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19/04/2010

La vigno de moussu d'Uzès / La vigne de Monsieur d'Uzès

En parcourant, l’Armana Prouvençau de 1893, j’ai trouvé ce texte de Louis Rochetin qui évoque un proverbe, aujourd’hui tombé en désuétude : « Avoir la vigne de l’évêque ». L’auteur nous en donne le sens communément expliqué tout en situant son origine dans notre ville d’Uzès.

« A Volon gagna la vigno (1) de moussu d'Uzès (2). »
« Ah, ils ont voulu gagner la vigno de monsieur d’Uzès. »

A passa-tèms, parèis, que se disié en Uzès, quand se parlavo di nóvi que creson
Autrefois, il parait qu’il se disait à Uzès, quand on parlait des nouveaux mariés qui croyaient
en se mandant de demoura toujour d'acord : « Volon gagna la vigno de moussu d'Uzès »(3).
de rester toujours d‘accord : « Ils veulent gagner la vigne de Monsieur d’Uzès ».
Vejeici l'óurigino d'aquéu prouvèrbi : Ai legi dins de vièi papié qu'un evesque d'Uzès,
Voici l’origine de ce proverbe : J’ai lu dans de vieux papiers qu’un évêque d’Uzès,
moussu d'Uzès, coume ié disien alor, poussedavo uno vigno dins soun parc, (4)
Monsieur d’Uzès, comme on disait alors, possédait une vigne dans son parc,
aquéu parc que s'espandis souto lou permenadou de nosto vilo e davalo enjusqu'à la ribiero.
ce parc qui s’étend sous la promenade de notre ville et descend jusqu’à la rivière.
Sus lou plan, se ié vesié de grandi lèio de platano magnifi, d'óume e de falabreguié espetaclous,
Sur la place, on voyait de grandes allées de platanes magnifiques, d'ormeaux et de micocouliers énormes
e sus l'apènd, uno vigno de clareto, plantado dintre la roucassiho,au mitan di roumanin, di lavando e di férigoulo.
et sur la pente, une vigne de clairettes plantée dans les cailloux, au milieu de romarin, de lavande et de thym.
Aquelo vigno èro talamen bello, que se n'en poudié pas vèire de pu bello :
était tellement belle qu’on ne pouvait en voir de plus belle :
bèn ramado. bèn fruchado, estalouiravo au soulèu si grapo vermeialo que fasien veni l'aigo à la bouco;
bien ramée , bien riche en fruits, elle étalait au soleil ses grappes vermeilles qui faisaient venir l’eau à la bouche
e lou vin que n'en raiavo, rous e linde, e dous coumo lou mèu, aurié fa reveni un mort.
et le vin qui en coulait roux et clair et doux comme le miel, aurait fait revenir un mort.
Pecaire, aquelo bello, vigno, tant drudo, tant sanitouso, es estado tuado emé tant d'autro pèr l'orro bestiolo (5),
Ah mon Dieu, cette belle vigne, si robuste, si saine, a été tuée avec tant d’autres par l’horrible bestiole
que li seco en li tétant, e aro se vèi plus à sa plaço, au mitan di roucassoun,
qui les sèche en les suçant et maintenant on ne voit plus à sa place, au milieu de la rocaille
que li mato de roumanin e li bouquet de ferigoulo.
que les touffes de romarin et les bouquets de thym.
Quand se parlo encaro en Uzès dóu vin d'aquelo vino, aco me rapello lou dóu felibre de Castèu-Nòu-dóu-Papo,
Quand on parle encore à Uzès du vin de cette vigne, cela me rappelle celui du doux félibre de Chateauneuf du Pape,
Ansèume Matiéu (6) , aquéu vin di Coumbo-Masco (7), qu'a tant bèn canta dins soun courous libre
Anselme Mathieu, ce vin des Combes-Masques qu’il a tant bien chanté dans son agréable livre
La farandoulo, ounte se legis aquesti vers galantoun :
La Farandole où on lit ces vers joyeux :

« Lou vin (8) que jito èi prefuma
« Le vin qui sort est parfumé
Coumo un bouquet de ferigoulo,
Comme un bouquet de thym
Es un baume pèr l'estouma,
C’est un baume pour l’estomac
Es un fléu d'or qu'au soulèu coulo. »
C’est un flot d’or qui coule au soleil »

