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10/02/2012

Les Gardonnades au XIXe siècle - 2ème partie

Les gardonnades  de la 2ème partie du XIXème siècle vont se succéder à un rythme beaucoup plus intense en nombre et en effets dévastateurs.

Les  2 crues de 1852 ont été un peu atypiques dans le calendrier saisonnier puisque, généralement, les inondations se situent au début des équinoxes, celles-ci eurent lieu en juin et décembre. (1)

 

Gardon, crue, Alès, Gardon, Gard

Ce fut  le mardi 8 juin 1852 que le Gardon gonflait par ses affluents a commencé à envahir la ville d’Alès et ses environs. De violentes pluies n’avaient cessé de tomber depuis la veille. C’est vers 15 h que les eaux ont menacé les bas quartiers alors que le torrentiel Grabieux (2) se répandait dans les quartiers nord de la ville : « …Ses eaux, enflées de tous les ruisseaux voisins, ont causé de grands désastres sur les propriétés voisines. On peut se faire une idée de la force de ce torrent connu par l’impétuosité de son cours, lorsqu’on saura que les eaux refluaient en amont du pont de Bruèges, jusque sur la nouvelle route nationale, et que le courant ébranlait les poutres qui le supportent la passerelle jetée sur le lit de ce torrent…»

La crue s’est étendue sur tout le territoire environnant et a dévastée toutes les récoltes :

« …Cet orage a fait beaucoup de mal dans nos campagnes, où, sans parler de l’éducation des vers à soie qui s’en est malheureusement ressentie, les blés, qui promettaient une si riche moisson, ont été maltraités par une pluie battante qui a duré plus de 12 h. Les épis pressentent maintenant un aspect désolé, couchés littéralement sur le sol... » (Mémorial d’Alais du 10 juin 1852).

Le Gardon d’Anduze a également débordé. La confluence des 2 rivières, à hauteur du pont de Ners, a provoqué l’inondation dans toute la plaine et du village de Boucoiran, et a même menacé de couvrir le chemin de fer à la station de Nozières.

Ensuite, la crue s’est propagée sur l’ensemble du bassin du Gardon : « …Le Gardon a débordé d’Alais à Remoulins et a causé de grands ravages, à en juger par des bestiaux, des charrettes, des objets divers que ce torrent amène au Rhône… » 

 

A peine remis de cette gardonnade, les populations sont soumises à une nouvelle crue aussi violente, le mercredi 15 décembre 1852. La veille des pluies diluviennes étaient  tombées dans toutes les Cévennes et tous les cours d’eau qui descendent de ces montagnes, prodigieusement enflées, ont causé des dégâts considérables par leurs débordements :

« …A la station de Vézénobres, les eaux s’élevaient assez pour pénétrer dans les voitures de chemin de fer, où elles avariaient des marchandises. Un peu plus bas, la vaste plaine qui s’étend de Ners à Dions n’offrait plus à l’œil qu’un vaste lac… »

 

L’année qui suit, c’est le bassin inférieur du Gardon  qui a  subi les violences du Gardon. En effet, le mardi 3 juin 1856, la plaine de Montfrin à Aramon était aussi inondée depuis le samedi. Cette inondation est due au même phénomène que celle du mardi 8 novembre 1836. Trois maisons de cette dernière commune s’étaient écroulées. On comptait la perte de beaucoup de bestiaux, bœufs, chevaux et moutons. Le même jour, le Rhône et la Loire inondèrent une grande partie de leur territoire.  À Avignon, les eaux ont emporté une partie des remparts entre la porte St-Roch et la porte St-Dominique.

Route, inondé, gardon, midi

L’année suivante, samedi 12 septembre 1857, les pluies abondantes accumulées depuis quelques jours gonflèrent démesurément tous les  cours d'eau du Gard, et notamment le Gardon qui a débordé et causé des dégâts importants : « …les eaux torrentielles se sont portées avec violence sur la voie ferrée de la ligne d'Alais, ce qui a amené une interruption momentanée de la circulation.  Les terres avoisinantes, sont sous l'eau bourbeuse et les récoltes qu'elles portent compromises sinon perdues. On parle de troupeaux enlevés et de quelques personnes noyées sur les territoires de Fons et de Saint Chaptes… » (Courrier du Gard).

