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20/04/2010

Communiqué

Voilà plus d’un mois, le contenu de ce blog avait complètement disparu suite à un problème technique. Ce fut 2 années de publication qui s’étaient évaporées. Sa reconstruction a demandé beaucoup de patience. Certains articles, conservés partiellement, ont fait l’objet d’un travail de recherche important. A ce jour, vous trouverez le blog complètement recomposé suivant la chronologie initiale.
Nous allons pouvoir poursuivre nos publications en souhaitant ne plus revivre cette mésaventure.
Veuillez noter la nouvelle adresse du blog : histoireetcivilisationdeluzege.blogs.midilibre.com/

Encore, merci de votre compréhension.


Copie de Uzès Maison Universelle.jpg

19/04/2010

La Nouvelle Cigale Uzegeoise

Lucie éditions et Les Amis de La Nouvelle Cigale Uzégeoise

La cigale uzégeoise, une revue « scientifique et littéraire » chanta en Uzès et Uzège des années 1926 à 1934, date à laquelle elle s’endormit.

Cigale Uzégeoise 2.jpg

La cigale uzégeoise

Après ce long hivernage, elle s’éveille au XXIe siècle avec le même esprit, mais avec des coloris différents adaptés à son nouvel été. La Nouvelle Cigale Uzégeoise est littéraire, artistique et scientifique. Avec deux numéros par an d’environ 72 pages, elle vous présentera systématiquement ces trois rubriques, mais aussi bien d’autres, comme des clins d’oeil à sa célèbre aïeule, une chronique climatique bien de chez nous, des articles historiques sur l’Uzège du XXe siècle, des notes de lecture et des comptes-rendus d’expositions, mais aussi un dossier important sur un artiste de l’Uzège accompagné d’illustrations.

Lucie éditions et Les Amis de La Nouvelle Cigale Uzégeoise vous remercient d’avance de l’accueil que vous ferez à notre Cigale du XXIe siècle qui chantera particulièrement pour vous.

Le comité de rédaction de La Nouvelle Cigale Uzégeoise

La Nouvelle Cigale Uzégeoise Couverture n°0.jpg


Bulletin d’abonnement 2010 - Nos 1 et 2.pdf

N'hésitez pas à vous abonner.

La sortie du n° 1 est prévue en juin 2010 et celle du n° 2 en décembre 2010

08:52 Publié dans Revues | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : revue, cigale, uzégeoise

Restauration d’une capitelle ou cabanne (1)

Cette petite cabane en très mauvais état a été inventoriée en 2007 lors de l'inventaire du petit patrimoine initié par le pays Uzège Pont du Gard.
Quelques mois plus tard Maurice ROUSTAN (2) le maître artisan de la pierre sèche et ses disciples Didier RIEUX (3) et Magali Bauza (4), tous membres de la Confrérie des Bâtisseurs à pierre sèche, me font part de leurs projets : Former des artisans Lozériens à la méthode de construction de la voûte en encorbellement.
Les financements ont été pris en charge par un organisme de formation professionnelle, mais il manquait le principal, la cabane dont seule la voûte serait en mauvais état et facile d'accès.
De brèves recherches dans l'inventaire nous ont permis de sélectionner la cabane de Mr Gérald PENIN située entre SANILHAC et SAGRIES aux abords du sentier des Capitelles.

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Le Syndicat Mixte des Gorges du Gardon (5) nous a mis à disposition le chantier d'insertion pour débroussailler l'accès au chantier et fait signer un prêt à usage tri partie (Mairie, Syndicat, particulier).
La mairie de SANILHAC-SAGRIES a refait la plate forme du chemin avec son tractopelle.
C'est ainsi que durant deux séances de deux jours Maurice ROUSTAN avec l'aide de Didier RIEUX et de Magali BAUZA ont transmis leurs savoir faire de la pierre sèche aux Lozériens et provençaux - membres des Artisans Bâtisseurs à pierre sèche (6) et les muraillers provençaux(7).

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Les Gardes de l'Environnement du Conseil Général du Gard ont également participé à cette opération (appui technique et logistique).

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Cette opération est une grande réussite, modèle de développement durable, démonstration que des collectivités territoriales et des associations peuvent se mobiliser pour se réapproprier un espace agricole oublié ainsi que son patrimoine identitaire séculaire.