Tambèn Moussu d'Uzès èro fier de sa vigno, e dins la vilo, ounte lou vin fasié,
Ainsi Monsieur d’Uzès était fier de sa vigne, et dans la ville, où le vin faisait,
en aquéu tèms, canta proun de cigalo, mai que d'un, en passant, espinchavo envejous
en ce temps là, chanter de cigales, plus d’un, en passant lorgnait envieux
aquéli bèu rasin que ié fasien lingueto.
ces beaux raisins qui leur faisaient envie.
Noste evesque, qu'èro bounias e benfasènt, e tambèn proun galejaire aguè la plasènto idèio
Notre évêque, qui était bon enfant, bienfaisant mais aussi un peu farceur a eu la plaisante idée
de faire assaupre dins la vilo que d'aro-en-la, pèr lou proumié de l'an, farié présent
de faire savoir dans la ville que dorénavant, pour le premier de l’an il ferait présent
d'un fiasco de soun vin blanc en tóuti li nóvi qu'aurien passa sa proumiero annado sènso se disputa.
d’une bouteilles on vin blanc à tous les nouveaux mariés qui auraient passé leur première année sans se disputer.
Sabe pas se se dounè forço fiasco (9), pamens crese pas que li novi agon vueja la croto de moussu d'Uzès.
Je ne sais pas s’il a donné beaucoup de bouteilles, pourtant je ne crois pas que les jeunes mariés aient vidé la cave de Monsieur d’Uzès.
D'aqui vèn que quand s'atrouvavo en Uzès de jóuini parèu que se proumetien de se jamai
De là vient que, quand il se trouvait dans Uzès des jeunes couples qui se promettaient de ne jamais
chamaia, d'èstre toujour d'acord : « Anen, disien en se trufant, aquésti d'eici volon gagna la vigno de moussu d'Uzès. »
se disputer et d’être toujours d’accord : « Allez, disait on, en se moquant, ceux là veulent gagner la vigne de Monsieur d’Uzès. »
Quand pièi nóstis amourous, contro soun espèro, avien sa proumiero disputo, se disié peréu :
Puis lorsque nos amoureux, contre toute attente, avaient leur première dispute, on disait alors :
« An perdu la vigno. »
« Ils ont perdu la vigne »

Uzès, lou 28 d'avoust 1892.(10)
Uzès, le 28 août 1892

L. Rochetin. (11)

Traduction Bernard MALZAC avec la collaboration d’André POTIN

(1) Dans les Inventaires des Archives de l’évêché d’Uzès en 1578 (Y. Chassin du Guerny et Jean Pellet) deux actes évoquent la vigne de l’évêque :
- « …de l'An 1328 et le 11 janvier signé par Me Bertrand Reinaud notaire que sur la question qu'estoit entre Messire Guilhaume évesque d'Uzès d'une part, et Messire Robert chevalier Sr d'Uzès et d'Eymargue, pour raison de la Condamine et de la vigne du Sr d'Uzès… »
- « …de l'An 1381 du 1er de février signé par Me Guilh. Thomas …Bertrand Servazant capitaine d'Uzès pour raison de la guerre avoit faict faire un fossé en la vigne épiscopale joignant les murs et maison dudit Seigneur évesque… ».

Plan du parc de l'Evêché d'Uzès 1795 -AD Gard - Q 45.jpg

Plan du parc de l'Evêché d'Uzès 1795
Archives Départementales du Gard - Côte Q 45

(2) L’origine de ce proverbe se perd dans la nuit des temps. Dans la littérature, les premières traces écrites apparaissent dans « Les aveux indiscrets » (1685) extrait des Contes et nouvelles de La Fontaine :
« … L'an révolu ce couple si charmant
Toujours d'accord, de plus en plus s’aimant
(Vous eussiez dit la première journée)
Se promettait la vigne de l’abbé… »
Le sens de ce proverbe est explicité dans le Dictionnaire des proverbes françois, et des façons de parler comiques, burlesques et familières d’André Joseph Panckoucke (1750) :
« On dit d’un mari et d’une femme qui passent la première année sans s’en repentir, qu’ils auront la vigne de l’évêque ».

