Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

04/09/2013

Les stèles céramiques de Montaren et Saint-Médiers (Gard)

Objet d'inventaires depuis quelques décennies, le patrimoine culturel français offre de nombreuses voies de recherches. Bien que ces initiatives fussent longtemps réservées aux monuments historiques, ce que l'on nomme improprement le « petit patrimoine» a acquis depuis ses lettres de noblesse. Sa mise en valeur devient aujourd'hui une priorité car il illustre le savoir-faire et surtout les préoccupations journalières de nos ancêtres.

L'ancien cimetière paroissial de Montaren situé au nord de village, abandonné depuis fort longtemps, débroussaillé à présent, possède des stèles d’un type très original réalisées en céramique.

 

Stèle 3.jpg

 

A la vue de ces monuments funéraires, toute personne sensibilisée à la production céramique reste perplexe devant la maîtrise dont a su faire preuve l'artisan pour réaliser des pièces d'une telle importance. Ces « plaques» de terre cuite possèdent des dimensions impressionnantes (jusqu’à 145 cm de hauteur hors sol pour une largeur variant de 60 à 80 centimètres). Malgré une forte épaisseur (de 9 à 11 cm) ces pièces céramiques ont traversées sans problème toutes les phases de fabrication (moulage, séchage, cuisson). Après avoir subi pendant un siècle les caprices du temps elles apparaissent aujourd'hui parfaitement planes, non fendillées, et parfaitement lisibles. Les dates de décès relevées dans les épitaphes s’échelonnent de 1877 à 1905 et concernent des habitants du village des deux confessions. L'ornementation accompagnant les inscriptions évoque d'ailleurs la religion pratiquée par le défunt et fait oublier l'aspect massif du monument de part la richesse de ses éléments décoratifs. Ces derniers s'inspirent bien évidemment de l’iconographie chrétienne, tracés parfois maladroitement mais qui révèlent une réelle ferveur. C'est justement leur aspect naïf qui apporte à l'ensemble sa beauté et transforme ces humbles pierres tombales en des œuvres touchantes, où l'aspect religieux devient secondaire. Leurs créateurs, vraisemblablement des ouvriers de la briqueterie voisine, ont su exploiter tout leur savoir-faire pour réaliser ces objets inhabituels qui ne figurent dans aucun des catalogues de leur profession. Les maladresses détectées, notamment dans la réalisation des épitaphes, sont autant de témoignages attachants augmentant la valeur culturelle de ces stèles.

Aucun autre lieu dans notre région - et en France - où un tel ensemble de stèles en terre cuite figure. Certes quelques cas isolés existent, tel celui ornant la tombe d'un ouvrier briquetier de Saint-Victor-des-Oules (Gard), mais ils restent anecdotiques. Sur les signalisations des sépultures quelques particularismes régionaux ont été étudiés dans certaines régions françaises:

     -   En Languedoc-Roussillon, les stèles discoïdales ont fait l'objet de plusieurs études. Sculptés dans la pierre, des exemplaires existent toutefois hors de celte région,

   -    Certaines pierres tombales du Pays Basque (également en pierre) se distinguent de par les rehauts de peintures vives dont elles sont décorées,    

    -    Les artisans du département du Gers à la même époque (fin XIXe siècle) utilisaient fréquemment le bois pour confectionner ces monuments funéraires.

 

Mais la terre cuite reste absente dans la réalisation des stèles. Les archéologues la rencontrent dans la confection des tombes, puisque dès l' Antiquité les hommes ont parfois utilisés des tuiles plates (tegulae) ou courbes (imbrices) disposer de champ pour la confection des caissons, recouverts ensuite de terre. Les seuls éléments céramiques présents sur les sépultures restent les poteries, possédant alors la fonction d'offrandes faites aux défunts. Les dimensions des stèles, telles celles de Montaren et Saint-Médiers, impliquent la présence à proximité du village d'un atelier de briquetier/tuilier dont seuls les fours avaient la capacité adéquate pour cuire ce type d'objets. Ce simple fait explique le caractère exceptionnel de ces réalisations et leur rareté sur l'ensemble du territoire français.

 

stèle, Montaren, cimetière, tombe, protection, patrimoine, plaque, funéraire

 

Les monuments funéraires de ce village présentent donc un intérêt indéniable. De part leur nombre, leurs qualités esthétiques et historiques, ces stèles méritent d'être sauvegardées car elles illustrent un aspect méconnu de l'art funéraire. Outre le respect élémentaire du devoir de mémoire, il s'agit de préserver un patrimoine matériel, reflet de l'histoire d'une communauté. Si la religion a souvent opposée ses habitants au cours de son histoire, ils ont su se retrouver au-delà de la mort en laissant aux mêmes artisans la confection d'un même type de sépulture où seule l'épitaphe permet de distinguer leur préférence spirituelle.

La commune de Montaren-Saint Médiers a la chance de posséder avec ces sépultures, un ensemble de données offrant différents thèmes d'études possibles. Il serait donc incompréhensible de les négliger alors que leur sauvegarde peut être assurée aisément. Trop d'éléments de notre patrimoine, les exemples restent malheureusement nombreux, n'attirent l'intérêt qu'après leur quasi destruction par les hommes ou les caprices du temps. Pour une fois il serait souhaitable de devancer cette tragique finalité, respectant ainsi les actes et pensées de nos ainés.

Texte et photos d’André Leclaire

 

19:50 Publié dans Patrimoine | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Passionnant, une fois de plus, Histoire et Civilisation de l'Uzége partage, permet de vivre et d'apprécier ces remarquables découvertes.

Écrit par : Albert LAURET | 30/01/2013

je suis ravie de prendre connaissance de l'existence de ces stèles, d'abord parce que je suis une admiratrice fervente de notre patrimoine, mais aussi parce que peut-être certaines de ces stèles portent le nom d'ancêtres à moi qui ont vécu à Montaren. peut-on les voir ? le cimetière est-il accessible ?
j'espère que des mesures seront prises pour les protéger et les soustraire au pillage.

Écrit par : Eliane Crouzet | 31/01/2013

Merci pour votre commentaire. Je dois vous préciser que nous sommes entrain de faire une démarche auprès de la municipalité de Montaren pour assurer la protection de ce patrimoine exceptionnel.

Écrit par : Malzac Bernard | 01/02/2013

En réponse à Eliane, OUI les steles sont visibles en prenant à droite dans le village (en venant d'Uzes) direction St Mediers.

Écrit par : Dadou | 01/02/2013

C'est fort intéressant. Il y a quelques belles stèles hélicoïdales près de l'église de la Couvertoirade

Écrit par : ulysse | 01/02/2013

Je connais ces stèles qui, effectivement, sont en danger.
J'ai lu un article à leur sujet il y a quelques années qui donnait en particulier une explication sur les conditions de leur fabrication.
Virginie Monnier

Écrit par : virginie monnier | 05/02/2013

Les commentaires sont fermés.