Texte de Cyril SOUSTELLE

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(1) Le terme « capitelle » est la francisation du languedocien capitèlo (Dictionnaire analogique et étymologique des idiomes méridionaux de Louis Boucoiran 1875 :
« Capitèlo, Cabanau, Cabaneto : petit abri à pierres sèches dans une vigne ou un champ. Ces petits abris pour la tête (cap) ou pour le cuvier à vendange tendent à disparaître et sont remplacés par des mazets plus confortables. »
La dénomination de capitelle est couramment employée dans le secteur de Nîmes.
Dans les zones géographiques de Sommières, de la Vaunage et d’Uzès c’est le mot cabane que l’on retrouve dans les textes qui devrait être utilisé. Cette appellation est usitée à Sanilhac : la cabane du Bayonne.
Dans le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône, c’est le mot borie ou bori qui est employée.

(2) Maurice Roustan est le grand spécialiste et restaurateur des capitelles du Gard. Sa renommée locale lui a valu d'être intronisé chevalier de la Confrérie des bâtisseurs à pierre sèche. Il est l’auteur de quelques ouvrages : « Capitelles de Nîmes » Maurice ROUSTAN 1979 – « Garrigue, pierre sèche, capitelles de Nîmes », 1996 – « 500 capitelles de Nîmes » 1999
(3) Didier Rieux est artisan à Collias dans le Gard, il pratique la pierre sèche depuis 12 ans. Elève de Maurice Roustan, il a d'abord travaillé comme formateur spécialisé dans la pierre sèche et la restauration du patrimoine bâti dans le cadre des chantiers d'insertion et chantiers école. En 2007 il a passé son CAP de tailleur de pierre marbrier du bâtiment et de la décoration à la Fédération Compagnonnique du Bâtiment à Avignon. Il s'est installé à son compte en octobre 2008 et est membre des ABPS depuis cette date. (Extrait site : « Les Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches »
Il est également membre de la Confrérie des Bâtisseurs à Pierre Sèche de Nîmes.

(4) Magalie BAUZA, membre de la Confrérie des Bâtisseurs à pierre sèche, a participé activement à la réhabilitation de l'Ermitage Notre Dame Laval par le chantier d'insertion « Les Gorges du Gardon »

(5) Le Syndicat mixte pour la Protection, l’Aménagement et la Mise en Valeur du Massif et des Gorges du Gardon, présidé par Christophe CAVARD, regroupe 10 communes (Dions, Sanilhac, Poulx, Cabrières, Collias, Vers Pont du Gard, Castillon, Remoulins, Sernhac, Saint Bonnet du Gard) et le Conseil Général. Les objectifs de cette structure sont :
- Restaurer la qualité paysagère du site grâce à la réintroduction d’une activité pastorale
- Lutter contre les incendies et faciliter l’intervention des secours grâce au pâturage
- Limiter le recours au broyage mécanique et engendrer ainsi un gain économique
- Permettre au grand public et aux scolaires de découvrir le pastoralisme et les activités traditionnelles
Ce syndicat mixte couvre une Réserve Naturelle Régionale, créée en 2001, qui concerne 465 hectares entre le Pont Saint-Nicolas et Sanilhac, et une zone classée englobant les villages environnants.

(6) l’association « Les Artisans Bâtisseurs en Pierres Sèches » (ABPS) regroupe aujourd’hui 12 professionnels du bâtiment travaillant dans la Lozère, le Gard et l'Hérault (1 membre).
L'association a pour objet :
• de rassembler les chefs d’entreprises artisanales du Gard et de la Lozère qui mettent en œuvre les techniques de construction en pierres sèches.
• de proposer et organiser des réunions techniques et des formations ainsi que des réunions d’information et de débat.
• d’organiser ou de prendre part à toute manifestation ou toute initiative destinée à promouvoir le monde de l’artisanat et son savoir-faire sur les techniques de la pierre sèche.

Site internet : http:// www.pierreseche.fr/

(7) L’association des Muraillers de Provence (Vaucluse), créé en 2002, a pour objectifs : la promotion, la formation, l’expertise de la technique pierre sèche d’un point de vue architectural, l’environnemental, le social, le patrimonial et l’économique.

Site internet : www.muraillers-de-provence.fr/

Commentaires de Bernard MALZAC


Site à visiter : www.pierreseche.net/cerav.htm

Lo pin de Nadal - Le sapin de Noël

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... Dau planasteu onte s'encaissava Gardon - ... Du plateau les gorges du Gardon




Dans la tradition des conteurs occitans de l'Uzège, André Potin nous offre ce texte plein de sensibilité, de poésie amplifiées par la musicalité de la langue occitane.


