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18/02/2012

Un vague de froid et ses ravages...en 1820

Le spectacle qu’offre le Gardon à hauteur du Pont Saint Nicolas en ces matins de fortes gelées  m’a inspiré ces recherches sur les hivers mémorables.

Gardon, Pont Saint Nicolas, hiver, gel, froid

 

Je passerai rapidement sur les derniers hivers du XXe  siècle qui ont marqué notre région par l’intensité de leur  rigueur :  

 

-         Février 1956, qui, avec des températures approchant les -20 °C en plaine, a vu le gel de tous les oliviers.

-    L'hiver 1962-1963 fut remarquable par la persistance du froid. Il est considéré comme le plus rude de ce siècle même si les records absolus de froid furent plus fréquents en février 1956.

-    Janvier 1985 se caractérise par une vague de froid exceptionnelle qui s'est généralisée sur tout le territoire au cours des deux premières décades du mois. Ce froid est à l'origine de nombreux records battus dans la région (-12° à  -13° à Uzès).

De mémoire, la dernière fois où j’ai vu le Gardon gelé, c'était en 1985.  

 

En remontant le temps, je vous  invite à lire les expériences et observations sur le froid de janvier 1820 faites par le physicien et naturaliste Louis-Augustin D'Hombres-Firmas (1) natif d'Alès :

 

"…Beaucoup de pommes de terre se sont gelées dans les granges. La fermentation s'en est suivie, et il a fallu les jeter. Aussi, à l'époque de la plantation, elles ont été trois fois plus chères qu'à la récolte….

 

….Les bois de chêne vert semblaient brûlés, leurs feuilles jaunes et desséchées sont tombées, lorsque le mouvement de la sève s'est manifesté.

Nous avions cru que tous les figuiers seraient morts, plus de la moitié ont repoussé des principales branches, quelques-uns du pied. L'espèce dite de Versailles semble avoir le plus souffert, et la blanquette est celle qui a le mieux résisté. Dans quelques communes de ce département, les figuiers sont très nombreux; ces arbres n'exigent point de culture, leurs fruits, qu'on fait sécher, sont un objet fort important…..

 

….Le 10 janvier, les troncs d'un grand nombre de mûriers éclatèrent tout du long avec bruit. Nous remarquâmes que les fentes qui avaient de quatre à dix millimètres de largeur, étaient toutes tournées vers le midi, sans doute parce que le bois est plus lâche, et que la sève était plus abondante de ce côté que du côté du nord, qu'en se gelant elle rompit les vaisseaux et les fibres végétales….

 

….La profondeur à laquelle a pénétré la gelée variait selon les terrains; je l'ai trouvée de 25 centimètres dans une terre à blé argileuse; de 3o, dans une autre; de 26, dans une prairie artificielle, non arrosée; de 22, dans un pré sablonneux; de 18, dans un jardin, etc. Je ne donne ces résultats que pour des à-peu-près. J'ai mesuré de la glace de 14 et 36 cent, d'épaisseur prise dans des fossés.

Je n'avais jamais vu le Gardon d'Alais gelé. On ne peut l'attribuer ni à sa rapidité, ni aux sels ferrugineux qu'il tient en dissolution. La source abondante de Lalour à une lieue d'Alais, qui l'alimente en bonne partie, élève et soutient sa température au-dessus de zéro. Après un cours d'environ deux lieues, les eaux du Gardon d'Alais se réunissent à celles du Gardon d'Anduze plus refroidies et qui charrient à des degrés de froid moindres que celui de celte année; peu après leur confluent, la rivière était tout-à-fait prise et la glace assez forte pour passer dessus avec des bêtes chargées.

Le vin s'est gelé dans quelques celliers, il y a eu beaucoup de dame-jeannes (2) cassées par la dilatation de la glace.

Dans la nuit du 10 et les jours suivants, je fis geler du vin sur ma fenêtre. L'esprit-de-vin concentré au centre du glaçon, me parut très-fort, je n'en eus pas assez pour l'essayer à un aréomètre.

Du vinaigre se congela en l'exposant quelques moments à l'air. Je fis geler de l'eau sucrée, .divers sirops, de l'eau-sel, etc.

Le 11, il y avait quelques glaçons dans mon écritoire…"

 

Sans vouloir  tirer de morale, je dirai que l'histoire nous apprend à relativiser le présent.

 

Extrait du journal de physique et chimie naturelle – Mémoire sur la Température du mois de Janvier 1820 par Louis-Augustin D'Hombres-Firmas  (1) - Août an 1820. Texte modernisé au niveau de l'orthographe.  

 

 

  (1)      Baron Louis-Augustin D'HOMBRES-FIRMAS, né à Alais, le 6 juin 1776, décédé le 5 mars 1857, membre correspondant de l'Institut de France et de plusieurs autres sociétés savantes. Il était l’arrière-neveu de l'abbé de Sauvages et fut Maire de Saint-Hippolyte de Caton en 1813

 (2)      En référence à la reine Jeanne 1ère de Naples et comtesse de Provence, la dame-jeanne  est bonbonne qui sert à la conservation et au transport des aliments, des boissons ou autres liquides. Pour le vin, elle est en verre et ne comporte pas d'anse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaires

magnifique histoire , du passé , ont n'en sait jamais assez

Écrit par : nady | 12/02/2012

Pour votre information 1709 a été un hiver particulierement froid. J'ai lu dans les mémoires du cardinal de Bernis natif de St Marcel d'Ardèche que le Rhône était gelé ? En Eure et Loire, il fallait casser le vin pour le boire et l'on recommandait aux gens de ne pas sortir ,les graines dans le sol étaient gelées il a fallu faire plusieurs plantations
cordialement

