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24/09/2011

Une pratique agricole disparue : la glandée

La glandée ou droit de glandage n’a rien à voir avec le terme, plus péjoratif de glander, même si certains revendiquent ce droit, spécifique à notre époque.

Instituées dès le moyen-âge, la glandée était le droit d'aller récolter les glands ou de faire paître les cochons dans les bois seigneuriaux ou communaux afin de les engraisser. Ces scènes sont représentées par les miniatures ou sculptures, notamment dans Les Très Riches Heures du duc de Berry, datant du XVème siècle.


Duc Berry, Riches heures, glandée,





Miniature de la glandée
Les Très Riches Heures du duc de Berry










 


Eglise, prieurale, Eglise prieurale, Saint-Pierre de Souvigny,pilier



Eglise prieurale Saint-Pierre de Souvigny
Détail du pilier








Les glands étaient ramassés à l’automne pour être séchés en les étendant sur des planches à l'air libre et ainsi, servaient de nourriture aux animaux jusqu’à leur tuaison en décembre ou janvier.
Marcel Régimbeau, Inspecteur des forêts, dans son livre intitulé Le Chêne yeuse ou chêne vert dans le Gard, paru en 1879, nous donne quelques indications sur la production générée dans le Gard : « …la production totale du département serait environ de 20 000 hectolitres équivalents à la nourriture de 2000 à 2500 moutons (1) pendant 250 jours (durée moyenne du pâturage dans les bois et garrigues) et d'une valeur moyenne brute de 90000 fr., et nette de 30000 fr.; à raison de 4 fr. 50 le prix de l'hectolitre ramassé et de 3 francs les frais de récolte… ».

En consultant les archives communales de Serviers-Labaume, j’ai retrouvé un arrêté municipal qui concerne la réglementation de cette pratique:

Arrêté concernant la glandée

Nous, Eugène Espérandieu, Maire de la commune de Serviers-Labaume,
Vu les dispositions de la loi du 27 7bre (septembre) 1791, titre II, art 21,
Les articles 471 n°10 473 et 474 du Code pénal ;

Considérant que le glanage(2), le ratelage (3), le grapillage(4) et la glandée sont la propriété du pauvre, du vieillard, des infirmes, des femmes indigentes qui sont chargées d’enfants ; que ceux qui ont des ressources qui les mettent au dessus du besoin, ou qui sont en état de travailler, doivent en être exclus ; qu’il est dans nos attributions d’établir la police en ce qui concerne le glanage, grapillage et la glandée - Considérant que la récolte des glands est mauvaise cette année (5) et qu’il y a lieu de les ramasser gratuitement ;

Avons arrêté ce qui suit :

Art 1er - Les habitants qui voudront participer à la concession de la récolte des glands, à faire en 1867, dans les cantons de la forêt communale (6) à ouvrir pour cet objet sont invités à se faire inscrire immédiatement à la Mairie. Les registres d’inscription devant être irrévocablement clos le 20 de ce mois, les demandes qui ne seraient pas parvenues à la Mairie avant cette époque ne pourraient plus être admissibles.

Art 2 - La glandée est exempte de toute rétribution de la part des habitants. Nul ne pourra glanera avant le lever et après le coucher du soleil et sans être porteur d’un certificat de nous.

Art 3 - Il est fait défense de secouer les arbres et de les battre avec des gaules ou des perches et de glaner dans les taillis au dessous de six ans dans la coupe vendue de 1867.

Art 4 - Les bêtes de somme ne devront pas quitter les chemins de vidange (7) pour transporter le produit des glanures.

Art 5 - Le jour de l’ouverture de la glandée sera ultérieurement fixé par nous et annoncé par voie d’affiches et à son de caisse. (8)

Art 6 - Les contraventions aux dispositions qui précèdent seront constatées par des procès- verbaux et les délinquants seront traduits devant le tribunal de police municipale (9) pour être condamnés aux peines portées par la loi. Le produit de la glandée sera saisi et tenu en dépôt pour la confiscation en être prononcé par le tribunal, s’il y a lieu. Les pères, mères et maîtres sont responsables de l’amende et des frais encourus à raison de la contravention de leurs enfants et domestiques.

Art 7 - Le garde forestier est spécialement chargé de l’exécution du présent arrêté.

Fait à Serviers-Labaume le 14 Octobre 1867.
Le Maire


Ce texte, communiqué dans son intégralité, nous informe sur les pratiques de la glandée dans notre région en indiquant : les bénéficiaires, les modalités d’obtention de la concession, de récolte et de justice en cas de non respect du règlement.