Avià butat solet sus lo planasteu desert, espossat per lo vent, arrapat ai peiras blancas
Il avait poussé tout seul sur le plateau désert, accroché aux pierres calcaires

mossudas per endrech. grana menuda carrejada aqui per quaqu' agaça raubaira,
que la mousse recouvrait par endroits. Il n'avait d'abord été qu'une graine transportée jusqu'ici par une pie voleuse,

oblidada. Lei sasons avian ritma sa vida ; de côps en idraçant sa rusca e sei agulhas finas,
puis oubliée. Les saisons avaient passé sur lui, tantôt desséchant son écorce et ses fines aiguilles,

Calorassas d'autres côps l'aclapant sota lo pes d'una nèu non costumièra dins aqueu pais.
tantôt l'écrasant sous le poids d'une neige inhabituelle pour le pays.

e freds aviàn pas copat son creis, mas l'aviàn socament arenat, lo forçant de luchar,
Chaleurs et froids n'avaient point arrêté sa croissance mais l'avaient seulement ralentie, l'obligeant à lutter,

corajos e testut. Ara, ben plantat, naut coma un ôma, podià contemplar la vallada en bas
courageux et tenace. Maintenant adolescent, de la hauteur d'un homme, il pouvait contempler la vallée tout au bas

dau planasteu onte s'encaissava Gardon. S'alassava pas de la regarda. Coneissià lo mendre recanton,
du plateau les gorges du Gardon. Il ne se lassait pas de la regarder, connaissant par cœurr.

lei mendres detalhs que s'esclairavan au grand matin e que puei
chaque moindre recoin, chaque colline, chaque maison, qui apparaissaient à ses yeux, tôt le matin, puis

s'avalissiàn a cha pauc dins leis ombras dau clabrun.
se fondaient lentement dans les ombres du soir.

Eriam en decembre. Avià pas fach freg, que de lônga avià regnat de plueja.
Nous étions en décembre. Cette année les pluies avaient duré, repoussant les froids de l'hiver.

Dins la vallada, desempuèi dos mes lei caminieras dau vilatge fumavan. Lei tordres maigrinous
Dans la vallée, depuis longtemps déjà les maisons du village s'étaient mises à fumer. Les tourdres amaigris

èran tornats dei montanhas mai frejas onte la pitança s'amenusava. Aici quauquei gruns
Ici quelques grains étaient arrivés des montagnes plus froides, où la nourriture commençait à se faire rare.

de rasin amoligassits per lei primieras jaladas tremolejavan encara sus lei gavels noseluts e
de raisin, ramollis par les premières gelées matinales, tremblotaient encore, accrochés aux sarments noueux et

desfuelhats. Lei tordres s'en regalavan dins la nebla matinieira ; s'assadolavan en becant
défeuillés. Les tourdres s'en régalaient dans le matin brumeux, picorant jusqu'à s'en rendre saouls

lei grans confits per lo sorelh d'automna.
les baies chargées de sucre.

N'i avià, de côps quei a, campejats per un caçaire, que se veniàn aparar dins sei branquetas
Parfois l'un d'eux, poursuivi par un chasseur venait se poser sur les fines ramures,

ramadas que plegavan sota lo pes.
les faisant ployer sous son poids.

Nôstre pin leis aimava aquelei visitaires de passatge e envejava de devenir pron grand
Notre arbre les aimait ces visiteurs de passage et il rêvait de devenir un jour suffisamment grand

e fôrt un jorn per lei mielh aculhir. Coneissià sei quilats , devinava seis esfralhs sens poder
et fort pour mieux les accueillir. Il connaissait leurs cris, il devinait leurs troubles, sans pouvoir

i parlar coma l'aurià vougut.
leur parler comme il l'aurait voulu.

L'ôme s'aprochèt una matinada mai grisa que leis autras . Lo veiguèt veritablament ,
C'est par une matinée plus froide que les autres que l'homme s'approcha. Il ne le vit vraiment,

sortent de la nebla, quora fuguèt sus eu. Dins lo moviment que faguèt veguèt lusir la lama
émergeant de la brume, que quand il fut sur lui. Au mouvement qu'il fit il vit briller la lame

que l'ôme brandissià.
que l'homme brandissait.

Lo tust dau talhador lo faguèt trantalhar ; tombèt un cort revès d'agulhas finas ;
Le choc du couperet l'ébranla tout entier, répandant tout autour une brève pluie d'aiguilles,

dins la terra lei racinetas s'espeteran.
brisant net dans le sol les fines radicelles.

L'ôme picava totjorn. La susor perlejava sus son front rabinat.
L'homme frappait toujours. Sur son front brun perlaient les gouttes de sueur.

A cada côp mandava un bofe rau que cadançava l'esfôrt.
Il accompagnait chaque coup d'un souffle rauque, bruyant, qui cadençait l'effort.

