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12/09/2013

Les mines de phosphates de Saint Maximin et de la Capelle

Le XIXe siècle se caractérise par une très forte croissance de la population. Peu à peu, l'agriculture de subsistance laisse la place à une agriculture productiviste avec l’emploi d’engrais qui contribua à la recherche de nouvelles ressources industrielles. C’est dans ce contexte que commence la prospection des phosphates dans l’Uzége.

La découverte de mines de Saint Maximin

Le 17 mai 1882, M. Bourrely, marchand de vins à Avignon, offrit à la commune qui l’accepta de faire à ses frais des recherches en vue de découvrir des gisements de phosphates de chaux dont l'existence était soupçonnée. Peu de temps après, il céda son projet à Cyprien Gastal, vétérinaire à Remoulins  et Pierre Ardisson, entrepreneur à Uzès, qui reprirent les recherches entreprises et trouvèrent un gisement important.

La concession du bail d’extraction  du minerai de phosphates de chaux fut accordée par le Préfet le 8 avril 1884 pour une durée de 9 ans à la Société Gastal et Ardisson qui commença l’exploitation de ce minerai. Cette adjudication fut bien qu’approuvée, fut ensuite contestée devant les tribunaux à plusieurs reprises. 

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Plan extrait de la carte IGN

 L’exploitation des mines

Dans les plateaux calcaires de l’Uzége, les dépôts de chaux phosphatée se rencontrent tantôt dans des cavités souterraines, tantôt dans de simples fractures de la roche calcaire. A Saint Maximin, les mines, situées sur le plateau au nord-est du village, au lieu-dit les Planes furent exploitées  sous les dénominations de : « Grand chantier », « Petit chantier » et les « Trois Abîmes ».

A la fin de l'année 1885, ces gisements occupaient 86 ouvriers et produisaient environ 200 tonnes par mois (1). De 1886 à 1888, la production restait constante avec 2500 tonnes extraites annuellement. En 1889, elle était réduite à 2000 tonnes.

Par la suite, l'extraction des phosphates n'a fait que péricliter à cause de l’épuisement des filons, de la concurrence et de  la chute des prix. En 1890, la Société Gastal et Ardisson décida  de l'arrêt partiel des carrières de phosphorites de Saint-Maximin. La fermeture définitive eut lieu en 1893, au terme du bail.

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Entrée d'un puits

 Les mines de La Capelle-Masmolène (2)

 Contrairement à Saint Maximin, les gisements de la Capelle se présentent sous forme  de petits affleurements en surface contenant des sables et graviers phosphatés. Situés  au nord du village, leur exploitation fut entreprise à partir de 1888  par Pierre Ardisson et Thomas Jouve.  

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Un hangar et la bascule de la route de Pouzilhac, puis plusieurs bâtiments proches du site principal d'extraction furent construits pour abriter le minerai. A partir de 1889, la production atteignit 150 tonnes  pour parvenir à 200 tonnes en 1890, ensuite à 250 tonnes en 1891, à 400 tonnes en 1892 et livrer 450 tonnes en tonnes 1893. En 1891, Thomas Jouve est mentionné comme seul propriétaire. En 1897, l'entreprise devint la S.A. des Phosphates Fossiles de La Capelle. La production déclina peu à peu est la fin définitive de l’exploitation eut lieu en 1907.

 

(1)  Rapports du Préfet, procès-verbaux des délibérations - Conseil général du Gard 1886

(2) Sources : Wienin Michel ; Inventaire général du patrimoine culturel.

Bernard Malzac

04/09/2013

Les stèles céramiques de Montaren et Saint-Médiers (Gard)

Objet d'inventaires depuis quelques décennies, le patrimoine culturel français offre de nombreuses voies de recherches. Bien que ces initiatives fussent longtemps réservées aux monuments historiques, ce que l'on nomme improprement le « petit patrimoine» a acquis depuis ses lettres de noblesse. Sa mise en valeur devient aujourd'hui une priorité car il illustre le savoir-faire et surtout les préoccupations journalières de nos ancêtres.