(3) Au cours des siècles, la ville d’Uzès fut sous la dépendance de coseigneurs :
- Les évêques portèrent le titre de Comte d’Uzès et reçurent l’appellation de « Monsieur d’Uzès ». Mais suite à un procès contre le Duc Jean Charles de Crussol, un arrêt suprême du Parlement de Paris du 1er avril 1724, interdit à Michel Poncet de la Rivière alors évêque de prendre le titre de Comte.
- Les seigneurs laïcs, qui possédèrent successivement les titres de Baron, Vicomte, Comte et Duc. La famille de Crussol détint la seigneurie d’Uzès depuis le mariage de Simone d'Uzès avec Jacques de Crussol en 1486 (24 juin)
- Le Roi dont la présence fut symbolisée par l’élévation de deux tours, dont l’une se situait à la place qui porte aujourd’hui son nom (autrefois appelée : place du marché aux cochons) jusqu’à ce qu’il puisse acheter une des tours au centre de la ville, plus prestigieuse.

(4) Les premiers aménagements réalisés en 1667 sous l’épiscopat Michel de Poncet de la Rivière commencèrent par la création de la promenade des Ormeaux qui se situait entre le palais et la porte Saint Julien. En 1829, la destruction d’un bâtiment entre la sacristie et le pavillon Racine réunit les différents espaces (perron de la cathédrale et son esplanade plantée d’ormeaux, l’ancien jardin du Chapitre, la promenade des Ormeaux et les anciennes terrasses du Palais) pour former l’actuelle promenade des Marronniers.

Les Marronniers 1.jpg

Promenade des Marronniers 1911

(5) Il s’agit du phylloxéra, ou phylloxéra de la vigne. C’est une espèce de puceron ravageur de la vigne.
Il fit son apparition dans le Gard du côté de Pujaut en 1863. Il fallut attendre l’identification de cet insecte “phylloxéra vastarix”, par le botaniste Jules Planchon de la faculté de pharmacie de Montpellier en 1868 pour pouvoir lutter efficacement contre ce fléau.
Quand il évoque le phylloxéra, il se situe en 1892. A cette époque, l’évêché d’Uzès n’existe plus, a été supprimé à la révolution (1790) et la vigne a été remplacée par la promenade des Marronniers.

(6) Anselme Mathieu né en 1820 et mort en 1805 à Chateauneuf-du-Pape est un des sept premiers félibres, qui fondèrent le Félibrige (Joseph Roumanille, Frédéric Mistral, Théodore Aubanel, Paul Giera, Jean Brunet et Alphonse Tavan)
Anselme Mathieu ne publiera qu'un seul recueil de vers : La Farandole, qui sera préfacée par son ami Frédéric Mistral.

(7) Le vin récolté dans les vignes de Combes-Masques a été chanté par le félibre Irlandais, William C Bonaparte-Wyse :
« …E vous dise que lou flasco
Qu’amo mai lou galant diéu
Es aquéu di Coumbo-Masco
Es lou vin de Gènt Mathieu!... »
Ce poème écrit en 1866, intitulé Lou vin di felibre est extrait de son ouvrage Li Parpaioun
Le domaine Mathieu, cultivé par les descendants, vinifie encore aujourd’hui ce délicieux nectar. Un de ces vins est commercialisé sous l’appellation « Marquis Anselme Mathieu ».

(8) Coumbo Masco est un lieu dit, situé au nord-ouest du village à proximité du Rhône

(9) Fiasque. XVIe siècle. Emprunté, par l'intermédiaire de l'italien fiasco, du bas latin fiasco,
« bouteille ». Bouteille clissée (de claie : tressage d'osier ou de jonc) à long col et à panse rebondie.

(10) Le 28 août 1892 eurent lieu des Fêtes félibréennes d’Uzès en présence de nombreuse personnalités et notamment Frédéric Mistral qui présidait ces festivités. A cette occasion, un prix fut décerné Louis Rochetin pour son texte « Volon gagna la vigno de Moussu d'Uzès. »

(11) Rochetin Louis, ancien magistrat, a vécu à Arpaillargues dans le domaine qui porte son nom associé à celui de sa femme, Gabrielle, née Deleuze. Aujourd'hui, ses descendants exploitent la propriété et notamment le vignoble situé sur la commune. (Voir :
www.deleuzerochetin.com).
Il fut nommé Président de l'Académie de Vaucluse le 1er février 1890. Archéologue, il a écrit plusieurs ouvrages : " Étude sur la viabilité romaine dans le département de Vaucluse », « Le Pont du Gard », « Une inscription intéressante de la colonie d'Orange », « Les Baux dans l'antiquité »…Des articles sont publiés dans de nombreuses revues : « La Société scientifique et littéraire d'Alès », Académie du Vaucluse (Les premiers siècles du Christianisme à Uzès - Année 1898), le Journal d’Uzès ( Recherches historiques sur la ville d’Uzès –n° 13 du 29 mars 1868), l’Armana Prouvençau…