Vite, en bas dau tôs la plaga se duerbissià, esclatant en estelons lusents, banhats de saba.
Rapidement, au bas du tronc, la plaie s'élargissait éclatant en fibres brillantes mouillées de sève.

I aguèt lèu pus qu'un fin moceu de rusca per religar l'aubre e si rasigas.
Bientôt l'arbre ne fut plus relié à ses racines que par un fin morceau d'écorce.

Doçamenet se clinàt , puèi dins un fible cracinament se cochèt au sôu.
Lentement il s'inclina puis dans un craquement se coucha sur le sol.

Moriguèt pas sus lo côp ...
Il ne mourut pas tout de suite...

Aguèt encara lo temps, carrejat au vilatge, lo monhon de son pè enfonçat dins un ferradàs
Il eut encore le temps, transporté au village, le moignon de son pied enfoncé dans un lourd seau

de terra, enguirlandat de lumets, de veire lusir la jôia dins leis uèlhs deis enfantons,
de terre, couvert de beaux atours et de lumières, de voir la joie briller dans les yeux des enfants,

insensibles à son trepàs.
insensibles à son trépas.

Texte et traduction d'André Potin


Vallérargues, un village de l'Uzége

Histoire et visite de Vallérargues.

Par sa taille et la modestie de son architecture, le village de Vallérargues n'attire pas l'attention au premier abord. Il apparaît comme un village pauvre au cœur de garrigues, soumis à un climat contrasté où les rigueurs de l’hiver suivent une forte sécheresse estivale que renforce l'effet du mistral. Pourtant, c'est dans ce milieu ingrat qu'une communauté rurale a pu se maintenir au cours des siècles et se construire un cadre de vie, tel que nous pouvons le découvrir aujourd'hui.

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Le coeur du village et la Clastre







Pour évoquer l’histoire de Vallérargues et la confronter avec les signes que nous livrent ses rues et ses vielles pierres, il faut le recours des archives communales et notariales, tant des pans de son histoire sont aujourd'hui tombés dans l'oubli.

L'occupation humaine est certainement ancienne et des indices d'un enclos fortifié existent sur un éperon à l'ouest du village. Le bois des Oules éveille l'imagination populaire de trésors enfouis dans des jarres. Des fragments de tégulae jonchent le sol en de nombreux endroits et semblent indiquer un défrichement important de cette vallée entièrement enclavée dans un écrin de garrigues, dés la période gallo-romaine. Le modèle économique mis en place alors est un système ternaire (1) associant les ressources naturelles du terroir : l'ager, le sylvus, le patus (2). Ce modèle de production où l'agriculture et l'élevage du mouton se complètent avec l'exploitation des bois, restera en vigueur jusqu'au début de ce siècle.

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La plaine de Vallérargues dominée par le Mont Bouquet






