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03/11/2010

La Rouvière:le village et son terroir :

Sous la conduite de Claude Philip et de Jean-Gabriel Pieters, co-auteurs du livre « Un village du Gard : Gens et Paysages » qui vient de paraître (1), les adhérents d’HCU ont découvert l’univers historique du village de la Rouvière.

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Le village et son terroir : La Rouvière

La partie ancienne du village, château et centre historique, est édifiée sur un éperon rocheux (105m.). Le reste du terroir, tout en longueur, est constitué d’une part, par les collines, autrefois vouées à l’élevage et à la vigne et, d’autre part, par une grande plaine marneuse (un lac au néolithique), autrefois en nature de céréales. La vigne structure le paysage d’aujourd’hui.
J.G. Pieters précise que deux anciennes voies gallo-romaines se situaient à proximité du terroir. L’une, la voie de plaine, route des Arvernes menant en Gergovie, ou chemin Regordan (la D 106)
Et l’autre, la route des Gabales, ou chemin des crêtes, entre Nîmes et Lédignan. Elles ont permis à la tribu des Volques Arécomiques de notre région, de se relier aux autres tribus celtes.Un oppidum est attesté à la Rouvière, occupé au néolithique, il fut abandonné vers le Ve siècle avant J.C. Un cami de la saou, route du sel, passait aussi près de Gajan. (Relire: les chemins à travers les âges de P.A. Clément)
Enfin, de nombreuses traces d’occupations gallo-romaines sont attestées dans tout le territoire, comme très souvent dans notre région,( toutes les données archéologiques figurent dans la carte archéologique de la Gaule, Paris, 1999 )

La Rouvière inscription.JPG

Pierre encastrée dans le mur de la mairie, trouvée à La Rouvière : "Domitia, fille de Licinus a, de ses deniers, élevé ce tombeau; Lucia, sa petite fille, Tertula, sa belle-fille.."

La Rouvière en Malgloirès faisait partie de la viguerie et du diocèse d’Uzès.
Ecclesia sancti-Martini de la Roveria est son premier nom connu (1108 cartulaire N.D. de Nîmes.) Le prieuré de St-Martin de la Rouvière était uni au chapitre de Nîmes.

La Rouvière au temps des Comtes de Toulouse.

Les seigneurs de la grande Maison Anduze-Sauve devinrent vassaux des Comtes de Toulouse:
Quand ceux-ci bâtirent leur supériorité féodale sur les puissances moindres de la Gardonnenque (J.G. Pieters dans N° 149 du lien des chercheurs cévenols).
On trouve Bermond de Sauve, seigneur de La Rouvière en 1237... Bertrand de Sauve, de 1391 à 1426 et son fils Jacques de Deaux de 1437 à 1439. La seigneurie de La Rouvière passe entièrement, par succession, dans la famille de Montlaur de Murles au cours des années 1470.
Pierre encastrée dans le mur de la mairie, trouvée à La Rouvière : Domitia, fille de Licinus a, de ses deniers, élevé ce tombeau; Lucia, sa petite fille, Tertula, sa belle-fille.. Cette pierre atteste de l’existence de villas romaines dans le village.
En 1555, le quatrième Jean de Montlaur (mineur de 23 ans) est contraint de vendre aux enchères sa seigneurie de La Rouvière, ainsi que la tour ruinée et coseigneurie de Gajan, pour pouvoir payer les dots de ses 8 sœurs.
L’acquéreur (au prix de 4400 livres) est Robert Le Blanc, juge royal de Nîmes et syndic de la province de Languedoc. Il est chevalier (armé chevalier sur le champ de bataille en 1559) seigneur de La Rouvière et de Fourniguet (vers St Gilles.)
Dès 1562, l’implication de Robert Le Blanc, protestant, dans les conflits religieux de l’époque, lui fait perdre son office de syndic(1564). Pour sa participation à la Michelade (1567), il est destitué de sa charge de juge royal et condamné à mort par contumace. Il trouve refuge dans ses terres de La Rouvière. Il est actif au sein de la religion prétendue réformée.
Il finit ses jours en 1578.
Pierre Le Blanc, son fils et successeur, protestant, aura 9 enfants. Il meurt le 1er octobre 1599 à 36 ans étant premier consul de Nîmes en charge. Guidés par J.G.Pieters., nous avons pu voir une partie de sa pierre tombale dans la cour du château.
Son petit fils Pierre rachète en 1662, une partie de la coseigneurie de Gajan qui était sortie de la famille en 1589.
Ce sont les Leblanc: Pierre au XVIe siècle (1584) puis autre Pierre au XVIIe (1655 à 1678) qui apportèrent des modifications importantes au château féodal, presque du tout ruyné en 1555, de surcroît bombardé en 1575. Ils achevèrent de le transformer en une élégante demeure Renaissance avec ses toits de tuiles en écailles vernissées et ses merveilleux jardins.
Lors de la visite du château, J.G.Pieters, nous montra d’abord, vue de la place du village, la façade Nord de l’édifice. On y remarque deux fenêtres à meneaux (datant des travaux de1584) dont une greffée sur la grosse tour rabaissée, probablement décapitée lors de la prise d’assaut qu’effectua le duc d’Uzès en 1575.