Pour terminer je vous livre une anecdote narrée par ma mère : durant la 2ème guerre mondiale, le gland fut utilisé pour suppléer à l’absence de café. Il était torréfié dans le four de la cuisinière à bois et broyé dans le moulin à café. La torréfaction enlève toute l’amertume ce qui rend son ingestion plus acceptable…



Bestiaire, moyen-âge, glandée




Bestiaire du Moyen âge
Bibliothèque Nationale de France









 

 

 (1) Au-delà du parallèle voulu par l’auteur, les moutons pouvaient être nourris de glands mais « il n'en pourrait manger quotidiennement plus d'un litre, sans en être bientôt dérangé. » (Marcel Régimbeau, ouvrage cité)

(2) Le droit de glanage consistait au ramassage de la paille et des grains tombés au sol après que la moisson soit effectuée.

(3) Le droit de râtelage, espèce de servitude imposée aux fonds de terre, au profit des pauvres qui allaient râteler le sol après la récolte des foins.

(4) Ce droit de grapillage, qui est très ancien, était réglementé par le ban de vendange.

(5) Plusieurs éléments climatiques peuvent influer sur la production : le mauvais temps pendant la floraison peut sérieusement freiner, voir inhiber, la pollinisation et la fructification. Une nuit, un fort gel peut détruire la totalité des fleurs. Une longue période de sécheresse en été est généralement défavorable au développement des glands. Un autre facteur important conditionne la récolte : la pullulation de la femelle du charançon (Balanimus sp.) qui peut aussi réduire fortement la production de glands (glands véreux).
Selon des observations faites en Allemagne (Rohmeder 1972), on enregistre en moyenne sur une décennie une fructification complète, 1 demi-fructification, 4 fructifications partielles et 4 absences de fructification. De plus, une année de pleine fructification est souvent suivie d’une année sans fructification.

(6) Les cantons ou lieux qui concernent cet arrêté sont le bois de la Bouscarasse et les lieux circonvoisins : le Cougnet, le Raspail, et le Roulet.

(7) Chemin qui sert à évacuer le produit de la récolte.

(8) Les glands seront récoltés dans un délai de quinze jours (du 1er au 15 9bre [novembre]) les dimanches et jours fériés exceptés (Arrêté du 8 octobre 1842)

(9) Les tribunaux de police municipale sont composés de "trois membres de l'administration municipale que les officiers municipaux choisissaient parmi eux. Le procureur syndic remplit les fonctions du ministère public (loi 19-22 juillet 1791)" que les officiers municipaux. Suivant l'art. 43, ce Tribunal ne pouvait rendre aucun jugement qu'au nombre de trois juges, et sur les conclusions du procureur de la commune.
La compétence du Tribunal de police municipale ne concernait que les délits ruraux dont la peine était purement pécuniaire, ou n'entraînait qu'un emprisonnement de trois jours dans les campagnes, et de huit dans les villes.

Extrait d’une lettre de François Marie Arouet dit Voltaire du 3 novembre 1762 adressé à Louis-René de Caradeuc de La Chalotais (1701-1785), procureur général au Parlement de Bretagne :
« …Le siècle du gland est passé, vous donnerez du pain aux hommes ; quelques superstitieux regretteront encore le gland qui leur convient si bien, et le reste de la nation sera nourri par vous … »

16/09/2011

PARUTION DU N° 3 DE LA NOUVELLE CIGALE UZEGEOISE

La cigale uzégeoise fait partie du patrimoine uzétien et uzégeois. Dans le n° 0 de la Nouvelle Cigale Uzégeoise, Jean Louis Meunier a consacré un article fort bien documenté sur l’historique de cette revue scientifique et littéraire. En voici quelques extraits :

De 1926 à 1934, cette revue a donné à la ville d’Uzès une audience littéraire, scientifique et artistique qui mérite considération et attention. Créée, dirigée par Georges Gourbeyre puis, suite au décès de celui-ci le 9 juin 1932, par son fils Claude, la collection (54 numéros) est difficile à réunir – la Médiathèque d'Uzès, qui a consacré de septembre à novembre 2000 une exposition aux Éditions de la Cigale, en détient un exemplaire complet –. Quant aux archives, Madame Nicole de Bessé, fille de Georges Gourbeyre, conserve une grande partie de celles ci, notamment des correspondances avec les collaborateurs des éditions, dont les doubles sont aussi déposés à la Médiathèque d'Uzès.
Une cigale stylisée était l’emblème de la revue. Celle-ci, d’une quarantaine de pages en moyenne, paraissait tous les deux mois, sous couverture de couleur lilas foncé le plus souvent. Le format en hauteur en est agréable et, détail non négligeable, elle se range facilement dans la bibliothèque.
La famille Gourbeyre, d’ancienne souche auvergnate, comptait nombre de papetiers réputés. Georges, amoureux lui aussi de beaux papiers, d’histoire, de littérature et d’art, souhaitait ardemment que sa ville d’élection connaisse la célébrité dans le domaine intellectuel. Au nombre de ses amis, dont la situation dans les Lettres était établie à Paris et en province, il y avait Jean-Jacques Brousson, le spirituel secrétaire d’Anatole France, écrivain et journaliste réputé, parfois craint, Henri Pourrat, Francis Jammes, Amélie Murat, Yves-Gérard Le Dantec, Marcel Coulon (qui a beaucoup fait pour Rimbaud, Verlaine, Ponchon et Mistral), Jean Pourtal de Ladevèze, et certains d’entre eux ont publié dans La cigale uzégeoise
….