L'ancien cimetière paroissial de Montaren situé au nord de village, abandonné depuis fort longtemps, débroussaillé à présent, possède des stèles d’un type très original réalisées en céramique.

 

Stèle 3.jpg

 

A la vue de ces monuments funéraires, toute personne sensibilisée à la production céramique reste perplexe devant la maîtrise dont a su faire preuve l'artisan pour réaliser des pièces d'une telle importance. Ces « plaques» de terre cuite possèdent des dimensions impressionnantes (jusqu’à 145 cm de hauteur hors sol pour une largeur variant de 60 à 80 centimètres). Malgré une forte épaisseur (de 9 à 11 cm) ces pièces céramiques ont traversées sans problème toutes les phases de fabrication (moulage, séchage, cuisson). Après avoir subi pendant un siècle les caprices du temps elles apparaissent aujourd'hui parfaitement planes, non fendillées, et parfaitement lisibles. Les dates de décès relevées dans les épitaphes s’échelonnent de 1877 à 1905 et concernent des habitants du village des deux confessions. L'ornementation accompagnant les inscriptions évoque d'ailleurs la religion pratiquée par le défunt et fait oublier l'aspect massif du monument de part la richesse de ses éléments décoratifs. Ces derniers s'inspirent bien évidemment de l’iconographie chrétienne, tracés parfois maladroitement mais qui révèlent une réelle ferveur. C'est justement leur aspect naïf qui apporte à l'ensemble sa beauté et transforme ces humbles pierres tombales en des œuvres touchantes, où l'aspect religieux devient secondaire. Leurs créateurs, vraisemblablement des ouvriers de la briqueterie voisine, ont su exploiter tout leur savoir-faire pour réaliser ces objets inhabituels qui ne figurent dans aucun des catalogues de leur profession. Les maladresses détectées, notamment dans la réalisation des épitaphes, sont autant de témoignages attachants augmentant la valeur culturelle de ces stèles.

Aucun autre lieu dans notre région - et en France - où un tel ensemble de stèles en terre cuite figure. Certes quelques cas isolés existent, tel celui ornant la tombe d'un ouvrier briquetier de Saint-Victor-des-Oules (Gard), mais ils restent anecdotiques. Sur les signalisations des sépultures quelques particularismes régionaux ont été étudiés dans certaines régions françaises:

     -   En Languedoc-Roussillon, les stèles discoïdales ont fait l'objet de plusieurs études. Sculptés dans la pierre, des exemplaires existent toutefois hors de celte région,

   -    Certaines pierres tombales du Pays Basque (également en pierre) se distinguent de par les rehauts de peintures vives dont elles sont décorées,    

    -    Les artisans du département du Gers à la même époque (fin XIXe siècle) utilisaient fréquemment le bois pour confectionner ces monuments funéraires.

 

Mais la terre cuite reste absente dans la réalisation des stèles. Les archéologues la rencontrent dans la confection des tombes, puisque dès l' Antiquité les hommes ont parfois utilisés des tuiles plates (tegulae) ou courbes (imbrices) disposer de champ pour la confection des caissons, recouverts ensuite de terre. Les seuls éléments céramiques présents sur les sépultures restent les poteries, possédant alors la fonction d'offrandes faites aux défunts. Les dimensions des stèles, telles celles de Montaren et Saint-Médiers, impliquent la présence à proximité du village d'un atelier de briquetier/tuilier dont seuls les fours avaient la capacité adéquate pour cuire ce type d'objets. Ce simple fait explique le caractère exceptionnel de ces réalisations et leur rareté sur l'ensemble du territoire français.