La Rouvière Château 1.JPG




Façade Nord








Nous longeons la façade, du côté de l’est, pourvue de mâchicoulis à arcades et où s’ouvrait, jusqu’au milieu du XVIIe siècle, une poterne munie d’une herse, par laquelle on accédait à la cour intérieure. Après nous être attardés sur la plate-forme du château (panorama dans la direction de l’Uzège et de la garrigue nîmoise), nous traversons la basse-cour puis franchissons une splendide porte armoriée donnant sur une charmante cour intérieure pourvue d’un puits à la fine ferronnerie. Elle est entourée de pavillons remodelés dans le style Renaissance avec attique; s’y trouve aussi un grand escalier à balustres édifié en 1655 à l’emplacement de la poterne (que nous n’avons pu apercevoir en raison du morcellement de propriété effectué en 1806, ses arcades sur la cour ayant dû être murées.)

Invités à traverser les pièces habitées du rez-de-chaussée pour descendre au jardin, nous nous retrouvons sous un bouquet d’immenses lauriers dominant une grande plaine dégagée (panorama dans la direction du mas le Comte - celui de Jacques de Crussol d’Uzès – et de Gajan qui fit partie jusqu’en 1223 du même fief.). Au loin, sur le puech de toutes aures émerge la petite tour sans ailes du moulin d’aouro, édifié en 1680 sur ordre du seigneur Pierre Le Blanc.
En nous retournant, nous admirons la grande tour et sa fente de tir, ainsi que la façade du corps de logis ouest, pourvue, elle aussi, de mâchicoulis à arcades. Le maître de céans nous indique qu’il reste intimement persuadé que cela se rattache au système de défense de l’architecture religieuse et à la tradition cistercienne. Il évoque aussi cette galerie couverte (ou chemin de ronde) édifiée en 1584 : « afin que l’on puisse fere tout le tour du château sans passer sur les couvertz et sans gaster les thuilles ».
Faute de documents, il est difficile ,aujourd’hui ,de cerner toutes ces transformations -y compris l’arasement des tours et la disparition des merlons pendant la Révolution– et bien d’autres aménagements au niveau des pièces habitables.
Notre hôte y a réfléchi un temps infini, faisant moultes recherches et dressant des plans pour mieux fixer la structure du château à chaque époque.
Il fait remarquer, à juste titre, que les plus récents occupants ont su respecter le caractère des lieux, en dépit des difficultés à vivre dans ces espaces difficiles à chauffer, mais d’une si prégnante beauté.
La Rouvière Château 2.jpg




Façade Ouest







Enfin, Jean-Gabriel Pieters nous rappelle que les années 1660 virent, ici, la création de jardins d’agréments dont la beauté ne cède en rien à celle de plusieurs jardins nîmois dont la mémoire nous est plus amplement conservée. Il fait remarquer que de tels jardins, créés sans intention économique, ont une fonction sociale: l’on s’y rencontre et l’on s’y promène en admirant les lieux.
Il semble que la plupart des anciens châteaux de notre région, remaniés à la Renaissance, ont eu, comme ici, leurs superbes jardins: Ils sont attestés à Arpaillargues. A Bourdic, le petit fils du fermier du dernier habitant du château, a conservé un exemplaire très ancien de l’Agriculture et La Maison Rustique de MM Charles Estienne et Jean Liebault (Paris 1586) dédié à : Monseigneur le Duc d’Uzès, Pair de France, Comte de Crussol, Seigneur d’Assier et de Soyon.

La dernière descendante des Seigneurs-bâtisseurs le Blanc dût vendre la Seigneurie en 1738 à cause de la prodigalité de son époux, le marquis François Annibal de Rochemore.
André Chambon, d’une famille originaire du Vivarais et possessionnée à St-Ambroix succéda aux Seigneurs Le Blanc. Ce sont, encore aujourd’hui, les descendants de cette famille qui détiennent le château, partagé en trois portions.
En 1766, Pierre Chambon décide de la replantation du parterre en arbres fruitiers. Dans le livre sur La Rouvière et grâce aux nombreuses archives à sa disposition, J.G.Pieters consacre plusieurs pages à la description exhaustive des nouveaux jardins du château, créés en respectant scrupuleusement les préceptes exposés dans la nouvelle Maison rustique. (Paris 5e édition ,1743).