Catastrophe n’arrivant jamais seule, ce fut le vendredi 17 septembre 1858 que le Gardon manifesta sa colère. Un orage violent éclata vers 6 h du matin et dura jusqu’à 3h de l’après-midi. Des graviers entrainés par les eaux ont envahi la ligne du chemin de fer en divers points, et notamment à Lavol près de Boucoiran. Les rues de ce village s’étaient transformées en rivières et les maisons de la partie basse ont été envahies.

A Vézénobres, plusieurs propriétés ont été ravagées. Les ruisseaux voisins de la voie avaient tellement grossi qu’ils avaient  rendu impossible la circulation sur 90 m environ de voie, entre la station de Vézénobres et la route de Ners. Le lendemain matin, c’était au tour de  Montfrin de subir la Gardonnade. Cette année-là,  ce fut une Vidourlade qui occasionnait le plus de dégâts tant matériels qu’humains.

Néanmoins le Courrier du  Gard du 27 septembre nous conte une aventure qui aurait pu mal finir :

« Un drame émouvant, qui a vivement impressionné les populations riveraines du Gardon, s'est passé la semaine dernière. La crue des eaux du Gardon avait été si rapide et si violente, que la barque de Collias, contenant divers objets d'habillement et montée par son batelier, fut arrachée, vers cinq heures du soir, de la place où elle stationne habituellement, et entraînée avec la rapidité d'une flèche.

Vainement le batelier essayait de diriger son embarcation vers la rive: le courant s’y opposait. Vainement aussi il appelait an secours : nul ne pouvait songer à braver le torrent furieux; c'eût été s'exposer inutilement à une mort presque certaine. La frêle barque, au sort de laquelle était attachée une existence humaine, passa ainsi, toujours entraînée par les eaux, à Remoulins, sous les yeux d'une population épouvantée et impuissante.

Le batelier ne comptait déjà plus sur le secours des hommes et croyait ne pouvoir plus être sauvé que par un miracle; déjà il était arrivé sur le territoire de Comps, lorsque tout à coup sa barque ayant rencontré un arbre, il put s'accrocher à une branche et grimper sur l'arbre lui-même, tandis que sa barque se trouvait comme amarrée en cet endroit.

Le batelier passa la nuit sur cet arbre et ce ne fut qu’au jour, alors que les eaux s'étaient un peu retirées, que des personnes attirées par ses cris, purent venir lui porter secours et le délivrer. »

 

Inondation, gardonnade, Alais, dégâts

 

Une accalmie jusqu’au vendredi 11 octobre 1861, où des  trombes d'eau se sont abattues sur les bassins de la Cèze et du Gardon. La Cèze se gonfla et s'éleva de six mètres en moins d'une heure. Ses affluents, arrêtés, débordèrent également, et l'inondation qui couvrit tout le pays fit périr cent six ouvriers dans les houillères de Lalle. La crue du Gardon fut également forte, mais bien moins violente que  cette dernière ; elle fut loin de produire des effets aussi désastreux.

Ce ne fut qu’un court répit, puisque le lundi 14 octobre 1861, des pluies diluviennes ont occasionné des inondations qui ont amené des désastres considérables, surtout dans les environs d'Uzès et d'Alès. Le Gardon qui descend des Cévennes, et dont les eaux avaient grossi démesurément en quelques heures, ont fait des ravages énormes.

La revue « L'Ami de la religion et du roi » reprend la presse du département pour préciser la nature des ravages :

« A l'embouchure du Gardon, la digue qui avait été élevée a été rompue, et les communes de Comps et de Montfrin ont été inondées; heureusement, les terres étaient dépouillées de leurs récoltes.

Dans l'arrondissement d'Alais, le Gardon a fait de grands ravages. A Anduze, la ville a été inondée. Les parapets du quai ont été enlevés, le quartier bas a beaucoup souffert ; les bestiaux ont péri ; dans la caserne de gendarmerie, on n'a eu que le temps de déménager. A Saint-Jean-du-Gard, la localité a été également inondée et a éprouvé de sérieuses pertes.