 

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Les monuments funéraires de ce village présentent donc un intérêt indéniable. De part leur nombre, leurs qualités esthétiques et historiques, ces stèles méritent d'être sauvegardées car elles illustrent un aspect méconnu de l'art funéraire. Outre le respect élémentaire du devoir de mémoire, il s'agit de préserver un patrimoine matériel, reflet de l'histoire d'une communauté. Si la religion a souvent opposée ses habitants au cours de son histoire, ils ont su se retrouver au-delà de la mort en laissant aux mêmes artisans la confection d'un même type de sépulture où seule l'épitaphe permet de distinguer leur préférence spirituelle.

La commune de Montaren-Saint Médiers a la chance de posséder avec ces sépultures, un ensemble de données offrant différents thèmes d'études possibles. Il serait donc incompréhensible de les négliger alors que leur sauvegarde peut être assurée aisément. Trop d'éléments de notre patrimoine, les exemples restent malheureusement nombreux, n'attirent l'intérêt qu'après leur quasi destruction par les hommes ou les caprices du temps. Pour une fois il serait souhaitable de devancer cette tragique finalité, respectant ainsi les actes et pensées de nos ainés.

Texte et photos d’André Leclaire

 

19:50 Publié dans Patrimoine | Lien permanent | Commentaires (6)

13/08/2011

Valorisation de patrimoine rural à Arpaillargues

Dans le cadre de la valorisation du patrimoine rural, l’association La Zébrine (1), a organisé une journée d’initiation à la pierre sèche sur Arpaillargues. Encadrée par Didier Rieux, artisan de la pierre sèche, membre de la « Confrérie des bâtisseurs en pierre sèche », la journée avait attiré une douzaine de participants voulant s’initier ou parfaire leur technique de construction de mur sans liant. Didier Rieux s’est formé à la technique au côté de Maurice Roustan, bien connu dans le milieu de la pierre sèche, principalement en collaborant à la réfection des murs de soutènement du chemin de la Torte à Collias.

13 - l'équipe au complet avec son instructeur.JPG


L’objet des travaux pratiques : la restauration d’une partie d’un mur qui longe le sentier d’interprétation des Conques. A plusieurs endroits, le mur avait souffert de l’invasion de la végétation et du manque d’entretien, destin commun à de nombreux murs d’enclos qui maillent la garrigue au nord de la commune. Le week-end précédent, nous avions préparé le chantier en débroussaillant les abords et démonté la partie instable du mur sur environ une dizaine de mètres de longueur pour retrouver une assise plane et stable.

2 - toutes les pierres instables ont été enlevées.JPG


La restauration d’un mur de pierre sèche doit se faire dans le respect de l’art des bâtisseurs et de l’environnement dans lequel il s’inscrit. Nous avons la chance à Arpaillargues d’avoir de belles pierres en calcaire dur souvent équarries et faciles à travailler.

Préparation du chantier
Les pierres de restauration sont récupérées dans l’environnement immédiat (bien sûr pas dans le mur voisin !) : en général on les retrouve au pied du mur, entassées dans un éboulement ou enfouies sous la couche d’humus (sauf quand elles ont été pillées… et dans ce cas il faut chercher ailleurs). Lors de la préparation du chantier, on s’attache à trier ces pierres, par exemple en 3 tas : les belles pierres pour les parements, les dalles pour le couronnement du mur et les petites pierres pour le remplissage. On met de côté également les petites pierres de calage très utiles pour stabiliser l’assise des pierres de parement : éclats de pierre effilés, en coin.