L’Eglise.

L’ancienne église: Ecclésia Sancti- Martini, ruinée au début des guerres de Religion, avait disparue ainsi que la maison claustrale et le cimetière: usurpé par les protestants, on ne savait plus où tout cela se trouvait.
Celle que nous visitons est une nouvelle construction dont la première chapelle date de 1657, construite sur un terrain proposé par Pierre le Blanc.
La nouvelle église subit de très nombreuses restaurations au cours des siècles suivants.
La nature, toujours instable du sol du village fut officiellement établie en 1711 lors d’une expertise: Un terrain fort mauvais suject a estre remoly par les pluies. L’église a continuellement des problèmes dont : les murs du pourtour n’estoit fondé que environ deux pans (50cm) dans terre.

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Cette cuve baptismale, aujourd’hui dans une chapelle de l’église, remonterait au XIe siècle. Elle fut découverte retournée sur l’embouchure du puits du jardin du presbytère lors de la démolition de celui-ci en 1994. S’y trouvent gravées: La Croix du Languedoc_ Les arches sous lesquelles passe le peuple-La figure du lion, qui représente la force de Dieu le Père-et la croix latine de Jésus-Christ notre Sauveur.


Le Temple.

Il en est de même du temple. Ceux de « la Religion prétendue réformée » achetèrent, en 1652, une maison pour en faire un temple: 3, rue actuelle du château d’eau. Il est démoli en 1663 figurant dans la liste des 89 temples ordonnés d’être démolis par arrêt du Conseil d’Etat du 5 octobre 1663.

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Le nouveau temple actuel verra difficilement le jour, vers 1862, faute de subsides.
Il subira de nombreuses et importantes restaurations étant construit sur un terrain marneux instable, comme l’église.
Bien restauré aujourd’hui, il se présente dans sa simplicité avec une belle chaire en son centre.
Le livre sur La Rouvière donne de nombreuses indications sur les problèmes de religion. Claude Philip nous explique que ce village, mi-catholique mi-protestant, sut, cependant, vivre en bonne intelligence.
C’est une des raisons de sa formule : Un village de passion où la raison l’emporte.

La Grande Tour Bermonde du Château de La Rouvière

Avec l’aimable autorisation de Jean-Gabriel Pieters : extrait d’un article de la revue « Le Lien des Chercheurs Cévenols »(2)

H.C.U a déjà fait connaissance avec ces tours massives du XIIe siècle, en visitant Moussac, Boucoiran, et Brignon.
P.A. Clément en a fait une étude pointue dans le lien des chercheurs où un inventaire se poursuit.
Leur nom de tour Bermonde, comme le rappelle J.G. Pieters, leur a été donné, en référence à ces nombreux Seigneurs de Bermond, que nous avons rencontrés à La Rouvière.

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Plan et coupe de la grande tour fournis par Jean Gabriel Pieters

Leur fonction d’abri pour les populations est bien attestée par les textes et par l’architecture; de même, leur fonction de guet et de tour-signaux. Elles sont caractérisées par d’étroites fentes de tir, toutes leurs pièces voutées en pierre, dont celle du rez-de chaussée, obscure, ne présente aucune ouverture, le passage se faisant plus haut,
Concernant la construction de La Rouvière, J.G. Pieters a fait une curieuse découverte. Il a observé qu’elle est en décalage par rapport aux bâtiments préexistants du château. Elle semble avoir été insérée dans le mur de la façade Nord-Ouest. Elle s’élève à 12 m 75 ayant été tronquée et se termine aujourd’hui par une terrasse.

Texte et photos de Christiane Chabert
Photos : La Rouvière en 1908 Collection particulière - Le Temple, photo extraite du livre sur la Rouvière.


(1) Claude Philip est natif du lieu : il nous révèle, avec tendresse, l’existence de Léa, sa maman à la mémoire intacte, âgée de 102 ans.
Etant adolescent, il reçut la mission de terminer et compléter, plus tard, le premier manuscrit sur La Rouvière, écrit et illustré par Franck Gébelin, historien passionné par son village, et disparu en 1975.
Pour continuer l’œuvre, il s’entoura de précieux collaborateurs:
Son cousin, Jean-Marie Rosenstein travailla, lors de ses séjours dans le Gard, sur l’ouvrage ancien.
Jean-Gabriel Pieters, cousin de F. Gébelin, lui-même historien régional bien connu en Uzège par ses nombreuses publications dans les revues historiques et, notamment, dans le remarquable bulletin du Lien des Chercheurs Cévenols, mis à disposition un abondant travail de recherches sur le Château de La Rouvière et son environnement, propriété de sa famille. Enfin Raymond Achilli, réalisateur de cinéma résidant à La Rouvière, fit des photos du village.

