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17/04/2010

Statue de l'Amiral de Brueys

Des cartes postales du début du XXème siècle (patrimoine photographique) et un écrit en Languedocien de Léon Alègre, peintre archéologue de Bagnols sur Cèze, nous font revivre la statue du Vice-amiral BRUEYS qui trônait sur la promenade des Marronniers. Mais qui était donc ce personnage ?

Le Comte de BRUEYS François Paul d'Aigaliers est né le 12 février 1753 à Uzès (paroisse de Saint Julien). Il est le fils du Baron François Gabriel de BRUEYS d'Aigaliers, Capitaine au régiment de Forez, Chevalier de Saint-Louis et de Marie de VIVET de Servezan.
Il fit ses études à Beaucaire puis Uzès et s’engagea dans la Marine à l'âge de 13 ans. Il partit au Levant (Syrie, Liban, Iran) comme volontaire sur le vaisseau le Protecteur.
Le 29 mai 1785, il épousa à Port-Royal de la Martinique, Marie Anne AUBIN de Bellevue dont il eut 3 enfants.
Ensuite, il devint Lieutenant de la Marine royale sous l'Ancien Régime et participa à la guerre
d'indépendance des Etats-Unis.

brueys.jpg

François-Paul, comte de Brueys d'Aigailliers, vice-amiral

Au commencement de la révolution, quoique noble, il n'émigra pas, et, fut promu Capitaine de vaisseau à la fin de 1792. Il eut le commandement d'un vaisseau qui fit partie de l'escadre conduite par le Contre-amiral Truguet (commande les forces navales de la Méditerranée) sur les côtes de Naples et de Sardaigne.
Frappé par la loi qui excluait les nobles des emplois civils et militaires, il est destitué en 1793. Il fut rappelé sous le ministère de Truguet. (Ministre de la Marine et des Colonies du Directoire du 4 novembre 1795 au 15 juillet 1797) et réintégré en 1795. Il est nommé Major Général sous le commandement de l’Amiral Justin Bonaventure Morard de Galles pendant l'expédition d'Irlande en 1796.
Promu Contre-amiral en novembre 1796, Truguet lui donna l'ordre d'aller croiser dans l'Adriatique, mais lorsqu'il arriva à Venise, la paix avec l’Autriche avait été conclue (Traité de paix de Campo Formio signé le 17 octobre 1797). De ce fait, il fit voile vers les îles Ioniennes, et fut obligé, pour y rester un certain temps, d'avoir recours à Ali Pacha de Janina (fut le gouverneur de la région de l'Épire pour le compte de l'Empire ottoman). Il s'empara des îles ioniennes et des navires vénitiens mouillés à Corfou puis retourna à Toulon.
Napoléon Bonaparte le remarqua et le nomma Commandant en chef de la flotte (194 navires et 19.000 hommes) destinée à transporter l'Expédition d'Égypte (de 1798 à 1801).
A la suite de la prise de Malte, il se dirigea vers Alexandrie et après avoir échappé presque par miracle à la poursuite de Nelson., il arriva dans la rade d'Aboukir le 2 juillet 1798 (baie située à 23 Kms au nord-est d'Alexandrie).
L’amiral Brueys, sachant qu’il allait être attaqué avait choisi cette position car il pensait que ses équipages réduits et peu expérimentés avaient de meilleures chances dans la rade qu’en pleine mer. Napoléon, avec son grand bon sens habituel, pressentant que Brueys ne pourrait résister à Nelson, lui avait dépêché une estafette avec l’ordre de se réfugier à Corfou. Hélas ! le capitaine porteur de la missive fut intercepté et tué en cours de route.

Horatio Nelson qui commandait la flotte britannique l'attaqua dans la rade d'Aboukir, le 1er août 1798. Le combat fut terrible, mais la victoire se décida pour les Anglais. Dès lors Brueys ne chercha plus que la mort. Atteint de deux blessures, il ne voulut pas descendre pour se faire soigner : Un amiral français, dit-il, doit mourir sur son banc de quart. Brueys est tué à sa troisième blessure avant que n’explose son grand vaisseau amiral, L’Orient (118 canons).

En tant que marin d'Empire, son nom figure sur l'arc de triomphe de l'Étoile, à Paris.

Sa veuve de l'amiral mourut à Saint Chaptes à l'âge de 92 ans le 26 mars 1859 laissant pour héritier le baron de Fontarèche petit-neveu de l'amiral son mari.

