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23/04/2012

HCU - Bulletin n° 122

bulletin, fève, moulin, Uzès, Bornègre, huile, olive, cabane, meule, patrimoine, danger, argile, réfractaire, Dhuoda

Sommaire :

- Le mot du Président : A propos de fèves.

- Cabane en pierre sèche remployant des meules de moulins à Montbazin (Hérault) par Christian Lassure  

- Un patrimoine d’Uzès en danger !  Deux monuments en danger : le pont roman sur les Seynes et le gibet sur le chemin de Justice

- Quelques notes sur l’exploitation des mines d’argile réfractaire à Saint Victor-des-Oules

- Compte rendu de la conférence de Colette Dumas sur Dhuoda

- Compte rendu sortie au Musée lapidaire d’Avignon

- Compte rendu de la visite au Moulin d’Uzès (huile d’olives) et à Bornègre


Adhésion à l'association :
- individuel : 13 €
- couple : 20 €

 

 

19/04/2010

La fouille d’un des sites voués à la taille des meules, celui de Roquesis

L'un de ces établissements ruraux liés à la taille de meules, celui de Roquésis, situé en bordure de la route départementale de Saint-Laurent la-Vernède, a fait l'objet d'une fouille programmée menée sur trois campagnes, avec l'aide d'une vingtaine d'étudiants en archéologie et de quelques personnes de l'association HCU (Nicole Jourdan ci-dessous)

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Fouille dans l'établissement romain de Roquesis






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Les ossements de boeufs sortis de l'espace creusé




Les objectifs
L'objectif de la fouille était, d'une part, de caractériser la nature d'un site abritant une activité artisanale particulière. D'autre part, nous voulions connaître l'époque où l'établissement entretient une relation avec l'exploitation de meules, en fonction de la datation des niveaux archéologiques contenant des éclats de taille de meules. Sur le site de la carrière antique en effet, l'absence de mobilier céramique retrouvé - celui-ci étant généralement utilisé comme élément de datation - ne permet pas de préciser directement l'époque de son exploitation. Cette absence constitue un cas fréquent relatif aux sites de meulières en général qui, n'étant pas des lieux d'habitat, ne comportent que peu ou pas de mobilier, si bien que leur datation est souvent rendue délicate en l'absence de source textuelle. Toutefois, nous avions étudié en parallèle un nombre important de collections de meules issues de la fouille de sites romains languedociens et provençaux. Les meules saint quentinoises retrouvées sur ces sites proviennent généralement de contexte de la fin de l'époque romaine, ceci fournissant un premier élément pour dater cette production.

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Présence d'un radier en croix dans l'une des pièces de l'établissement







Une probable villa
La fouille du site de Roquésis a également permis de caractériser son statut. La découverte, en position remaniée, de quelques éléments de confort liés à l'existence d'une partie résidentielle (fût de colonne, tesselles de mosaïque, éléments liés à l'existence d'un balnéaire), ainsi que la présence d'un plan très rationnel dont la superficie, autour de 3000 m2, avoisine celle des villae régionales de taille moyenne, invite à envisager la présence d'une villa. Plus généralement en Languedoc, il semble que ce soient de grands établissements ruraux qui, durant l'époque romaine, ont pu être à l'origine de l'exploitation de meulières, comme l'illustrent également les fouilles qui ont été réalisées sur l'emprise d'un établissement antique situé au sein même de la meulière d'Agde, ou encore la découverte récente d'ébauches de meules lors de la fouille en cours, par Stéphane Mauné, d'une villa dans la moyenne vallée de l'Hérault. La partie résidentielle du site de Roquésis n'a pu en revanche être retrouvée. Elle semble devoir se trouver sous l'emprise d'une bergerie en ruine d'époque moderne située en bordure de l'espace fouillé.

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Plan général de l'établissement romain de Roquésis à Saint Quentin la Poterie









Les différents temps dans l'occupation du site
La fouille du site de Roquésis a été étendue sur une superficie importante d'environ 3000 m2. Plusieurs phases d'occupation ont ainsi pu être distinguées. La première concerne une série de fosses, de fossés et de canalisations en pierres, sans que la zone d'habitat liée à cette première occupation ne soit directement connue. Dans le comblement de ces différentes structures en creux, qui sont datées de l'époque augustéenne, aucun éclat de taille de meules issu de l'exploitation du massif de pierre meulière n'a été reconnu. Plusieurs fragments de meules en basalte ont en revanche été découverts. Ils témoignent d'une époque où les meules proviennent de la meulière d'Agde, dans la vallée de l'Hérault, ce centre de production ayant eu une situation de premier plan dans la diffusion des meules aux Ier et IIe s. av. J.-C. en Languedoc et en Provence occidentale.