H.C.U à travers la presse

Les actions d'Histoire et Civilisation de l'Uzège sont régulièrement relayées par la presse écrite et maintenant électronique. Il semble intéressant pour les lecteurs du blog de faire connaître l'association à travers ces supports de communication, et présenter les différentes activités proposées qui ne sont pas forcément développées dans les textes mis en ligne.
Ces 10 derniers mois, les actions menées se sont déployées sur 3 axes :

Les bulletins et les visites

Blog Midi libre 24hactus du 14 avril 2008.jpg




Blog Midi libre 24hactus du 14 avril 2008







Républicain du 3 au 9 octobre 2008.jpg



Républicain du 3 au 9 octobre 2008






Blog Midi Libre uzes.24hactus 28 octobre 2008.jpg






Blog Midi Libre uzes.24hactus 28 octobre 2008










Le chantier archéologique sur une ville gallo-romaine à Saint Quentin la Poterie dirigé par Samuel Longepierre

Républicain du 1er au 21 août 2008.jpg






Républicain du 1er au 21 août 2008








Républicain du 22 au 28 août 2008.jpg






Républicain du 22 au 28 août 2008









La promotion des publications


Légendes, fantasmes et historiettes de l’Uzège et de la vallée de la Tave par Albert RATZ

Républicain du 2 au 8 mai 2008.jpg




Républicain du 2 au 8 mai 2008







Midi Libre du 13 mai 2008.jpg








Midi Libre du 13 mai 2008










Lou Parage d'Usès - Le Pays d'Uzès par Jean Bernard VAZEILLE et Bernard MALZAC

Midi Libre du 7 février 2008.jpg






Midi libre du 7 février 2008









Prouvenço d'Aro Mars 2008.jpg




Prouvenço d'Aro Mars 2008






Extrait du Lien des chercheurs Cévenols.jpg






Extrait du Lien des chercheurs Cévenols








Blog Midi Libre uzes.24hactus 2 septembre 2008.jpg







Blog Midi Libre uzes.24hactus 2 septembre 2008










Midi Libre du jeudi 18 septembre 2008.jpg






Midi Libre du jeudi 18 septembre 2008










Républicain du 19 au 24 septembre 2008.jpg





Républicain du 19 au 24 septembre 2008









Présentation du livre Sur Albert Roux à la Médiathèque d'Uzès.jpg







Blog Vivre à Uzès - Présentation du livre sur Albert Roux à la Médiathèque d'Uzès








Les livres sont disponibles :
- A Uzès : chez certains libraires et à l'office du Tourisme,
- A Nîmes : librairies Tessier, Siloë Biblica, Goyard
- A la librairie de Lucie Editions installée à St. Quentin la Poterie (Gard) dans les locaux d'ImagineCeramic.
- En commande : à l'Association et sur le site Web de Lucie Editions.

VALLABRIX, un village en Uzège

Au pied de la colline du Brugas, au long de la dépression où coule l'Alzon qui file vers le val d'Eure, dominé par les hauteurs calcaires des garrigues, Vallabrix est un petit village de 350 habitants qui s'allonge au soleil avec ses deux visages : à l'est, le vieux village avec ses maisons serrées et les vestiges de son passé, à l'ouest, les nouvelles demeures, claires, entourées de terrains qui, fort heureusement, ont su conserver les murets à pierre sèche des anciennes « paran ». (1)
Son nom viendrait-il d'un nom d'homme gaulois Volo et de Briga: hauteur fortifiée ? (diction-naire des noms de lieux de France (Dauzat et Rostaing) ou du latin volutabrurn : auge, bourbier avec le suffixe icum comme le pense E. Negre ? Difficultés des noms de lieux !
Au Moyen-âge, il était l'un des 13 fiefs nobles du château d'Uzès. Raymond VI de Toulouse reçut, en 1209, de l'évêque, seigneur d'Uzès, le Castrum de Valabricio, après la réconciliation avec le pape.
Mais, dès la préhistoire, les premiers occupants s'étaient installés sur les pentes du Brugas (2). Ils y ont vécu, travaillé et laissé au fond des « baumo » leurs témoignages et leurs secrets.
L'exploitation industrielle moderne des ressources du Brugas (extraction de quartzite d'abord, pour la fabrication des aciers spéciaux et aujourd'hui, exploitation des sables sous-jacents) n'a pas laissé le temps aux archéologues de tout découvrir.
Pourtant, il y avait là, une dizaine d'abris sous roche et une longue implantation des peuples préhistoriques.
Dès 1974, un ouvrier de carrière, avait trouvé une belle hache polie qui fit naître de grands espoirs. Un abri hâtivement fouillé fit apparaître des silex taillés d'âge moustérien.
L'abri n° 7 « joyau préhistorique de l'Uzège » (A .Ratz) fouillé en 1980, a révélé un travail remarquable de la céramique : tessons de vases carénés. Les motifs décorant leur col étaient uniques dans le chalcolithique du Midi, fragments de coupes polypodes rares ailleurs (brûle-parfums? objets de culte?) et aussi une trompe (3) qui reste marquée de l’empreinte des doigts du potier et sonne encore le « do » grave. Instrument des plus anciens connus et quasiment unique.

