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18/04/2010

La statue du Priape d'Arpaillargues

Le programme de mai proposait de découvrir la faune, la flore et le bâti rural situés sur le "Sentier des Conques" récemment aménagé par la commune d’Arpaillargues. Cette balade était agrémentée par les commentaires de Philippe Tiébault et Annie Auberlet. Cerise sur le gâteau, nos guides emmenèrent le groupe en mairie pour voir les vitrines présentant des objets archéologiques et admirer la statue du dieu Priape, trouvés à Aureilhac.

Une capitelle sur le sentier des Conques.jpg




Une capitelle sur le sentier des Conques







La statue du dieu Priape
Cette statue en pierre calcaire a été trouvée en 1970 par M. Mercier sur ses terres, à Aureilhac, lors de travaux agricoles. Après la découverte du torse, des fouilles complémentaires par le Service régional d’Archéologie (Direction régionale des Affaires culturelles Languedoc-Roussillon) ont permis de retrouver d’autres fragments, à l’exception de la tête et du bras gauche.
M. Mercier a fait don de la statue à la commune d’Arpaillargues et Aureilhac en 2007.

Priape d'Arpaillargues chez son inventeur.jpg





Priape d'Arpaillargues chez son inventeur










La posture de la statue (tunique retroussée, laissant apparaître le sexe) ne laisse aucun doute quant à l’identité du personnage : il s’agit du dieu Priape. Le culte de Priape, venu d’Asie Mineure, s’était répandu dans tout l’empire romain. Fils de Bacchus, Priape était à l’origine le dieu des jardins, protecteur des récoltes ; les Romains l’associèrent plus directement à la fécondité et à la sexualité. Ici Priape utilise sa tunique relevée comme un tablier pour porter des fruits. Il est représenté de la même manière sur une statue retrouvée à Ephèse (actuellement en Turquie) et datée du IIe siècle après Jésus-Christ. La tête de la statue d’Aureilhac a disparu (elle était amovible, comme pour beaucoup de statues romaines) ; Priape était habituellement figuré comme un homme barbu.

Les statues monumentales de Priape sont relativement rares. On plaçait souvent son effigie, grossièrement taillée dans un tronc d’arbre, dans les jardins, les vignes et les vergers, pour favoriser les récoltes. Ces statues de bois n’ont pas été conservées mais il existe beaucoup de statuettes ou d’amulettes en bronze, plutôt destinées à protéger leur possesseur contre le mauvais sort.
Dans la région, on connaît peu d’autres statues de Priape. Il existe un torse (très abîmé) au musée de Beaucaire, et une statue au musée de Narbonne (trouvée à Roquefort-les-Corbières). Datée du IIIe siècle, elle représente le dieu vêtu d’une tunique, portant une corbeille de fruits et un bébé et tenant un deuxième enfant par la main.

Priape - Musée de Selçuk à Ephese - Turquie.jpg






Priape - Musée de Selçuk à Ephese - Turquie








Le Priape d’Aureilhac est donc une découverte exceptionnelle, qui s’ajoute aux nombreux vestiges archéologiques de la commune pour confirmer l’importance du site à l’époque romaine. On ignore quel était le contexte d’origine de la statue : installation en plein air dans les champs, dans un temple, ou associé à une villa ? aucun vestige de construction n’a été identifié dans le périmètre des fouilles réalisées.
La statue a été retrouvée cassée en nombreux fragments très dispersés, sa tête est restée introuvable. Cela laisse penser qu’elle ne s’est pas brisée par accident mais qu’on a volontairement voulu la détruire. D’après le Dr Drouot, cette destruction pourrait avoir été commise après la christianisation de l’Uzège : il fallait faire disparaître cette divinité païenne devenue scandaleuse aux yeux des chrétiens…

Explications devant le Priape.jpg

Explications devant le Priape

Bibliographie
- Gallia, 1973, tome 51, fascicule 2, p. 498
- E. Drouot : procès-verbal de la séance du 10 mai 1974
- Bulletin de l’Académie de Nîmes, 1974, pp. 73-75
- E. Drouot : « Une découverte archéologique inédite : le Priape d’Aureilhac (Gard) »
- Mémoires de l’Académie de Nîmes, 1977, VIIe série, tome LIX, pp. 213-226.
- M. Provost (dir.) - Carte archéologique de la Gaule, 1999, p. 164

Texte publié avec l'autorisation de Brigitte Chimier, Conservatrice du Musée d'Uzès

Une découverte archéologique inédite : Le Priape d’Arpaillargues (Gard)

« ...A première vue, le dit objet paraît se rapporter à un buste humain auquel manquent la tête et la majeure partie des membres. L'attention est tout de suite attirée par la figuration du sexe masculin, très apparent, et en érection, mais en partie brisé. Nous entreprenons alors un examen méthodique de ce qui nous paraît effectivement appartenir à une statue antique...