Le terroir de la commune de Vallérargues occupe une superficie de 1247 ha, constitué de deux tiers de garrigues et d'un tiers de champs situés dans une vallée incisée dans les marnes du barrémien inférieur (3), allongée d'est en ouest. Cette vallée est formée par la réunion de deux bassins hydrographiques, l'Aiguillon à l'ouest qui rejoint Lussan à travers une gorge et le ruisseau de Vals qui se dirige à l'est vers Audabiac et Verfeuil. Ces ruisseaux sont temporaires et la seule source pérenne, au lieu dit des Fontaines au sud du village, ne sera captée pour le village qu'au 19è siècle.
Le village lui-même est situé sur une barre rocheuse saillante au milieu des marnes, lui donnant une position légèrement surélevée.
Les marnes sont des sols ingrats qui ont la propriété de former des marécages lors des pluies, et de durcir comme la pierre sous l'ardeur du soleil. Obtenir des récoltes a représenté un dur combat mené à la force des bras avec le seul appui de l'araire et d'une paire de bœuf. Au mieux le cultivateur pouvait retirer trois grains pour un grain semé, dans un champ amendé par le pacage des troupeaux dans les chaumes. Le blé tozelle, l'avoine et l'orge étaient les principales céréales semées. La vigne et le chanvre avaient aussi leur place et l'olivier trop gélif n'a jamais été cultivé.
De l'existence de cette vallée, pourrait-on voir l'origine du toponyme de Vallérargues que l'historien d'Albiousse fait dériver de « Vallius Ager » nom d'une famille prétorienne romaine, les Vallius.
Notons seulement que les premiers documents médiévaux parlent de Planis de Valeranicis puis de Valle Ayranica, ce qui pourrait évoquer à la fois une topographie : une vallée, et éventuellement un trait climatique : un vent puissant. Mais cette suggestion va à l'encontre de l'explication admise des toponymes en « argue ». Ces premiers documents écrits sont des reconnaissances de fiefs par des vassaux du seigneur Evêque d'Uzès. L'une d'elle, datée de 1375, est rédigée par le notaire de Raymond de Barjac en son château de Vallérargues dans la maison des Draussini (les Daroussin, seront des agriculteurs jusqu'au siècle dernier et l'on suit leurs ancêtres jusqu'en 1308 grâce aux reconnaissances féodales qui fixaient le montant des redevances des terres). Ce Daroussin, comme les autres agriculteurs du fief, exploitait en acapte (4) les terres du seigneur et de même que le seigneur devait se reconnaître comme vassal, les tenants des terres devaient reconnaître devant notaire l'origine du bien qu'ils exploitaient en bail emphytéotique soumis à des droits, à chaque succession ou vente de biens. Les notaires ayant besoin de rédiger leurs actes devant témoins même illettrés, la présence d'un habitant du village est logique.
Ce document soulève une question : a t'il existé ici un château, et si oui pourquoi le notaire écrit chez un particulier ? Si Hugues de Laudun, seigneur de Montfaucon, reconnaît encore le château de Vallérargues en 1462, nous n'entendons plus parler de celui-ci par la suite. Ajoutons que ce n'est qu'une possession parmi des dizaines d'autres et on peut imaginer que ce seigneur n'y a guère mis les pieds, comme probablement les autres seigneurs de Vallérargues par la suite. La visite de terrain nous apporte t'elle un renseignement ? Lorsque l'on visite le village, on finit par butter sur le point haut du village, au lieu dit la Clastre, c'est à dire la maison ecclésiastique. Or ce point haut semble avoir réuni les deux fonctions seigneuriales et ecclésiastiques.

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La Clastre, traces d'un ancien château ?









La maison construite en 1812 sur cet emplacement, s'appuie sur un mur ouest, dont la base paraît être un appareil soigneux en moellons bien jointés. Plus curieux encore, un demi arc de voute cintré est visible à 4 ou 5 mètres du sol. Il pourrait s'agir là d'un pan de mur d'une ancienne tour féodale. L'existence d'un puits derrière ce mur serait un indice en faveur d'un lieu retranché.
On sait que les occasions de détruire les châteaux n'ont pas manqué au XIV et XVe siècles, où ont sévis tour à tour les Tuchins puis les Routiers, mais de son existence, le village ancien aurait hérité son plan d'urbanisation primitif.
Adossées au pied de cette tour, les maisons se sont construites au midi, autour d'une rue principale en arc de cercle nommée aujourd'hui la rue Tordue et la rue de l'Arc du Four. Cet aspect défensif est bien visible sur les façades aveugles côté nord du village, formant comme une muraille.

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Rue tordue








Dans la partie sud, les maisons donnant sur cette rue devaient présenter le même aspect, mais depuis longtemps le village s'était agrandi d'une nouvelle rangée de maisons donnant sur la grand’ rue actuelle. Malgré ce, il était encore possible au XVIIIe siècle de contrôler complètement l'accès du village, au moyen de deux portes en bois placées aux extrémités de la rue, l'une au levant devant le cabaret du village, l'autre sur la placette qui formait l'entrée nord du village et qui a conservé le nom de l'époque « En Place ». ce dispositif était activé, en période d'insécurité lors des guerres de Rohan et chaque fois qu'une épidémie de peste sévissait. Le village était alors en quarantaine et personne ne pouvait sortir ou entrer, ce fut encore le cas en 1721 et 1722.

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En Place : entrée Nord du village







Le parcours de cette première rue étroite, la rue principale de l'époque, nous renseigne sur le type d'habitat utilisé. Les maisons sont construites sur une base de 4 à 5 cannes (16 à 20 m2) occupée par une cave voûtée, construite en voûte simple, ou en double voûte appuyée sur 4 piliers d'angles, l'intersection formant des arêtes croisées. Le dessus de la voûte est surmonté par un étage et un grenier. En général, les maisons ont aussi une petite cour comprenant cazal (5) et autres bâtiments agricoles. L'étage, joint par un escalier extérieur est parfois agrémenté d'une galerie extérieure surmontée d'un auvent. Cette description se retrouve dans le compoix de 1591, le seul document détaillé du village de l'ancien régime, qui révèle qu'il occupait déjà le même espace qu'aujourd'hui à l'exception des maisons au sud de la grand’ rue actuelle. La population était alors composée de 94 familles. En général les caves de ces maisons ont résisté au temps car les parements sont épais. Par contre, les murs extérieurs utilisent de gros moellons naturels arrondis d'une pierre marneuse bleutée d'origine locale (calcaire hauterivien et barrémien inférieur) qui résistent très mal au gel et au temps. Joints avec une chaux de mauvaise qualité, les murs se déforment et s'écroulent facilement. Aussi les façades actuelles sont au mieux des reconstructions du XVIIIe siècle. Ces maisons étaient adaptées au mode vie de l'époque. Il fallait loger la famille à l'étage, héberger les animaux, ce qui signifie 35 paires de bœufs ou de chevaux pour le village, un cochon par famille, quelques chèvres, des centaines de moutons et sans doute une basse-cour.