Les parements
Le mur du sentier des Conques fait en moyenne 1m 65 de hauteur. Pour assurer sa stabilité, la verticalité des parements doit suivre une pente appelée le fruit. C’est ce qu’on observe sur les parties encore intactes du mur : celui-ci fait environ 1m20 à la base et 60 cm au sommet, couronné par des dalles plates. Le mur est remonté en menant les 2 parements en même temps : la face plane des pierres les mieux équarries vers l’extérieur en veillant à ce que chaque pierre pose sur 3 points d’appui et en calant si nécessaire avec des pierres de calage. En respectant une légère inclinaison des pierres de parement vers le centre du mur et en alternant pierres panneresses et boutisses on renforce sa solidité : la panneresse posée longitudinalement et la boutisse perpendiculairement, si possible de part en part. Il faut éviter les alignements verticaux des jointures, ce qu’on appelle coup de sabre. Pour cela les pierres sont empilées en imbrication en essayant de faire reposer chaque pierre à cheval sur deux ou trois pierres et en respectant le « fil » de la pierre.

5 - le cordeau vient aider à aligner le parement.JPG


Le remplissage
Au fur et à mesure que l’on monte le mur, les pierres de remplissage, pierres non facées ou trop arrondies pour venir en parement, viennent combler l’espace entre les 2 parements en veillant à bloquer les pierres entre elles pour consolider le mur : aucune pierre ne doit « jouer ».

Le couronnement
Les grosses pierres plates mises de côté lors de la préparation du chantier viennent terminer l’ouvrage. Elles peuvent être posées en clavade, dressées les unes à côté des autres, ou à plat, comme dans l’exemple de notre mur.

Les outils et ustensiles
Pour organiser le chantier et faciliter le travail de la pierre le recours à l’outillage du carrier et à quelques instruments est nécessaire et facilite le travail. La barre à mine aide à l’extraction ou au déplacement de grosses pierres ; la masse, le burin, le ciseau, le têtu ou la chasse permettent de refendre, tailler ou aplanir les pierres ; le cordeau guide pour l’alignement du mur.

12 - toute l'équipe à l'oeuvre.jpg


De l’avantage des murs en pierre sèche
Outre le côté esthétique du mur en pierre sèche (à condition que la réalisation soit irréprochable…) celui-ci présente des avantages non négligeables par rapport à d’autres constructions comme le mur maçonné ou bétonné. Sa nature drainante liée à l’absence de mortier permet à l’eau de ruissellement de s’écouler lentement sans atteindre sa solidité. La souplesse de sa structure lui confère une bonne résistance aux pressions et vibrations. N’utilisant pas de liants et recourant exclusivement au travail manuel, la construction en pierre sèche consomme peu d’énergie et participe au développement durable. Enfin, elle permet véritablement un travail créatif et procure de grandes satisfactions une fois l’ouvrage terminé, comme ont pu l’exprimer les participants à ce stage d’initiation : il n’y a pas à dire, à bien regarder, qui pourrait distinguer la partie restaurée de la partie ancienne ?

14 - le mur terminé.jpg


A la demande de certains participants ou d’autres personnes n’ayant pu assister à cette première sortie « pierre », l’association La Zébrine projette d’organiser d’autres chantiers. Toute personne intéressée peut se rapprocher de l’association.

(1) La Zébrine
4 Grand Rue
30700 – Arpaillargues
Mobile : 06 87 20 51 99
Mél : contact@zebrine.org
Web : www.zebrine.org

Bibliographie : PIERRE SECHE : guide de bonnes pratiques de construction de murs de soutènement, édité par la CAPEB auquel a participé la Confrérie des Bâtisseurs en pierre sèche.

Site de Didier Rieux : www.didierieux.fr

16/12/2010

L' oulivado - La cueillette des olives

Novembre, la cueillette des olives, l’olivade ou l’olivaison bat son plein et il n’est pas rare de voir dans nos campagnes, se mouvoir dans les oliviers des ombres incertaines accrochées aux branches, ce sont lis oulivaïre (1) :

Quand vèn lou matin tout blanchi pèr l'eigagno
Quand vient le matin tout blanc de rosée
Vesès lis oulivaïre ana toutis à flot
On voit les cueilleurs d'olives aller tous ensembles
S'en van en risènt au pèd d'uno moutagno
Ils s'en vont en riant au pied d’une montagne
Ramassa lis oulivo e groussi lou magot.
Ramasser les olives et grossir leur bourse

Extrait (1ère strophe) de la « Cansoun dis Oulivaïre » composée par Irénée AGARD (1878-1944) de Caromb (Vaucluse) et réinterprétée par Patric dans « les plus beaux chants d’Occitanie Vol 2 - Languedoc & Provence » ou dans « Patric en concert ».