...Au sommet du buste, une excavation hémisphérique, à l'emplacement du cou, remplace la tête absente et que l'on n'a pas retrouvée pour l'instant. Notre confrère M. Lassalle devait d'ailleurs nous apprendre qu'il n'était pas rare d'observer des statues antiques dont la tête avait été rapportée après coup, ayant été peut-être commandée à un atelier spécialisé. C'est ainsi que des statues d'empereurs avaient pu, à moindres frais, recevoir les traits du nouveau césar lorsque le précédent avait disparu : sic transit gloria mundi... C'est en tout cas ce système d'une tête rapportée qui avait été adopté ici.
Continuons notre investigation par le vêtement du personnage. C'est une longue tunique. Elle est plissée et la marque des plis se traduit sur la face dorsale par une série de cannelures verticales de facture plutôt raide. Cette tunique comporte de courtes manches qui s'arrêtent au-dessus du coude, Ces manches sont fendues latéralement, découvrant les bras, mais la fente principale est divisée en plusieurs petites ouvertures fusiformes grâce à quelques boutons. Cette forme de manches fendues, devait encore nous expliquer M. Lassalle, semble dénoter une mode vestimentaire d'origine grecque ou orientale.
Sur la face antérieure, le personnage a relevé haut sa tunique, jusqu'au dessus de la ceinture, découvrant ainsi son organe génital, avec un volumineux pénis en érection mais en partie brisé. Tout ce qu'une pareille attitude comporte d'insolemment impudique se trouve cependant assez curieusement atténué par le fait que le sujet a voulu utiliser le repli de son vêtement pour en faire une sorte de corbeille où s'accumulent des objets aujourd'hui difficiles à identifier, sauf l'un, bien visible. qui a la forme et la dimension d'un fruit arrondi, prune ou petite pomme.
Enfin la statue mutilée, telle qu'elle apparaissait avant les recherches ultérieures, avait perdu ses membres inférieurs à la racine des cuisses, ainsi que ses avant-bras et ses mains... »

Par le Docteur Edouard DROUOT membre résidant Président
Extrait des Mémoires de l’Académie de Nîmes Tome LIX 1974

Le dieu Priape Fresque dans la villa des Vétii à Pompéi.jpg





Le dieu Priape Fresque dans la villa des Vétii à Pompéi








LE DIEU DES JARDINS
"...Jeunes gens, c'est moi, dont vous voyez l'image de chêne grossièrement façonnée par la serpe d'un villageois, c'est moi qui a fertilisé cet enclos, qui ai fait prospérer de plus en plus chaque année cette rustique chaumière, couverte de glaïeuls et de joncs entrelacés. Les maîtres de cette pauvre demeure, le père comme le fils, me rendent un culte assidu, me révèrent comme leur dieu tutélaire: l'un a soin d'arracher constamment les herbes épineuses qui voudraient envahir mon petit sanctuaire ; l'autre, m'apporte sans cesse d'abondantes offrandes: ses jeunes mains ornent mon image, tantôt d'une couronne émaillée de fleurs, prémices du printemps; tantôt d'épis naissants aux pointes verdoyantes; tantôt de brunes violettes, ou de pavots dorés, de courges d'un vert pâle, ou de pommes au suave parfum; tantôt de raisins que la pourpre colore sous le pampre qui leur sert d'abri. Parfois même (mais gardez-vous d'en parler) le sang d'un jeune bouc à la barbe naissante ou celui d'une chèvre ont rougi cet autel. Pour prix des honneurs qu'ils me rendent, je dois protéger les maîtres de cette enceinte, et leur vigne et leur petit jardin. Gardez-vous donc, jeunes garçons, d'y porter une main furtive. Près d'ici demeure un riche voisin, dont le Priape est négligent. C'est là qu'il faut vous adresser: suivez ce sentier; il vous y conduira..."


"...Redoute donc, passant, la divinité protectrice de ces lieux, et garde-toi d'y porter la main. Il y va de ton intérêt ; sinon, ton châtiment est prêt : ce phallus rustique te l'infligera. Par Pollux ! Dis-tu, de grand cour! Oui ; mais, par Pollux ! Voici venir le métayer : brandi par son bras vigoureux, ce phallus va, pour toi, se changer en massue..."

Textes extraits des Elégies de Catulle en l'honneur du dieu Priape communiqués par Philippe Thiébot

Voir le site : www.arpaillargues-aureilhac.fr/ et notamment le journal municipal n° 7 de Janvier 2008
Photos de Christiane Chabert, Philippe Tiébot, Bernard Malzac

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