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Rez de chaussée voûté avec cuisine et cheminée






Pour faire cohabiter cette population, il fallait une organisation communale solide et c' était le rôle du Conseil général qui regroupait les principaux habitants et élisait annuellement deux consuls modernes pour les représenter, assistés de conseillers qui comprenaient les consuls vieux de l'année précédente. Ces consuls devaient prêter serment au représentant du seigneur, le lieutenant de juge (6). Cette fonction a été assurée par la même famille Grasset qui apparaît au compoix de 1591 jusqu'à la Révolution française et qui continuera à exercer des fonctions communales jusqu'au XXe siècle. Les consuls avaient la lourde tâche de répartir l'impôt, de faire les appels d'offre pour la levée de cet impôt, de présenter les comptes dont ils étaient financièrement garants devant l'Intendant du Languedoc, de publier les bans des vendanges, de régler les dates de vaine pâture (7) et de glanage, de mettre les bois en défense, de nommer annuellement un fournier, un garde cochon, un garde terre. Ils avaient en charge l'entretien du four commun, des deux puits de la communauté situés aux portes du village. (Ces puits ont fait l'objet d'une restauration récente dans le cadre de la mise en valeur du petit patrimoine.)

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Puits de Font Bauzelle ou du Vaouré







Les consuls devaient en plus entretenir le presbytère et l'église du village, le temple lorsque celui-ci a existé, de 1619 à 1668. Il y avait aussi un Régent des petites écoles. C'était beaucoup de charges qui s'ajoutaient à l'impôt royal et à la dîme et pour faire face, les consuls mettaient aux enchères, les herbes, les pâturages de la communauté, les coupes de bois. Les consuls appuyaient leur action sur les statuts de la communauté rédigés dans des temps très anciens et l'original s'étant perdu, ils se sont empressés de les rédiger à nouveau en 1610, car la noblesse n'avait de cesse de reconquérir les droits acquis. Un enjeu important était les pâtures communales que la communauté dut racheter au XVIIe siècle à prix d'or, s'endettant pour des générations, en plus d'une albergue annuelle (8). Il est aussi précisé dans ces statuts que les réunions se tiennent dans le four commun. Cet espace à l'entrée de la rue de l'arc du Four, était au cœur du village et les consuls avaient fait construire une voute qui devait occuper le croisement des rues et en 1720 ils firent construire une salle de classe au dessus de celle-ci. Il n'a rien subsisté de ce local et seuls les anciens du village se souviennent des ruines du four. C'est aussi à cet emplacement que les consuls avaient fait construire le temple qui servit aussi de lieu de délibérations.

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Emplacement du Four communal