L'oulivado.jpg


L’olive transformée en huile a été une des bases nutritionnelles dans nos pays méditerranéens depuis « des temps immémoriaux » (2)

Quand à l'olivier, il semble naitre à l'état sauvage en Asie Mineure au début du néolithique (8000 ans avant JC). Son aptitude à s'adapter à différentes structures de sol fait qu'on le retrouve sa culture sur le pourtour méditerranéen bien des siècles plus tard.
De nos jours, les principales variétés (3) cultivées dans le Gard sont la Picholine (plus de 85 %), la Négrette ou Noirette (plus de 70 %), les variétés secondaires pour moins de 15 %: la Lucques, Sauzen Vert, Rougette de l'Ardèche, Olivastre, Broutignan, Vermillau, Cul Blanc, Verdale de l'Hérault, Aglandau, Amellau, Pigalle, Piquette.

La plus connue de toutes, dans notre région, est évidemment la Picholine. Cette variété, aussi appelé Plant de Collias ou Colasse est originaire de Collias.
Selon la légende, ce sont les grecs de Phocée, à l’origine de la création de Collias, qui, fidèles à leur rôle de diffuseurs de l'olivier, comme ils l'avaient déjà fait à Massalia en 600 avant J.C., auraient planté ou plutôt greffé un olivier sur l'oléastre indigène et créé le plant de Collias.
Le terme Picholine vient de la mise au point d'une méthode de désamérisation par les frères Picholini de Saint Chamas (Bouches du Rhône) en 1780. Ces frères Picholini, originaires d’Italie, installés comme préparateurs d’olives à Marseille, pour "transmuer en douceur l'amertume de l'olive verte", trouvèrent l'astuce "de la laisser 2 mois dans une lessive alcaline de cendre de bois", ainsi naquit l’olive à la Picholine.
Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les chimistes mirent au point la lessive de soude, ce qui facilita la maîtrise de la désamérisation des olives en plus grande quantité.
La qualité gustative de cette préparation et sa typicité ont dépassé les limites de notre région pour conquérir le marché européen.
Après l’Appellation d'Origine Contrôlée obtenue pour "l’huile d'olive de Nîmes" en 2004, l'olive Picholine a été reconnue en AOC en 2006, et s’appelle désormais "Olive de Nîmes".
En novembre 2010, l'Olive de Nîmes a obtenu sa reconnaissance en Appellation d'Origine Protégée (4), signe officiel de qualité reconnu à l'échelle européenne, qui remplace dorénavant l'AOC.

De nos jours le Gard compte 3900 hectares de superficie oléicole dédiés à la production de l'huile d'olives, ce qui représente 8 % de la superficie oléicole nationale, et élève le département au troisième rang national.

De Collias à Sanilhac, nous n’avons qu’un pas à faire pour écouter le Félibre de Sanilhac :