Statue Amiral Brueys.jpg

Statue de l'Amiral de Brueys à l'entrée de la promenade des Marronniers

La Statue

La statue en bronze, aujourd’hui disparue est l’œuvre du sculpteur Duret Francisque Joseph qui est, entre autre, l’auteur d’autres sculptures telles : La Force civile – La force militaire au Dôme et l’église Saint-Louis des Invalides. Elle était posée sur un socle en pierre mouluré à emmarchement de plan carré et implantée sur la promenade des Marronniers. Elle représentait le Vice amiral, Comte de Brueys, près d’une ancre de marine ;avec des palmes, des guirlandes, et des vagues sculptées sur le socle, d’une hauteur de 7 mètres.
L’inscription était une dédicace gravée sur la face principale du socle, ainsi résumé : Au Vice amiral comte de Brueys né à Uzès en 1753 mort à Aboukir en 1798.
Statue Amiral de Brueys.jpg

Inauguration de la statue le 20 octobre 1861 par M. Chabanon, maire d'Uzès (n° 983 du journal l' Illustration - dessin de M. L. Alègre).

Ce monument a été érigé d' après le désir de Marie de VIVET de Servezan, veuve de Brueys et avec la proposition du conseil municipal d’Uzès de mai 1857. L’inauguration eut lieu le 20 octobre 1861. C’est en mars 1942 que l’enlèvement de la statue fut ordonné par ordre préfectoral du 23 janvier 1942. Cette décision a été prise dans le cadre de la réquisition des métaux non ferreux (en 1941, le ministère de la Production et de l’Industrie réquisitionne et récupère les métaux non ferreux pour les besoins de l’industrie française). Elle a été stockée Béziers, aux établissements Valette et Rouanet, avec sursis de quinze jours avant sa destruction afin que la ville d’Uzès puisse faire réaliser à ses frais un moulage. Actuellement, la face principale du socle avec dédicace a été placée sur l’escalier monumental au bout de la rue du Portalet.

Sources :
- Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 par Charles Mullié.
- Généalogie de Mike Morice.
- Service régional de l'inventaire Languedoc-Roussillon.


L’AMIRAU BRUEYS

Lou 20 d’óutobre 1861, la poupulacioun d’Uzès a saluda de sis aclamacioun l’estatuo de brounze dóu Comte de Brueys, na en Uzès (1760)*, vice-amirau, coumandant de la floto que pourté l’armado franceso en Egito, tua au coumbat d’Aboukir (1798).
Sousprés pèr lis Anglés coumanda pèr Nelson, l’Amirau Brueys se bategué coume un lioun ; mourtalamen blessa, si cambarado lou voulien empourta foro dóu chaple : - « Un amirau francés, respondegué, déu mouri sus soun banc de quart !» E mourigué uno passado après, un boulet de canoun enlevè soun cadabre, e soun veisséu se préfoundé, au crid : Vivo la Republico !
M. lou Baroun de Fontarèche, pichot-nebout e eiritié de la véuso de Brueys, a paga largamen li frès de l’estatuo, qu’es de Duret (de l’Estitut) *; e l’estatuo, forço bello, rènd bèn l’entousiasme d’aquelo noble vèuso, quavans que de mouri disiè à l’estatuaire, en parlant de soun eros : « Fasès-me lou bèu coume un fièu d’Uzès, fér coumo un enfant dóu miejour. »

Bagnóu (Gard) LEON ALEGRE (1)


Traduction Bernard MALZAC

L’AMIRAL BRUEYS

Le 20 octobre 1861, la population d’Uzès a salué de ses applaudissements la statue de bronze du Comte de Brueys, né à Uzès (1760)*, vice-amiral, commandant la flotte qui emmena l’armée française en Egypte, et tuait au combat d’Aboukir (1798).
Surpris par les Anglais commandés par Nelson, l’Amiral Brueys se battit comme un lion ; mortellement blessé, ses compagnons voulaient l’emporter loin du carnage : - « Un amiral français, répondit il, doit mourir sur son banc de quart ! » Et il mourut un instant après, un boulet de canon enleva son cadavre, et son vaisseau s’engloutit au cri de : Vive la République !
M. le Baron de Fontarèche, petit neveu et héritier a payé largement les frais de la statue, qu’a réalisé Duret (de l’Institut)* et la statue, fort belle, rend bien l’enthousiasme de cette noble veuve, qui avant de mourir disait au sculpteur, en parlant de son héro : « Faites moi le beau comme un feu d’Uzès, fier comme un enfant du Midi. »
Bagnols (Gard) LEON ALEGRE

* Léon Allègre commet une erreur sur la date de naissance de Comte de Brueys mais peut être est ce une faute d’imprimerie ?
* Institut de France réunissant depuis 1795, cinq académies.

(1) Archéologue et peintre qui fut également, au XIXème siècle le fondateur et le conservateur de la Bibliothèque Musée de Bagnols-sur-Cèze (1869).

Texte extrait de l’Armana Prouvençau pèr lou bèl an de Diéu 1862
AD Gard 43 - J – 16/1 Fonds Gaussen