Dessin de la Trompe réalisé par Albert RATZ.jpg






Dessin de la Trompe réalisé par Albert RATZ









Mais les métaux étaient aussi travaillés au Brugas. En 1978, une oxydation colorant un os de mouton, révéla la présence de cuivre.
En 1979, une hache en cuivre et un mystérieux «burin» rare et au rôle inconnu ... (outil ?) étaient prometteurs .... La série des trouvailles était ouverte : épingles, poignards, perles, hache plate, alènes à section carrée ou alènes bi pointes plus rares, étaient tous de facture Fonbuxienne. Cette activité chalcolithique fut mise à jour par une fouille de sauvetage rapide avant l'avancée des bulldozers.
Le Brugas a t-il recélé une fonderie locale ? L'état des objets trouvés laisse supposer une avance technique en ce lieu.
L’exploitation industrielle moderne est elle un trait d’union avec la préhistoire ?

La civilisation gallo-romaine a marqué la plaine de son empreint : cols d'amphores et tessons ont souvent été remontés en surface par le labour des agriculteurs. Des urnes contenant des ossements ont été signalées çà et là. Une stèle du IIème siècle est exposée dans la salle du conseil de la Mairie.
La stèle présente, en particulier, un tonneau et plusieurs maillets ou marteaux : attributs d'un tonnelier. Cette belle pièce évoque, peut-être, la vocation vinicole de l'Uzège.

Stéle funéraire de tonnelier.jpg







Stéle funéraire de tonnelier









L'histoire de Vallabrix ne manque pas d'être liée aux invasions sarrasines par la mémoire populaire qui n'a cessé de signaler la présence, sur le terroir, d'une chapelle dédiée à Sainte Victoire et Sainte Brune, en reconnaissance d'une victoire remportée sur les Sarrazins qui avaient livré bataille, en 737, dans le quartier de Lussan à Vallabrix. Battus par les armées de Charles Martel, ils se seraient réfugiés sous un rocher au-dessus duquel fut bâtie la chapelle.
Souvent recherchée ... jamais retrouvée, peut-être serait-ce autour d'elle que se serait construite l'église romane signalée dans les guides locaux comme monument du IXème et du XIème siècle.
Pour arriver à l'église, nous suivons la grand-rue et remarquons, entre les maisons François et Bonnaud, deux fragments de murs épais: Ce sont les vestiges du rempart démoli ici volontai-rement pour« ouvrir un chemin plus court pour se rendre à l'église » (délibération municipale du 4 février 1791).Car Vallabrix avait un rempart en 1791, « déjà démoli en plusieurs endroits ». C'était un quadrilatère d'énormes murailles dont il reste - presque entier- le mur Est limité par deux tours, dont l'une à moitié démolie. Au Sud, quelques traces entre le jardin public et la maison voisine. Ailleurs, les repères ne sont que des bribes, mais il est possible que deux autres tours aient été présentes à l'Ouest ? Où se trouvait l'entrée principale ? Ce rempart englobait la maison seigneuriale « Le Château » et ses dépendances : remises, magnanerie, et pigeonnier (devenu une maison d'habitation qui a conservé ce nom), un bâtiment du XVIème siècle, devenu école primaire publique, l'église, mais par contre, peu de maisons. Ce rempart était-il seulement une défense pour le château qui pouvait abriter les habitants en temps de crise ? Date-il du XIVème siècle élevé contre les routiers qui, à cette époque- là ravagèrent Verfeuil, furent présents sous les murs d'Uzès et campèrent à St- Quentin ? Est-il plus ancien ? La question est posée.