CANSOUN DIS OULIVADO (5)
CHANSON DES OLIVADES

Aquelo poulido cansoun
Cette jolie chanson
Que duro touto la journado
Qui dure toute la journée
Maougré lou fré de la sésoun,
Malgré le froid de la saison,
Es la Cansoun dis Oulivado.
C’est la chanson de l’olivaison.
Escoutas la, vé, que vaï ben,
Écoutez bien, car elle va
Parla l’amour de moun village
Dire l’amour de mon village
Et soun couplet que s’endeven,
Et son couplet qui s’ensuit
Din l’oulivié faï soun ramage.
Dans l’olivier fait son ramage.
Din qu’un tem, ia maï de cent an,
Il y a de cela cent ans,
Un réi vouié’spousa Pastresso.
Un roi voulait épouser une bergère
– Sian per aqui ver la Toussan –
– Nous sommes vers la Toussaint –
Lou réi iè fasiè de proumesso.
Le Roi lui faisait des promesses
La Pastresso aïmé maï soun Jan.
La bergère péfère son Jean.
Aïmé maï mi bedigo
J’aime mieux mes brebis
Que touti ti diaman,
Et malgré tes diamants,
Aïmé maï mi garrigo,
J’aime mieux mes garrigues,
Aïmé maï moun béou Jan.
J’aime mieux mon beau Jean.

Albert ROUX
Décembre 1911.

Traductions B. Malzac

(1) Cueilleurs d’olives
(2) Expression que l’on retrouve souvent dans les textes anciens pour indiquer la lointaine origine.
(3) Référence site AFIDOL - Association Française Interprofessionnelle de l'Olive a été créée en 1999.
(4) A.O.P est la dénomination d'un produit dont la production, la transformation et l'élaboration doivent avoir lieu dans une aire géographique déterminée avec un savoir-faire reconnu et constaté. L’olive de Nîmes ou Picholine est cultivée et transformée dans 183 communes du Gard et dans 40 communes de l’Hérault.
(5) Poème extrait de « Lou parage d’Usès » - Présentation, traduction, notes et commentaires de Bernard MALZAC et Jean-Bernard VAZEILLE - Lucie éditions 2008 - Voir la rubrique « livre » de ce blog.

19/04/2010

Restauration d’une capitelle ou cabanne (1)

Cette petite cabane en très mauvais état a été inventoriée en 2007 lors de l'inventaire du petit patrimoine initié par le pays Uzège Pont du Gard.
Quelques mois plus tard Maurice ROUSTAN (2) le maître artisan de la pierre sèche et ses disciples Didier RIEUX (3) et Magali Bauza (4), tous membres de la Confrérie des Bâtisseurs à pierre sèche, me font part de leurs projets : Former des artisans Lozériens à la méthode de construction de la voûte en encorbellement.
Les financements ont été pris en charge par un organisme de formation professionnelle, mais il manquait le principal, la cabane dont seule la voûte serait en mauvais état et facile d'accès.
De brèves recherches dans l'inventaire nous ont permis de sélectionner la cabane de Mr Gérald PENIN située entre SANILHAC et SAGRIES aux abords du sentier des Capitelles.

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Le Syndicat Mixte des Gorges du Gardon (5) nous a mis à disposition le chantier d'insertion pour débroussailler l'accès au chantier et fait signer un prêt à usage tri partie (Mairie, Syndicat, particulier).
La mairie de SANILHAC-SAGRIES a refait la plate forme du chemin avec son tractopelle.
C'est ainsi que durant deux séances de deux jours Maurice ROUSTAN avec l'aide de Didier RIEUX et de Magali BAUZA ont transmis leurs savoir faire de la pierre sèche aux Lozériens et provençaux - membres des Artisans Bâtisseurs à pierre sèche (6) et les muraillers provençaux(7).

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Les Gardes de l'Environnement du Conseil Général du Gard ont également participé à cette opération (appui technique et logistique).

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Cette opération est une grande réussite, modèle de développement durable, démonstration que des collectivités territoriales et des associations peuvent se mobiliser pour se réapproprier un espace agricole oublié ainsi que son patrimoine identitaire séculaire.

