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11/04/2012

Dhuoda, sa vie, sa personnalité par Colette DUMAS

Si l’on en croit Eugène Germer-Durand (1) le nom de Bertille inscrit sur l’épitaphe (2) qui se situe sur les restes de l’abside droite de l’église Saint Génies  à Uzès serait une des proches compagnes de l'infortunée de Dhuoda :

 

 « V  KALENDAS : MADI  OBIIT  BERTIL

 LE  BON (AE) MEMORIA (E)  IN  DOMINE

 

Saint Génies, Uzès, évéché, Dhuoda, église, évêque, Septimanie, Elephantus, art roman, architecte, consécrationGermer-Durand

 

« Le cinq des calendes de Mai est morte dans le Seigneur, Bertille, de sainte mémoire. »

 

Cette inscription n’est pas la seule preuve de l’existence de Dhuoda à Uzès. Lors de son exil auprès de l’évêque Elephantus, elle a écrit ce que l’on considère comme le premier manuel d’éducation à l’usage de ses fils dont elle était séparée.

C’est pour parler de cette femme que Colette Dumas est docteur en histoire de l’art a choisi de nous parler de cette première femme écrivain, Dhuoda, une femme de la Renaissance carolingienne.

Voici un extrait de l’avant-propos qui situe très bien le destin à la fois tragique et grandiose d’humanité de cette princesse :

« Dhuoda » - Ce nom donné à une rue d’Uzès, est aussi celui d’une rue et d’un lycée  de Nîmes. Nom sans âge, étrange, qui éveille la curiosité. On le trouve au hasard d’une lecture sur l’histoire des deux villes : c’est celui d’une carolingienne du IXe siècle qui a rédigé à Uzès un petit manuscrit intitulé « Liber manualis », soit «Manuel». Si nous nous y intéressons particulièrement dans notre région, c’est grâce à la découverte à Nîmes vers la fin du XIXe siècle d’une copie de manuscrit datée du Xe ou XIe siècle, hélas fragmentaire et détériorée. Fort heureusement, Édouard Bondurand, un archiviste de la ville, s’est attaché à déchiffrer l’écriture en minuscule caroline alignée avec soin sur les pages du parchemin. Il en a fait la traduction du latin au français afin de le mettre à la portée de tous. Un autre travail de fourmi, de comparaison avec une autre copie de manuscrit de datation ultérieure (XVIIe siècle) conservée à la Bibliothèque Nationale de Paris, lui a permis d’en combler les lacunes. Il a ainsi tenté de s’approcher au mieux du texte de l’original disparu, celui dicté par Dhuoda à un clerc nommé Guilbert, Wislabert selon les traducteurs.

 

Dhuoda, Uzès, St Geniés, Bertille, Livre, Lucie éditions, Dumas Colette, traité, éducation, manuel

 

Le Manuel pour mon fils est un précieux outil pour affiner les connaissances des historiens sur cette époque tumultueuse qui voit l’éclatement de l’empire de Charlemagne. En effet, Dhuoda y fait allusion aux troubles historiques survenus au cours de sa vie. Par ailleurs, c’est un touchant témoignage humain puisqu’elle y apparaît avec une sincérité et une grande dignité et, sous couvert de « miroir » moral, elle s’y exprime sans pathos, humblement et avec des mots mesurés qui cachent par pudeur un pur amour maternel frustré et, parfois, un grand désarroi personnel….

 

…Par ailleurs, la vie tragique de cette femme remarquable a inspiré tout naturellement les érudits de notre région et même éveillé parfois quelques fantasmes chez les romanciers. Où est la vérité ? Nul ne le saura jamais. Tout semble dit, écrit, publié, mis à la disposition de tous. Y a-t-il encore quelque chose à rajouter ? Et, pourquoi pas ?

Hantée par Dhuoda, j’ai flâné dans la ville d’Uzès à la recherche de traces des édifices où elle a vécu. À ma grande déception je n’en ai pas retrouvé car le passé architectural de la ville les a recouvertes de ses strates : À la cité épiscopale primitive du Ve siècle a succédé au moyen âge le quartier canonial de l’évêché autour de la cathédrale Saint-Théodorit flanquée de sa tour en dentelle du joli nom de « Fenestrelle ». En vis-à-vis vers l’ouest, le castrum primitif seigneurial d’Ucetia n’est plus. C’est maintenant le « Duché » avec sa tour Bermonde et deux autres tours, celle de l’évêque et celle du roi. Mais encore aujourd’hui, vers l’est, une fois les édifices romans dépassés, c’est la nature. J’ai tenté d’y retrouver l’esprit de Dhuoda dans son face à face avec les douces collines qui bordent la vallée de l’Eure…. »

 

 

(1)  Professeur au Collège de l’Assomption (Collège Feuchères en 1920) en 1848, il devint aussi directeur de publication sur le journal lancé à Nîmes en 1848 par le P. d’Alzon, « La Liberté pour tous» et, de même, « La Revue de l’Enseignement chrétien ». A la passion de l’étude, M. Germer-Durand joignit celle de la recherche archéologique et bibliographique. Il fut membre de l’Académie de Nîmes,  participa au Comité d’Art chrétien et fut choisi comme bibliothécaire de la ville.

(2)Cette inscription encore visible se dégrade de plus en plus et sa disparition est programmée si rien n’est fait pour sauver ce qu’il reste.

 

Vous pouvez vous procurer ce livre en le commandant à Lucie éditions ou par une simple demande par l’adresse mail de ce blog (prix : 12 € + frais d’envoi 2,40 €)

 

Germer-Durand, Bertille, Saint Geniés, art roman, église, consécration

 Les ruines de l'église Saint Génies à Uzès

13:47 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Merci, j'ignorais tout du personnage, ne sachant même pas qu'il s'agissait d'une femme! HL

Écrit par : Hélène Larrivé | 19/02/2012

Merci pour ces dernières publications et très cordialement à vous tous !

Écrit par : Cyril | 19/02/2012

je signale qu'on a trouvé à Barcelone un exemplaire du Manuel ; je ne me rappelle pas où j'en ai lu la mention . Je suis très curieuse de tout ce qu'on peut savoir sur cette princesse, première écrivaine de notre pays, même si d'aucuns disent qu'elle n'a pas écrit elle-même, mais dicté à un clerc.
elle n'est même pas mentionnée dans un dictionnaire !j'ai en vain protesté auprès des éditeurs de Larousse.

Écrit par : Eliane Crouzet | 19/02/2012

merci de vos travaux
quel beau et interesant pays et des gens qui le peuple

Écrit par : verdier de flaux | 11/03/2012

Les commentaires sont fermés.