Le mode d'élection des consuls mérite que l'on s'y attarde. Chaque consul sortant désignait 3 personnes de son choix, ensuite un tirage au sort était fait. Des bouts de papier étaient mis dans un chapeau puis remués et un petit garçon les distribuaient aux personnes désignées. Celles qui avaient la lettre C sur leur papier étaient désignées pour occuper la charge de consul et le conseil entérinait ce choix. Ce mode d'élection se compliquera lorsque Louis XIV s'attaquera au rôle des protestants dans la vie publique et imposera un nombre égal de protestants et de catholiques dans les assemblées, avec interdiction pour les protestants d'occuper la charge de premier consul. Or les catholiques ne représentaient que quelques familles notoirement insolvables et les affaires de la communauté en pâtirent. Vers 1690, Louis XIV créa une charge de maire perpétuel qui fut exercée par le seigneur de Vallérargues, Sibert de Cornillon, également maire de Bagnols sur Cèze où il résidait, ville où les consuls durent alors se rendre pour prêter serment à la suite de leur élection.
De toute façon, ce n'était que le prélude d'une politique de reconversion forcée dont les excès se traduisirent par l'affaire de Vallérargues, suivie par la guerre des camisards. L'aspect le plus connu est celui des abjurations obtenues sous la menace des régiments de dragons installés dans les familles protestantes. Humiliée et surveillée de près par le Prieur, la population s'agitait, travaillée par un phénomène nouveau, le prophétisme. En mai 1701, des incidents avaient déjà eu lieu au cabaret et le Prieur était intervenu pour dissiper les rassemblements. Sur ce, lors de la visite du prieur de Lussan, celui-ci, accompagné d'un lieutenant de juge, tombe sur un jeune berger à genoux qui l'apostrophe. Certain de tenir un de ces fanatiques, ils s'en emparent et le font prisonnier dans la maison du Prieur de Vallérargues, le sieur André Cousin. Pour le faire traduire à la cour de justice d'Uzès, il faut un papier officiel et les prieurs se rendent chez le notaire Bouton qui habite à côté, près du Four, pour obtenir ce document. Là, ils tombent sur le fils du notaire, Jacques Bouton, qui les traite d'idolâtres. En même temps, avertie des évènements la population se déchaîne, saccage l'église et le presbytère, libère le berger et met en fuite les prieurs qui n'ont de cesse d'alerter la milice de St Quentin. Elle rétablit l'ordre et s'empare de trois individus, Jacques Bouton, Jacques Olympe, Jérôme Serre. Le procès se conclut par la mise à mort sur la roue pour le premier, par pendaison pour le second et les galères pour le troisième. Le supplice se déroule sur la place aux Herbes d'Uzès selon un cérémonial rapporté en détail par un témoin. Pour payer les frais du procès, la récolte des condamnés est ensuite vendue aux enchères sur le marché d'Uzès. Ce qui voulait être un exemple, sera aussi un détonateur de la guerre des camisards, dont le principal refuge sera le Mont Bouquet. Pour empêcher leur ravitaillement, la population de Vallérargues sera déplacée à Lussan pendant l'année 1703. Dans une de ses incursions, Cavalier et sa troupe viendront brûler l'église.
Revenons au personnage du Prieur, il a rang de seigneur, perçoit les revenus de la dîme et arrente les biens du fief ecclésiastique qui se composent de plusieurs hectares. Il rétribue un curé pour dire la messe et sa fonction principale paraît la gestion de ses revenus qui sont plus importants que l'impôt royal, 2 000 L en 1789. D'ailleurs, le bénéfice du prieuré de Saint Christophe est une charge lucrative, pour laquelle le postulant doit obtenir une bulle du pape qu'il présente à l'Evêque d'Uzès, qui lui remet à son tour un titre, le « Format Dignum » (9). le futur prieur prend ensuite possession du prieuré, accompagné d'un notaire et des consuls qui l'intronisent dans sa charge et bénéfices afférents, après vérification des documents et un rituel liturgique dans l'église, suivi d'une visite des lieux et essai des cloches. Le Prieur Cousin semble avoir agi en seigneur tyrannique : il exige des consuls de refaire sa grange pour recueillir sa récolte car il la juge en mauvais état, il fait louer une maison lorsqu'il juge le presbytère vétuste, fait déplacer le cimetière pour agrandir son jardin. Il exige les réparations à l'église et sa reconstruction lorsque la voute s'effondrera en 1690. Enfin après les dégâts causés par les camisards, et les dragons en vigie sur le toit, les consuls seront sommés de faire les travaux de remise en état. Au besoin, le prieur saisira la justice pour faire exécuter ses ordres et condamner la communauté.
Cette église Saint Christophe avait pris la place d'une chapelle St André mentionnée au XIVe. Elle existe toujours, mais est devenue un bien privé après quelques dernières vicissitudes. Elle fut vendue en bien national à la Révolution et rachetée par les principaux habitants du village réunis en syndicat pour en faire un temple. On sait que le pasteur Simon Lombard y a prêché en 1792, mais pour une raison indéterminée, le bâtiment sera privatisé et le propriétaire construira en 1812, la maison actuelle qui la masque entièrement. L'église est une construction simple d'environ 15m sur 6m de large, composée d'une abside en cul de four et d'une nef voutée. Un arc de voute en pierres joint les deux parties. Son ouverture orientée à l'ouest ne donne pas sur la voie publique, mais sur ce qui semble être la tour médiévale évoquée précédemment. Elle est aujourd'hui délabrée et menace ruine. Un clocher existait aussi.