Puisqu’il voulait que sa revue s’ouvre aux sciences, à l’histoire, aux beaux-arts, Georges Gourbeyre sut fédérer ces esprits éclairés à la nécessité de partager leurs passions et leurs savoirs avec les lecteurs – et ils furent nombreux et fidèles – qui, bien préparés par une campagne de presse efficace à laquelle Brousson prit une large part, étaient désireux de connaître ce qui dépassait le cadre strict d’Uzès, et intéressés par une approche constructive de leur patrimoine immédiat. L’époque s’y prêtait, l’histoire locale jouissait déjà d’une renommée certaine, le maurrassisme favorisait ce retour à la Province et à son identité politique, sociale et intellectuelle et Uzès bénéficiait depuis des dizaines d’années d’une abondante littérature historique et de création : premier duché de France, lieu de résidence d’intellectuels avertis et fortunés, le souvenir du séjour de Racine y était vivace, le passage du cardinal Pacca connu, la famille Gide avait porté la ville au-delà du Gard et – c’est certainement la principale raison – Uzès attendait qu’une personnalité entreprenante bouscule cette atmosphère un peu somnolente qui enveloppait la cité

Après la mort en 1932 du fondateur, un numéro spécial, bordé de noir, fut consacré à Georges Gourbeyre. A sa lecture, on se rend compte combien cet évènement fut douloureux, humainement et pratiquement : Gourbeyre brutalement disparu – les témoignages émouvants et sincères le laissent entendre a contrario – que deviendra la revue ? Si, entre 1932 et 1934, la variété des textes et illustrations est réelle, l’enthousiasme, lui, s’étiolait. Il en reste une belle et riche expérience et un document de nature à tenter une étude de sociologie locale, politique, littéraire (au sens large du terme) et artistique. Certes, la qualité des collaborations est très diverse, mais on ne saurait le regretter : il en était ainsi à l’époque (des rapprochements avec des tentatives locales et régionales semblables le démontreraient), les attentes des lecteurs étaient assurées, d’autres revues, qui avaient une audience nationale et internationale, participaient d’un paysage intellectuel foisonnant. S’il y a une leçon multiple à retenir de cette flamme uzétienne et uzégeoise, c’est la volonté d’un personnage cultivé, attentif, résolu et convaincant, son enthousiasme et celui de ses amis et de ses lecteurs, et le témoignage digne d’intérêt par sa diversité que La cigale uzégeoise apporte sur un moment de la vie intellectuelle – lettres, histoire, sciences et beaux-arts mêlés – d’une cité rayonnante


La revue n°3 de la Nouvelle Cigale Uzégeoise sera présentée le samedi 18 juin 2011 à la Médiathèque de Belvezet

 

Cigale, littérature, Uzége, Lucie éditions, revue, culture, languedocien, provençal

 


Sommaire
Présentation du Comité de rédaction et de Lucie éditions
Dessin de Gérard DEPRALON
Éditorial
Nicolas Boileau, dit Boileau-Despréaux par Jean-Louis MEUNIER
Marcel Coulon et l’héritière de Rimbaud par Jean-Marc CANONGE
Gustav Mahler (1860-1911). Un revenant en pays d’Uzège par François-Guy ABAUZIT
La surpopulation : mythe ou science-fiction par Bénédicte GASTINEAU
Catherine Auguste : Cabinets de Curiosités ? Interview par Henri PEYRE
L’émeraude de la duchesse d’Uzès par Jocelyn BRAHIC
Jules de Saint-Félix (d’Uzès) et les libraires par Jean MIGNOT
Chronique du temps qu’il fait par Jean MIGNOT
Souvenirs : l’O.M. et l’équipe de France à Uzès par André Tardieu
L’orthodoxie en Uzège par Dominique ACHARD
Un poète contemporain : Emile Bonnel par Jean-Marie ISNARD
Gens d’ici et d’ailleurs
Poèmes de Charlette-Jeanine BIANTI et Jacques GUILLON
Le fourneau de la cigale – Lo forneu de la cigalo : Les hommes savent-ils cuisiner ? Texte et recettes de Thomas FELLER
Glanes et grappilles : Soulages et diverses notes de lecture par Jean-Joseph LACOEUILHE, Hervé ABRIEU, Laurence et Christian FELLER
La Cigale d’antan

Abonnement 2010 - 2011

06:30 Publié dans Revues | Lien permanent | Commentaires (1)