Écrit par : quentin | 14/02/2012

De telles manifestations ne sont pas rares en France. Le texte qui suit est daté de 1740. (Orthographe et style d'origine). Il fut écrit par le curé de Courcelles-les-Lens (62, Pas de Calais). Cette période de froidure exceptionnelle avait très certainement marqué les esprits au point que le curé fait mention des dégâts provoqués par le froid en Provence

"L'an 1740, il commença a gele les premiers jours de janvier d'une maniere fore commune après cependant une gele de 12 jours assez apre dans le mois de novembre 1739. La susdite gele a toujours continué en augmentas jusqu'au huit dusdit janvier, mais le 9, 10, et 11, il fit une gele très forts avec un vent nord-est très violent qui coupait les hommes en deux, il y a même eu plusieurs personnes qui mourrent en chemin. Ces trois jours, entre autre le postillon de lille à douay a été trouvé mort auprès de wattignies et je puis moy même témoignage puisque faisant le chemin d'arras, j'y ay manqué de perdre la vie. Les jours suivants n'ont plus esté si violents mais la gele a toujours continué jusqu'au 9 mars et sans faire une seule fois de la neige ce qui a fait mourire tous les scorions — Variété d’orge pour la brasserie — et presque tous les bleds avec une grande cherete des vivres tant pour les hommes que pour les bestes car le neuf may qui est le jour ou je marque ces choses on ne voyait non plus d'apparence de grain, ni d'herbe que l'on voyait huit jours après le degele cet an. [...] Depuis le mois d'octobre 1739, jusqu'à présent, le vent est toujours au nord sans nous jamay donner une seule journée de doux temps ce qui cause que toute les plantes sont attardé, car les cerisiers et les pruniers ne seront point en fleur qui jusqu'au moins le 20 de may. Le termonette a descendu pendant le plus froid au vingt troisième degré, que l'on prétend n'avoir point gelé plus fort au mois de janvier 1709, mais je crois que cette présente gele n'a point encore cette force car alors les noyers ont ete en gele mais cette année point quoyque on ai perdu en provence tous les oliviers, orangers, datiers et toutes les plantes délicates et il est à remarquer que ce qui a fait tant de tort c'est qui n'a pas fait de neige. [...] mais j'ajoute de plus que la saison a toujours été si froide que les pauvres hirondelles estant de retour ont presque toute mouru et on a désespéré d'en revoir encore. Les grains ont été très chers tous cette année et le seons encore selon toutes les apparences jusqu'aux nouveaux de l'année prochaine 1741. [...] les bleds vallent encore aujourd'hui 9 septembre 1740 vingt florins la rasière, les orges pour ensemencer la terre ont été vendu à lille jusquà 8 patacons, 10 et 12 patacons, les pamelles 5 écus, 6 écus et plus, [...]

L'histoire se répète, rien de nouveau sous le soleil...

(Association Mémoire d'Histoire en Uzège et Gard
Loi 1901-Blauzac)

Écrit par : MHUG | 14/02/2012

c'est impressionant!

Écrit par : femme russe | 15/02/2012

Très instructif ces écrits d'un physicien!
Pour info, d'autres photos de l'hiver 1956.

Écrit par : Thierry | 17/02/2012

Merci pour vos infos sur la mémoire locale que je consulte toujours avec plaisir.
L'évocation des hivers gardois m'a beaucoup plu, en particulier celui de 1820 et le rappel des observations météorologiques du Baron D'HOMBRES-FIRMAS, qui m'ont récemment était très utiles. J'aurais plaisir à vous en dire un mot (et, de la sorte, en rajouter une couche…de glace. De celle qui avait bloqué le port d'Aigues-Mortes cette même année).

Dans mes recherches relatives aux collections d'antiquités réunies par J. F. A. Perrot (1790-1867. Un ancien soldat de l'empire, natif d'Alès, reconverti en archéologue nîmois, dont je recherchais l'origine de la collection de momies égyptiennes) j'étais tombé sur un document surprenant. Perrot –qui était alors lieutenant des douanes- aurait secouru un capitaine dont le vaisseau était pris dans les glaces de 1820, dans le Grau-d'Aigues-Mortes. La chose était difficile à admettre, mais les observations notées par D'HOMBRES-FIRMAS m'ont convaincu.
La suite de l'histoire n'est pas banale. Le capitaine et son navire cabotaient entre Alexandrie et la côte provençale; Sur les recommandations de Perrot, le capitaine aurait obtenu un remarquable sarcophage égyptien de la XXI° dynastie (qui était à l'origine de mes recherches) et l'aurait fait parvenir à Perrot.
Le froid de 1820 serait donc le lien entre le pays qui vénérait les crocodiles et la “ville au crocodile enchaîné” où le ”concierge-garde de la Maison Carrée” exposa, pendant plus de 30 ans, des momies égyptiennes et leurs “caisses”. Perrot après avoir étudié soigneusement ces macabres reliques, en tira un ouvrage surprenant: son “Essai sur les momies. Histoire sacrée de l'Egypte expliquée d'après les peintures qui ornent les sarcophages” (Nîmes 1844 et 1845).

Bien amicalement, en attendant de vous lire.

Écrit par : Pierre | 17/02/2012

Merci pour cet article sur le froid, nous nous posions des questions avec mon épouse
sur 1985. Nous ne nous souvenions plus si c'était en 85 ou 86. Nous avons là la réponse
aux jours près. J'ai une photo en 1985 avec un ami nous étions allé au milieu du Rhône
à l'Ardoise à pied bien sûr.
Toujours très heureux de lire vos publications.

Écrit par : Elian | 18/02/2012

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