Eglise de Vallabrix.jpg



Eglise de Vallabrix







Nous arrivons à l'église, dédiée à St Etienne. Ce bâtiment paraît immense pour un si petit village. Mais l'église romane du XIème siècle était bien plus restreinte. Elle a presque doublée en 1856, le catholicisme progressant sous le second empire.
L'édifice roman avait une nef centrale et des bas cotés sur les voûtes desquels on peut encore voir les traces des doubleaux romans, disparus lors de l’agrandissement, ainsi que deux gros piliers centraux séparant les travées. A leur place s'étend, entre les 2 piliers restants (peut-être renforcés) un arc surbaissé très allongé et peu élégant.
Le chœur et les autels latéraux romans n'existent plus. Les fenêtres (sauf la première, coté Sud, près de l'entrée) et la rosace ont été agrandies. Le porche date de 1857, beau travail d'imitation. Le clocher est plus récent que l'église (XVème ?). Il a été surélevé au XIXème siècle pour pouvoir loger la grosse cloche dont Mme Foussat était la marraine. Comme elle, elle s'appelle Ursule et porte l'inscription « vox domini in virtute» (4)
Dans un campanile léger, sonne, aujourd'hui, la petite cloche.
A l'intérieur, quelques tableaux : une crucifixion, la lapidation de St-Etienne, le serpent d'airain, (copie du tableau de Rubens) et du mobilier du XVIème sont aussi à voir.
Tout près de l'église la maison seigneuriale dont Mr Gouffet est l’actuel propriétaire. Sur la place, la porte d'entrée, surmontée du blason martelé à la révolution, s'ouvre sur une petite cour intérieure. A droite, un puits, source de toutes les légendes : veau d'or, chèvre d'or, souterrain reliant Uzès à Vallabrix !! Le village savait bien avoir les siennes ! Mais c'est la magnifique façade Renaissance (5) qui force notre admiration, avec ses fines sculptures. Rinceaux, feuillages, visages s'y succèdent autour des fenêtres transformées et du blason là aussi martelé. C'est, sans doute, du temps des Bargeton que ce beau travail a été commandé.

Façade de l' ancien château de Vallabrix.jpg




Façade de l' ancien château de Vallabrix







Après avoir eu dans le temps, de nombreux coseigneurs, la seigneurie de Vallabrix a été achetée, en 1536, par Mathieu de Bargeton. C'est l'une de ses descendantes qui, en 1732, épousera Gaspard d'Arnaud, fondant la famille d'Arnaud de Valabrix. Leur petit- fils, deviendra maire et sous-préfet d'Uzès sous la Terreur Blanche. C'est lui que la complainte populaire désignera comme : lou bregan de Vallabrix, parce qu'en observant, satisfait, des fenêtres de son hôtel (aujourd'hui hôtel de La Rochette), les fusillades sur l'esplanade, il se serait écrié « La Restauration est en marche ». Revenons à notre château, et jetons un coup d'œil sur la tour Nord Est bien conservée, certainement abaissée à la révolution, elle conserve en sa partie basse une archère canonnière.
Nous n'avons pas manqué d'aller jusqu'au lavoir qui reçoit une eau claire de la source condamine où, autrefois, on allait chercher l'eau fraîche et faire boire les chevaux. L'abreuvoir est encore là et le fronton triangulaire semble nous parler du XVIème siècle.
Le lavoir avec son grand bassin et ses bassins de rinçages, où coule une eau limpide, a été construit en 1858 et restauré récemment : pierres apparentes et belle charpente en bois, à l'image de l'ancienne. Il ne joue plus son rôle de lieu de rencontre et de papotage mais conserve sa fraîcheur et sa beauté.
La visite s'achève. Beaucoup de découvertes seraient encore à faire dans ce village.
A t-il voulu protéger son site et ses richesse ? On a toujours parlé du Castellas perché sur le Brugas. Pour les uns, un énorme rocher, mais des vieux .... vieux, y avaient découvert quelques rangs de gros blocs formant murets. Etait-elle là cette hauteur fortifiée ? D’où la vue communique avec les châteaux de Masmolène et de la Bastide d’Engras. Site stratégique !
Et quand à ses pieds on apprend que s'étend le quartier de la Gardiole : qui gardait quoi ? On peut se poser bien des questions !
Vallabrix, avec ses vieilles pierres, ses maisons rousses, quelques révélations et quelques hypothèses, un peu de légende, beaucoup de questions, nous a montré une partie des souvenirs de son passé.

