mètres carrés). L’artisanat accompagne désormais les activités agricoles : celui de la laine et celui du chanvre car Montaren dispose de nombreuses canebières.

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Montaren - Avenue d'Uzès - Activité pastorale







Le Fort éclate donc et au Nord (la Roquette), puis à l’Est (les Amandiers) et au Sud (le Plan) se développent de nouveaux quartiers où se mêlent tenanciers du Seigneur, cardeurs, tisserands et aussi bourgeois (négociants, faiseurs de bas, notaires, chirurgiens, receveurs des tailles...). Chaque quartier semble replié sur lui-même, peu ouvert vers l’extérieur. Mais les maisons communiquent et les rues permettent de gagner rapidement le fort et de s’y mettre à l’abri (on est frappé par la ressemblance avec les bourgades à Uzès).

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Montaren - Quartier du Plan






C’est au sud du fort qu’est reconstruite, à la fin du XVIIème siècle, l’église de Montaren (la vieille église située à l’Est ayant été détruite au cours des dernières guerres de religion). Sévère et ouverte vers le Nord (vers le Fort), la nouvelle église domine le quartier dont il faudra renforcer les défenses au moment de la guerre des Camisards (ces fortifications sont encore visibles de la route Alès-Uzès). Mais si l’extérieur est austère, l’intérieur, refait au XIXème siècle, offre un bel exemple de l’art Saint Sulpicien.

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Montaren - L'église








Les seigneurs de Montaren ont disparu depuis longtemps et une foule de coseigneurs (bourgeois enrichis qui ont racheté château, terres, droits de justice, de banalités, de censives...) se partagent le château et ses dépendances. Dans un souci de reconnaissance, aux yeux de la "vraie noblesse " et du Roi, ils copient ce qui se fait à Uzès, percent des fenêtres dans leurs demeures, entourent leurs portes de bossage en pointe de diamant et n’oublient pas de rehausser leur toit du pigeonnier qui affirme leur autorité. Là encore, comme à Uzès, les pigeonniers s’alignent du Nord au Sud du village, plaçant le pouvoir au cœur de celui-ci. Ils possèdent les bonnes terres, les terres à céréales qui s’étalent jusqu’aux Seynes. Mais à trop vouloir imiter les Grands, ils vont s’enfermer dans une routine destructrice et, bien avant la Révolution française, ils vont disparaître, ruinés ou dépossédés de leurs biens par la Révocation de l’Edit de Nantes. La destruction de leurs blasons sur les tours du château en 1790 signifie aussi la fin des Chapelier, des Folcher, des Lévêque, des Deroche... Seuls les d’Albon survivront quelques temps encore et leur nom subsiste avec le plus beau pigeonnier du village : la d’Albonne.

De nouveaux changements au XIXème siècle.
A force d’économie, quelques familles d’artisans vont réussir à acheter des terres. Beaucoup plus dynamiques que les anciens propriétaires, ils vont utiliser les engrais (le buis de la Carcarie sera abondamment exploité), multiplier les plantations de mûriers et l’élevage du ver à soie, développer les vignes...
Les quelques agriculteurs qui subsistent dans la commune aujourd’hui, sont souvent leurs descendants.
C’est vers 1830 que l’on reconstruit, au bout de l’aire des Amandiers, le Temple détruit en 1685. Les habitants du village vont payer de leur peine cette reconstruction, charriant depuis la Carcarie, pierres et sable destinés aux travaux. Soucieux de paix religieuse qui garantit le calme civil, le Roi Louis-Philippe, financera sur sa casette la fin des travaux.
Il reste des pierres et les familles protestantes vont en faire des murets entourant de petits jardins offrant les avantages des potagers arrosés avec l’eau des puits, souvent communs à deux jardins et celui de lieux de détente que la famille fréquente le dimanche après l’office.
Aujourd’hui, ces petits jardins, propriétés de particuliers ou de la commune, restaurés par l’Association "Citrouille et Compagnies" sont devenus des lieux de rencontres conviviales et festives.
Au cœur du village, artisans et commerçants ont disparu, les terres à blé ont laissé place à des lotissements. Au gré de ses ruelles, Montaren conserve cependant son charme un peu austère, un peu mystérieux.

Compte rendu réalisé par Mireille Berthier
Photos Mireille Berthier
Cartes postales Bernard Malzac