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31/05/2011

LE LIÈVRE DU PONT DU GARD - LA LEBRE DOU PONT DOU GARD

S’il n’est plus de coutume d’aller manger l’omelette au pont du Gard, le lundi de Pâques, il demeure une légende qui a traversé les temps : celle du lièvre.
Sur un pilier de la troisième arche du second niveau, côté aval, en partant de la rive droite, on voit la sculpture d'un lièvre taillé en bas-relief. En réalité, il s’agit d'un symbole phallique en forme de phallus à trois têtes qui peut laisser penser à la forme d'un lièvre qui court. Dans son Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de Nismes de 1758, Léon Ménard nous en donne la description et l’explication :
« …Je ne dois pas oublier de faire ici mention d'une figure de Priape qu'on trouve sculptée en bas relief sur ce bâtiment, que plusieurs ont prise sans fondement pour celle d'un lièvre. Ce priape dont je joints ici la représentation, est du coté de l’orient, sculpté sur un des voussoirs de la troisième arche du second pont, entre les retombées. Il a une sonnette au col, et, il est terminé par trois queues retroussées, qui forment trois autres priapes ou phallus, mais plus petits que le précédent. Qu'on se rappelle ce que j'ai dit sur ces fortes de figures emblématiques, en parlant de celles de l'amphithéâtre. Ce sont encore ici des symboles de la population et de l'éclat que devait faire dans le monde la colonie de Nîmes, tels qu'on les avait figurés dans ce dernier bâtiment. C'est à ce seul objet que se bornait ce symbole sur le pont du Gard. Nous avons vu que dans l'amphithéâtre ces phallus représentaient de plus les jeux et les sacrifices qu'on y faisait en l'honneur du dieu Priape… »


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Le lièvre du Pont du Gard









La tradition populaire a donné naissance à un dicton : « Qui n'a pas vu le lièvre, n’a point vu le pont du Gard » et, Frédéric Mistral a raconté cette légende provençale :


LA LEBRE DOU PONT DOU GARD
LE LIÈVRE DU PONT DU GARD

Lou pont dou Gard emé soun triple rèng d'arcado que s’encavaucon eilamount lis uno sus lis autro, es un di plus bèu travai que i’ague dins lou mounde.
Le pont du Gard avec son triple rang d'arcades qui chevauchent, là-haut, les uns sur les autres,est un des plus beaux ouvrages qu'il y ait dans le monde.
E pamens dison que lou diable lou bastiguè dins uno niue ...
Et pourtant, on dit que le diable le bâtit dans une nuit.

Veici l'istòri :
Voici l'histoire:

I'a quau saup quant de tèms, la ribiero de Gardoun, qu'es uno di plus traito e rabènto que i’ ague, noun se passavo qu'à la gafao.
Il y a, qui sait combien de temps, la rivière de Gardon, qui est une des plus traîtres et rapides qu'il y ait, ne se passait qu'à gué.
Li ribeiren de l'aigo se diguèron un jour de ié basti un pont. Mai lou mèstre massoun que s'ero carga dóu pres-fa, n'en poudié pas veni à bout.
Les riverains décidèrent un jour d'y bâtir un pont. Mais le maître maçon qui s'était chargé de l'entreprise n'en pouvait point venir à bout.
Entre qu'avié jita sis arcado sus lou flume, venié 'no gardounado, e pataflòu ! lou pont au sòu.
Aussitôt qu'il avait jeté ses arcades sur le fleuve, venait une gardonnade, et patatras ! Le pont était par terre.
Un vèspre sus tóuti lis autre que, morne e tout soulet, regardavo de la ribo soun travai afoundra pèr la ràbi de Gardoun, cridè desespera :
Un soir, sur tous les autres, que morne et tout seul, il regardait de la rive son travail et effondré par la rage du Gardon, il cria, désespéré:
- Fai li tres cop que recoumence : maugrabiéu de ma vido ! l'aurié de que se douna au diable…
- Cela fait trois fois que je recommence, maudite soit ma vie ! Il y aurait de quoi se donner au diable! ...
E' m'acò, pan ! Zou diable en sa presènci pareiguè… « Se vos, ié diguè Satan, iéu te bastirai toun pont e te responde d'uno, que, tant que lou mounde sara mounde, jamai Gardoun l'empourtara…
- Et aussitôt, pan! Le diable en sa présence parut... «Si tu veux, lui dit Satan, moi je te bâtirai ton pont, et, je te réponds que, tant que le monde sera monde, jamais Gardon ne l'emportera ...
- Vole bèn, diguè lou massoun . E quant me faras paga ?
Je veux bien, dit le maçon. Et combien me feras-tu payer ?
- Oh ! pau de causo : lou proumié que passara sus lou pont, sara pèr iéu…
- Oh ! Peu de chose : le premier qui passera sur le pont sera pour moi.
- Vague, diguè l'ome.
- Soit, dit l'homme.
E lou diable tout-d'un-tèms, arpatejant e banejant, derrabè à la mountagno de tros de roco espetaclous e bastiguè 'n moustre d.e pont coume jamai s'èro vist.
Et le diable tout aussitôt, à griffes et à cornes, arracha à la montagne des blocs de roche prodigieux et bâtit un colosse de pont comme on n'en avait jamais vu.
Enterin lou massoun èro ana vers sa femo pèr ié countalou pache qu’avié fa’ mé Satanas :
Cependant le maçon était allé chez sa femme pour lui conter le pacte qu'il avait fait avec Satanas :
« Lou pont, dis, sara fa deman à la primo aubo. Mai aco's pas lou tout. Fau qu'un paure marrit se dane pèr lis autre… Quau voudra èstre aquèu ?
- Le pont, dit-il, sera fini demain à la prime aube. Mais ce n'est pas le tout. Il faut qu'un pauvre malheureux se damne pour les autres ... qui voudra être celui-là ?
- E, badau, ié venguè sa femo, adès i'a' no chino qu'a cassa'n lebraud tout viéu. Aganto aquéu lebraud, e deman, à pouncho d'aubo, bandisse-lou sus lou pont.
- Eh! Badaud, lui vint sa femme, tout à l'heure une chienne a chassé un levraut tout vivant. Prends ce levraut et, demain à pointe d'aube, lâche-le sur le pont.
- As resoùn, repliqué l'ome.
- Tu as raison, répliqua l'homme.
E aganto lou lebraud tourno au rode ounte lou diable venié de basti soun obro, e, coume l'angelus balançavo pèrsouna, bandis la bèsti sus lou pont.
Et il prend le levraut, retourne à l'endroit où le diable venait de bâtir son œuvre, et, comme l'angélus oscillait pour sonner, il lance la bête sur le pont.
Lou diable qu'èro à l'espèro eila de l'autre bout, aparo, afeciouna, la lèbre dins soun sa… Mai, en vesènt qu'èro uno lèbre, l'arrapo emé furour, l'empego contro lou pont, e, coume l'angelus dindavo d'aquéu moumen, lou marrit esperit, en jitant milo escoumenge, s'aprou¬foundis au founs d'un gourg.
Le diable qui était à l'affût à l'autre bout, reçoit vivement le lièvre dans son sac ... Mais, en voyant que c'était un lièvre, il le saisit avec fureur et l’emplâtre contre le pont ; et, comme l'angélus sonnait à ce moment, le mauvais esprit, en jetant mille imprécations, s'engloutit au fond d'un gouffre.
La lèbre, desempièi, se vèi encaro contra lou pont.
Le lièvre, depuis, se voit encore contre le pont.
E vaqui perqué se dis que il femo an troumpa lou diable.
Et voilà pourquoi l'on dit que les femmes ont trompé le diable.

Extrait de l'Armana Prouvençau de 1876

Pont-du-Gard



La construction d’un pont a toujours généré des légendes où un personnage passe un pacte avec le Diable afin de construire un pont qu'il ne peut réaliser seul. Le Diable accepte de relever le défi, mais exige en retour la première âme qui le traverse. Le pont est construit généralement en une seule nuit, mais le Diable est dupé par les habitants du lieu, de différentes manières dont on retrouve souvent un animal qui traverse le pont à la place des hommes. Dans la région, on trouve un chien pour le pont de St Guilhem le Désert (Pont du Diable).
Bonnes fêtes de Pâques