Article rédigé par Odile Valette

(1) "La parra serait à l'origine une surface de parc, destinée à être fumée, et elle serait de ce fait temporairement improductive. Le mot appartiendrait au vieux fonds pastoral indo-européen. Il est d'ailleurs resté vivace dans les régions pastorales, comme le causse du Larzac, ainsi que nos exemples l'ont montré. La terre improductive est dite réservée et n'est donc pas soumise à la perception d'un droit sur les récoltes (le quint). Théoriquement, c'est un état provisoire de la terre, avant sa transformation en champ, pré, jardin, vigne ou chènevière. La parra se serait rapidement fixée, devenant alors productive, mais continuant de ne pas payer le droit sur les récoltes."
Extrait d’un article - La parra(n) - de Jean DELMAS Directeur des Archives départementales de l'Aveyron. Lien des Chercheurs Cévenols n°112 6- Janvier-mars 1998

(2) Quartier dont la toponymie est issue de l’occitan bruga : bruyère

(3) La trompe a mise en dépôt au musée d’Uzès par M. Vaton en janvier 1996 (Bulletin HCU n° de janvier 1996) et a été reprise en 1997 pour être vendue au musée des Antiquités nationales à Saint-Germain en Laye (Information communiquée par Mme Chimier, Conservatrice du Musée d’Uzès)
A lire : La mémoire du Montaigu - Archéologie d’une micro-région en Languedoc oriental par Albert Ratz
Voir la trompe sur le site de l'agence photographique de la Réunion des musées nationaux : http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&Total=174...

(4) Cette citation latine, extraite du psaume 29 - 4ème alinéa, est complétée par : vox domini in magnificentia, ce qui peut se traduire par : La voix du Seigneur est puissante, la voix du Seigneur est majestueuse. En France, cette inscription est gravée sur plusieurs cloches d’édifices religieux.

(5) A l'origine, cette façade de l'ancien château se trouvait sur la place du village. Elle a été déplacée et remontée au fond de la cour à la fin du 19e ou au début du 20e siècle. Il s'agit d'une façade Renaissance de la fin du 16e siècle. Elle est composée d'un fronton avec des frises et corniches très ouvragées, de six pilastres surmontés de chapiteaux corinthiens.
Elle est inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques par arrêté du 31 octobre 1997 (Inscription au Journal Officiel n°82 du 7 avril 1998 - page 5402)


Commentaires Bernard Malzac
La carte postale de l'église de Vallabrix est publiée avec l'aimable autorisation de Mr Jacques Roux, correspondant Midi Libre à Uzès

Bulletin n° 108

Le numéro 108 de la revue d’Histoire et Civilisation de l’Uzège a été adressé aux adhérents en cette mi-octobre 2008
En voici le sommaire :

- Le mot du Président
- Vallabrix : visite guidée
- La chapelle de Saint Jean d'Orgerolles à la Bastide d'Engras

Numériser0072.jpg

Couverture : chantier de fouilles à Saint Quentin la Poterie. Photo de Samuel Longepierre


Les articles sont signés par Odile Valette (Vallabrix), Marcel Paris (Saint Jean d'Orgerolles) et Serge Urbain Maurin (Le mot du Président)


Adhésion à l'association :
- individuel : 12 €
- couple : 19 €

LUCIE EDITIONS

Lucie Editions lance une nouvelle collection consacrée au Patrimoine avec la sortie d'un premier ouvrage sur les écrits du poète félibre Albert Roux : "Lou parage d'Usès - Le pays d'Uzès" que nous avons publié récemment. Cette collection devrait permettre à tous les passionnés de patrimoine (bâti, écrit....) de pouvoir faire connaître leurs recherches et leurs travaux. Cette jeune maison d'édition (voir article) développe plusieurs autres domaines : la céramique, l'architecture, etc. Midi Libre leur a consacré un article dans son édition du vendredi 1er février 2008.

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Article Midi Libre Lucie Editions