Texte de Cyril SOUSTELLE

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(1) Le terme « capitelle » est la francisation du languedocien capitèlo (Dictionnaire analogique et étymologique des idiomes méridionaux de Louis Boucoiran 1875 :
« Capitèlo, Cabanau, Cabaneto : petit abri à pierres sèches dans une vigne ou un champ. Ces petits abris pour la tête (cap) ou pour le cuvier à vendange tendent à disparaître et sont remplacés par des mazets plus confortables. »
La dénomination de capitelle est couramment employée dans le secteur de Nîmes.
Dans les zones géographiques de Sommières, de la Vaunage et d’Uzès c’est le mot cabane que l’on retrouve dans les textes qui devrait être utilisé. Cette appellation est usitée à Sanilhac : la cabane du Bayonne.
Dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône, c’est le mot borie ou bori qui est employée.

(2) Maurice Roustan est le grand spécialiste et restaurateur des capitelles du Gard. Sa renommée locale lui a valu d'être intronisé chevalier de la Confrérie des bâtisseurs à pierre sèche. Il est l’auteur de quelques ouvrages : « Capitelles de Nîmes » Maurice ROUSTAN 1979 – « Garrigue, pierre sèche, capitelles de Nîmes », 1996 – « 500 capitelles de Nîmes » 1999
(3) Didier Rieux est artisan à Collias dans le Gard, il pratique la pierre sèche depuis 12 ans. Elève de Maurice Roustan, il a d'abord travaillé comme formateur spécialisé dans la pierre sèche et la restauration du patrimoine bâti dans le cadre des chantiers d'insertion et chantiers école. En 2007 il a passé son CAP de tailleur de pierre marbrier du bâtiment et de la décoration à la Fédération Compagnonnique du Bâtiment à Avignon. Il s'est installé à son compte en octobre 2008 et est membre des ABPS depuis cette date. (Extrait site : « Les Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches »
Il est également membre de la Confrérie des Bâtisseurs à Pierre Sèche de Nîmes.

(4) Magalie BAUZA, membre de la Confrérie des Bâtisseurs à pierre sèche, a participé activement à la réhabilitation de l'Ermitage Notre Dame Laval par le chantier d'insertion « Les Gorges du Gardon »

(5) Le Syndicat mixte pour la Protection, l’Aménagement et la Mise en Valeur du Massif et des Gorges du Gardon, présidé par Christophe CAVARD, regroupe 10 communes (Dions, Sanilhac, Poulx, Cabrières, Collias, Vers Pont du Gard, Castillon, Remoulins, Sernhac, Saint Bonnet du Gard) et le Conseil Général. Les objectifs de cette structure sont :
- Restaurer la qualité paysagère du site grâce à la réintroduction d’une activité pastorale
- Lutter contre les incendies et faciliter l’intervention des secours grâce au pâturage
- Limiter le recours au broyage mécanique et engendrer ainsi un gain économique
- Permettre au grand public et aux scolaires de découvrir le pastoralisme et les activités traditionnelles
Ce syndicat mixte couvre une Réserve Naturelle Régionale, créée en 2001, qui concerne 465 hectares entre le Pont Saint-Nicolas et Sanilhac, et une zone classée englobant les villages environnants.

(6) l’association « Les Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches » (ABPS) regroupe aujourd’hui 12 professionnels du bâtiment travaillant dans la Lozère, le Gard et l'Hérault (1 membre).
L'association a pour objet :
• de rassembler les chefs d’entreprises artisanales du Gard et de la Lozère qui mettent en œuvre les techniques de construction en pierres sèches.
• de proposer et organiser des réunions techniques et des formations ainsi que des réunions d’information et de débat.
• d’organiser ou de prendre part à toute manifestation ou toute initiative destinée à promouvoir le monde de l’artisanat et son savoir-faire sur les techniques de la pierre sèche.

Site internet : http:// www.pierreseche.fr/

(7) L’association des Muraillers de Provence (Vaucluse), créé en 2002, a pour objectifs : la promotion, la formation, l’expertise de la technique pierre sèche d’un point de vue architectural, l’environnemental, le social, le patrimonial et l’économique.

Site internet : www.muraillers-de-provence.fr/

Commentaires de Bernard MALZAC


Site à visiter : www.pierreseche.net/cerav.htm