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Tour de l'horloge









En tournant le dos à la Clastre, on voit au bas de la rue en pente donnant sur la grand’ rue, la tour d'une horloge. Ce monument a été édifié sous le mandat de Grasset maire et construit par l'architecte Chastanier, suivant un modèle que l'on retrouve dans plusieurs villages de l'Uzège, il date de 1891. Il porte un cadran d’horloge dont le mécanisme d'origine actionne une cloche encore en service, placée sur la plateforme supérieure dans une cage métallique pyramidale en fer forgé. La municipalité lui a rendu son cachet d'antan, par une réhabilitation réussie avec un crépi sable et un éclairage rasant qui lui assure une présence nocturne.
Cette construction témoigne de la prospérité relative du XIXe siècle, obtenue grâce à l'élevage du vers à soie.

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Rue principale et ancienne magnanerie







A cette époque le village s'agrandit le long de la grand’ rue et les maisons se rehaussent de vastes pièces qui sont des magnaneries. De petites fenêtres sans châssis et régulièrement espacées apportent la lumière et l'aération nécessaire à l'éducation des vers à soie. A proximité et un peu partout au bord des chemins les mûriers encore présents témoignent de l'importance de cette activité.
Le lavoir construit aussi dans cette période apporte pour la première fois un élément de confort. Pour cela, l'eau captée au lieu « des fontaines » est acheminée par une conduite à la fontaine du Lion dont la gueule de fonte crache le liquide dans un canal en pierre conduisant au lavoir et à une borne fontaine dans le village avant que la déviation de la route ne coupe ce dernier branchement. Il faudra encore attendre un siècle pour amener l'eau courante dans les maisons du village.

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Le lavoir alimenté par la fontaine du Lion






A l'ouest du village se dresse aussi une belle demeure avec son parc et une ferme attenante. On l'appelle le château et elle fut construite après 1850 par une famille aisée d'Uzès, originaire de Vallérargues, les Serre. Il faudra attendre 1907 pour inaugurer le nouveau temple de construction sobre et de forme rectangulaire de 10m sur 6m. Il prend le jour par 4 fenêtres en arc d'ogive hautes placées et la porte d'entrée est aussi ogivale. Au dessus on peut lire « L'évangile est la puissance de Dieu pour le salut de tout croyant ». A l'intérieur une plaque rappelle que le temple fut construit grâce à des dons particuliers et aux démarches du pasteur Arthur Lafont. Ce fut le premier temple bâti sous le régime de la séparation. Il appartient au Synode régional.

2007 Centenaire de la construction du temple
Le village actuel reflète l'évolution de la société. Il reste seulement 4 ou 5 familles d'agriculteurs et de nombreuses maisons anciennes se sont vendues à des étrangers qui apprécient le caractère de la région.

Le foyer et la mairie
Avec la proximité du bassin d'emploi des villes environnantes, une population jeune s'est aussi installée dans des villas neuves.
Cela contribue à donner une nouvelle dynamique dont témoignent les restaurations du patrimoine communal et les projets de mise en valeur à venir embelliront encore le village.

Texte et photos de Michel RAULET


(1) Composé ou formé de trois éléments

(2) Le patus désigne un ensemble de biens indivisibles, destinés à un usage commun.

(3) Barrémien - Hauterivien : deux étages géologiques des garrigues du Mont Bouquet, issus de sédiments calcaires déposés en bordure d'un océan qui couvrait la région vers 110 millions d'années.

(4) Droit dont le tenancier s'acquitte pour occuper une terre détenue en bail emphytéotique.

(5) Masure ou vieille maison servant parfois de remise. Quand il s'agit d'une maison en ruines, il est précisé "cazal en ruine".

(6) Le lieutenant de juge ou de justice. Adjoint du juge, qui le remplace le cas échéant dans ses fonctions.

(7) Droit accordé aux habitants de la paroisse de faire paître leurs animaux sur les communaux ou sur les parcelles en jachère ou sur les parcelles cultivées, une fois la moisson faite.

(8) Droit du seigneur de loger avec un certain nombre de chevaliers ou autres gens de sa suite dans les maisons du village de son domaine. Au XIIIème siècle, ce droit se changea en tribut ou cens annuel que payait le vassal à son seigneur et l'on disait payer l'albergue (ou alberge) pour 10, 20..etc chevaliers.

(9) Titre d'habilitation délivré et signé par l'évêque à son prieur. Le concile de Trente entériné par l'ordonnance de Blois et le décret de Melun a imposé que les postulants à un bénéfice ecclésiastique recevant le "Dignum", document signé par la cour du pape, passent un examen de capacité devant l'évêque qui après s'être assuré des qualités morales et compétences du postulant délivre un visa détaillant la conformité de la démarche et de son objet, c'est le " Format Dignum". C’est donc un document de capacité ou visa.


Commentaires : B. Malzac et M. Raulet