Entre la seconde moitié du Ier s. ap. J.-C. et le courant du IIe s. ap. J.-C., est construit, sur le site de Roquésis, un établissement important d'une superficie d'environ 3000 m2 et dont le plan, très rationnel, évoque l'existence d'une seule phase principale d'édification. Des corps de bâtiments s'agencent autour d'une cour, qui fait face, à l'ouest, à une autre cour secondaire de dimensions plus importantes. Différents niveaux archéologiques dont la datation s'étend entre le IIe et le IVe s. ap. J.-C., et qui sont liés à l'occupation de cet établissement, contiennent des éclats de taille de meules. Ces derniers témoignent alors de l'émergence d'une activité meulière dans le secteur de Saint-Quentin-la-Poterie. Il est intéressant de constater que ces artefacts ne proviennent pas du gisement de type A, pour lequel nous avons pu identifier de nombreux vestiges d'une meulière antique, mais d'un autre gisement de texture plus grossière situé également au sein du massif de pierre meulière. L'exploitation de ce dernier gisement a certainement dû être limitée, seules deux meules d'époque romaine confectionnées dans ce matériau ayant pour l'instant été retrouvées sur des sites de consommation.

La dernière phase d'occupation du site de Roquésis, avant son abandon définitif, est bien datée par du mobilier céramique significatif et relativement abondant. Située entre 370 et 420 ap. J.-C., elle correspond à l'époque où apparaissent, dans le comblement d'un ensemble de structures en creux, des éclats de taille et des ébauches de meules issus, cette fois-ci, du gisement de type A. C'est donc dès la fin du IVe s. que se met en place, dans le secteur de Saint-Quentin-la-Poterie, une production meulière d'envergure régionale, qui succède à une production antérieure, de diffusion plus locale. Il n'est pas en revanche évident de déterminer quel est le devenir de l'activité meulière à Saint-Quentin après l'abandon du site de Roquésis, dans le courant de la première moitié du Ve s. ap. J.-C. Toutefois, dès la seconde moitié du VIe s. ap. J.-C., apparaissent sur les sites de consommation régionaux des meules plates de typologie médiévale, qui diffèrent des meules à face de mouture conique de tradition antique produites à Saint-Quentin-la-Poterie. Il semble donc que dès cette période, au moins, il n'y ait plus eu de production de meules à Saint-Quentin-la-Poterie, et ce n'est qu'à partir de l'An Mil que des meulières seront de nouveau exploitées dans ce secteur.

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Sépulture monumentalisée de la fin de l'Antiquité






Un espace funéraire de la fin de l'Antiquité
Au centre d'une cour secondaire a également été découvert cet été sur le site de Roquésis un espace funéraire de la fin de l'époque romaine particulièrement intéressant. Une sépulture monumentalisée marque le centre de cet espace. Elle est constituée de quatre murs délimitant une chambre funéraire dont le sol est fait d'un béton de tuileau. Cette chambre était recouverte par deux dalles monolithiques, au moins. Autour de cette sépulture monumentalisée ont été retrouvées des sépultures plus modestes, dont deux sépultures doubles contenant des inhumations d'adultes et trois sépultures de nouveaux nés, dont deux enterrés dans des amphores. La sépulture monumentalisée était destinée à recevoir la dépouille d'un personnage important, le maître du domaine suppose-t-on, autour duquel auraient été enterrés les membres de sa famille.

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L'espace funéraire sur le site de Roquésis








Conclusion
Ces cinq années de recherche sur la commune de Saint-Quentin-la-Poterie ont permis de mettre en évidence un site de carrière de meules d'époque romaine exceptionnel par son état de conservation et qui constitue certainement un site majeur du patrimoine de l'Uzège. L'étude de la carrière témoigne de l'existence d'une activité artisanale très organisée au sein de ce site. Plus généralement en France, il faudra attendre la fin du Moyen-Âge ou le début de l'époque moderne pour retrouver de grandes meulières organisées de manière rationnelle à l'instar de celles attestées pour l'époque romaine. Alors qu'il y a encore quelques années seulement, l'existence d'une activité meulière d'époque romaine à Saint-Quentin-la-Poterie n'était pas connue, aujourd'hui son importance est bien attestée, des meules antiques issues de ce centre de production ayant été retrouvées jusque dans les garrigues montpelliéraines, ainsi qu'en Provence, par exemple lors de fouilles récentes menées dans le Rhône, aux abords de la cité romaine d'Arles.

Texte et photos de Samuel LONGEPIERRE publiés dans le bulletin n° 110 d'Histoire et Civilisation de l'Uzège.

Les carrières de meules de Cantadur à Saint Quentin la Poterie

Samuel Longepierre est présent au sein de l’association H.C.U depuis sa prime jeunesse.

Il a fait connaissance avec l’archéologie en suivant Albert Ratz sur les différents et nombreux chantiers de fouilles de sauvegarde dont celui-ci était chargé de rendre compte à la DRAC Languedoc-Roussillon.

Il a découvert, avec lui, les belles carrières romaines de Cantadur, sur les hauteurs de Saint-Quentin-La-Poterie.

C’est donc tout naturellement qu’il s’est tourné vers ce gisement encore inexploré pour en faire sa thèse de doctorat en archéologie.