Dans l'arrondissement d'Uzès, principalement dans le canton de Remoulins, le Gardon a causé aussi de graves dégâts, le moulin dit du Pont-du-Gard a été fort endommagé, une chaussée entière a été entraînée… »

Néanmoins, le journal « l'Aigle des Cévennes » (3) indique que les dégâts auraient pu être plus importants sans le reboisement entrepris dans cette région : « …on aurait remarqué, dans cette journée néfaste du 14 octobre, que, grâce aux travaux de reboisement effectués sur les flancs jadis dénudés des hauteurs qui dominent la Grand’ Combe, les principaux affluents qui, il y a quelques années encore, roulaient leurs eaux furieuses dans le Gardon, n'ont apporté cette fois qu'un contingent relativement faible à l'inondation, malgré la pluie torrentielle qui tombait sur ces montagnes. Cette nouvelle preuve de l'heureuse influence du reboisement sur les inondations vaut certainement la peine d'être étudiée et constatée d'une manière scientifique, et nous croyons savoir que l'administration des forêts a donné déjà des ordres à cet égard aux agents locaux… »

 

Le jeudi 27 août 1863, des pluies abondantes tombées la veille dans la partie supérieure du Gardon s’étaient  manifestées en face des communes de Moussac et Brignon. Le journal « Le Courrier du Gard » relate la tragique aventure arrivée à des voituriers :

« …En ce moment, 3 voituriers transportant de la houille destinée à M. Boudet, fileur de soie à Uzès, s’étaient engagés dans le lit du Gardon large en cet endroit de 1500 m environ, afin de gagner par un raccourci le village de Brignon. C’étaient les frères Pilier et Louis Jourdan qu’accompagnait le nommé Tourre, domestique de M. Boudet. Pris à l’improviste et voyant le danger qui les menaçait, ils poussèrent des cris de détresse. On avait vu d’ailleurs de Moussac la triste situation dans laquelle ils étaient engagés, et leurs cris avaient été entendus.

Les habitants de cette commune s’empressèrent de leur porter secours, et deux d’entre eux, Etienne Boucoiran, garde champêtre, et Simon Fabrègue, propriétaire, n’hésitèrent pas à se dévouer pour les sauver d’une mort imminente.

Ces charretiers ne connaissaient pas les allures de la rivière, étaient paralysés par l’effroi.

Leurs sauveurs firent seuls le travail nécessaire. Ils portèrent successivement les hommes sur le rivage et y amenèrent ensuite les trois attelages, ce qui présentait beaucoup de difficultés et de péril. Un des chevaux ou mulets avait été asphyxié par submersion. Quelques heures après, les trois charretiers pouvaient continuer leur route avec leur chargement, après s’être réconfortés à Brignon. Ils avaient perdu malheureusement Tourre, leur compagnon, que le courant avait entrainé tout d’abord et dont le corps n’a pu être retrouvé le lendemain, malgré les recherches faites par plusieurs personnes et par la gendarmerie, bien qu’on ait exploré la rivière sur une assez longue étendue…»

 

(1)          L'équinoxe d'automne est la période la plus critique avec près de 75% des débordements… (Plan de Prévention des Risques d’Inondation du Gardon d’Alès – Rapport de présentation 2010)

(2)         Un des affluents, le Grabieux dans lequel se jette le ruisseau de Bruèges rencontre le Gardon à la jonction de l’avenue de Ladrecht et du quai du 8 mai 1945)

(3)         Le Mémorial du Gard a été créé en 1845 et devint L'Aigle des Cévennes en 1854 puis L'Avenir jusqu'en 1873.

 

Commentaires

Bonjour, toujours très intéressant votre blog §

Écrit par : Marsel | 01/02/2012

Je trouve très intéressant

Écrit par : Gerd Saxer | 01/02/2012

Une lecture vraiment passionnante, félicitation pour votre blog.

Écrit par : Albert LAURET | 06/02/2012

Les commentaires sont fermés.