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Samuel Longepierre au cœur de la carrière de Cantadur







Les carrières de Cantadur à Saint Quentin la Poterie
Cet été s’est achevée la dernière campagne de fouille d’un projet débuté dès l’année 2004 et qui concerne la production de meules à grains d’époque romaine sur la commune de Saint-Quentin-la-Poterie. Nous proposons ici une synthèse des principaux résultats obtenus à l’issue de ce projet qui a été réalisé dans le cadre de l’association HCU.

Il est très fréquent de retrouver des fragments de meules lors de prospections pédestres menées en surface de sites antiques, ces objets, nécessaires à la fabrication de la farine, étant d’un usage très courant aux périodes anciennes. Il y a encore quelques années seulement, seuls trois centres de production de ces meules étaient connus pour l’époque romaine dans le Sud-Est de la France. Il s’agit de la meulière d’Agde dans la vallée de l’Hérault, et pour la Provence, de celle de l’arrière pays toulonnais et de celle du massif de l’Estérel au nord de Fréjus. La découverte récente d’une grande meulière d’époque romaine à Saint-Quentin-la-Poterie permet désormais de compléter la carte de répartition des meulières antiques recensées en Languedoc et en Provence.

Le village de Saint-Quentin-la-Poterie est situé au centre d’un bassin sédimentaire délimité au nord par une chaîne de massifs calcaires du Jurassique. Parmi ces collines se situe, et de manière très localisée sur une quarantaine d’hectares seulement, un massif de conglomérat et de grès d’époque Miocène affleurant aux alentours de la Tour de Cantadur. A la fois résistant et abrasif, le matériau particulier présent au sein de ce massif possède ainsi toutes les caractéristiques recherchées dans l’obtention d’une pierre meulière de qualité. Cette formation a été exploitée, de l’époque romaine au XIXe siècle, dans différentes carrières de meules. Loin d’être homogène, elle associe trois principaux gisements, chacun étant caractérisé par une texture de matériau spécifique. Le matériau le plus fin, issu du gisement de type A, n’a été exploité que durant l’Antiquité. En témoigne encore la présence de très importants vestiges d’une carrière de meules romaine qui a eu la chance de ne pas être détruite par les exploitations postérieures. Souvent en effet, les sites de meulières d’époque moderne, nombreux dans notre région, ont fait disparaître les traces d’exploitations plus anciennes.

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Exemple d’extraction des meules en tubes dans la meulière romaine






Lors de notre première visite sur le site en 2004, nous n’étions pas certains de l’origine romaine de la carrière évoquée. Après cinq années de recherche sur la thématique des meules menées en collaboration avec des géologues et des archéologues, l’attribution de ces vestiges à cette période est désormais avérée. Le déboisement par la commune de Saint-Quentin, il y a près de deux ans maintenant, du site de la meulière romaine, auparavant impénétrable, nous a permis d’apprécier la qualité des vestiges conservés, tant ils sont évocateurs de l’activité artisanale originale qui s’est déroulée en ce lieu.

En l’absence de plan réalisé pour les autres meulières romaines connues dans le Sud-Est de la France, ce plan présente un intérêt majeur. Il permet de mieux comprendre l’organisation de l’activité au sein de la carrière. La répartition des fronts de taille semble en effet indiquer l’existence d’une division parcellaire de la carrière en quatre concessions, trois étant de même taille et une quatrième faisant une fois et demie, précisément, la largeur des précédentes. Dans cette hypothèse, ces concessions auraient été attribuées à des exploitants différents, ces derniers résidant au sein d’établissements ruraux situés au pied de la meulière. Mentionnons que ce type de division parcellaire est bien attesté parmi la meulière romaine de Mayen, en Allemagne.

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Ebauche de meule manuelle abandonnée en cours d’extraction dans la meulière romaine









Des ateliers de taille situés au pied de la meulière
Une prospection pédestre menée de manière quasi systématique dans les champs situés au pied du massif de pierre meulière a permis de recenser une quinzaine d’établissements ruraux d’époque romaine. Sur quatre d’entre eux, de nombreux éclats de taille de meules, ainsi qu’une cinquantaine d’ébauches de meules manuelles ont été observés. Ces différents artefacts proviennent tous du gisement de type A exploité par la meulière antique précédemment évoquée. D’autre part, les ébauches de meules retrouvées sur ces sites ruraux sont à tous les stades de fabrication et contrastent ainsi avec celles, situées sur la meulière antique, qui sont brutes d’extraction, ou seulement sommairement dégrossies. Ces observations ont ainsi permis d’envisager l’existence d’ateliers de taille répartis au sein d’établissements ruraux antiques voués, parmi d’autres activités, au dégrossissage et à la finition de meules préalablement extraites dans un même site d’extraction.

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Etablissements ruraux du Bas-Empire recensés au pied des meulières, dont 4 liés à la production de meules


Texte et photos de Samuel LONGEPIERRE publiés dans le bulletin n° 110 d'Histoire et Civilisation de l'Uzège.