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Cet ouvrage est disponible (24 €) à La Rouvière chez :

Maryse Salles, 23 rue Jean Moulin - Tél : 04 66 63 17 43
à Saint-Géniès-de-Malgoirès
ou
Georgette Roussel, 5 route de Nîmes - Tél : 04 66 81 67 88
par commande (+ 5 € de frais de port)
ou
Claude Philip, 2 rue de la Mairie - 30190 La Rouvière
Tél : 06 83 55 66 84 - claude.philip268@orange.fr

(2) Le lien des Chercheurs Cévenols

19/04/2010

Vallérargues, un village de l'Uzége

Histoire et visite de Vallérargues.

Par sa taille et la modestie de son architecture, le village de Vallérargues n'attire pas l'attention au premier abord. Il apparaît comme un village pauvre au cœur de garrigues, soumis à un climat contrasté où les rigueurs de l’hiver suivent une forte sécheresse estivale que renforce l'effet du mistral. Pourtant, c'est dans ce milieu ingrat qu'une communauté rurale a pu se maintenir au cours des siècles et se construire un cadre de vie, tel que nous pouvons le découvrir aujourd'hui.

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Le coeur du village et la Clastre







Pour évoquer l’histoire de Vallérargues et la confronter avec les signes que nous livrent ses rues et ses vielles pierres, il faut le recours des archives communales et notariales, tant des pans de son histoire sont aujourd'hui tombés dans l'oubli.

L'occupation humaine est certainement ancienne et des indices d'un enclos fortifié existent sur un éperon à l'ouest du village. Le bois des Oules éveille l'imagination populaire de trésors enfouis dans des jarres. Des fragments de tégulae jonchent le sol en de nombreux endroits et semblent indiquer un défrichement important de cette vallée entièrement enclavée dans un écrin de garrigues, dés la période gallo-romaine. Le modèle économique mis en place alors est un système ternaire (1) associant les ressources naturelles du terroir : l'ager, le sylvus, le patus (2). Ce modèle de production où l'agriculture et l'élevage du mouton se complètent avec l'exploitation des bois, restera en vigueur jusqu'au début de ce siècle.

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La plaine de Vallérargues dominée par le Mont Bouquet






Le terroir de la commune de Vallérargues occupe une superficie de 1247 ha, constitué de deux tiers de garrigues et d'un tiers de champs situés dans une vallée incisée dans les marnes du barrémien inférieur (3), allongée d'est en ouest. Cette vallée est formée par la réunion de deux bassins hydrographiques, l'Aiguillon à l'ouest qui rejoint Lussan à travers une gorge et le ruisseau de Vals qui se dirige à l'est vers Audabiac et Verfeuil. Ces ruisseaux sont temporaires et la seule source pérenne, au lieu dit des Fontaines au sud du village, ne sera captée pour le village qu'au 19è siècle.
Le village lui-même est situé sur une barre rocheuse saillante au milieu des marnes, lui donnant une position légèrement surélevée.
Les marnes sont des sols ingrats qui ont la propriété de former des marécages lors des pluies, et de durcir comme la pierre sous l'ardeur du soleil. Obtenir des récoltes a représenté un dur combat mené à la force des bras avec le seul appui de l'araire et d'une paire de bœuf. Au mieux le cultivateur pouvait retirer trois grains pour un grain semé, dans un champ amendé par le pacage des troupeaux dans les chaumes. Le blé tozelle, l'avoine et l'orge étaient les principales céréales semées. La vigne et le chanvre avaient aussi leur place et l'olivier trop gélif n'a jamais été cultivé.
De l'existence de cette vallée, pourrait-on voir l'origine du toponyme de Vallérargues que l'historien d'Albiousse fait dériver de « Vallius Ager » nom d'une famille prétorienne romaine, les Vallius.
Notons seulement que les premiers documents médiévaux parlent de Planis de Valeranicis puis de Valle Ayranica, ce qui pourrait évoquer à la fois une topographie : une vallée, et éventuellement un trait climatique : un vent puissant. Mais cette suggestion va à l'encontre de l'explication admise des toponymes en « argue ». Ces premiers documents écrits sont des reconnaissances de fiefs par des vassaux du seigneur Evêque d'Uzès. L'une d'elle, datée de 1375, est rédigée par le notaire de Raymond de Barjac en son château de Vallérargues dans la maison des Draussini (les Daroussin, seront des agriculteurs jusqu'au siècle dernier et l'on suit leurs ancêtres jusqu'en 1308 grâce aux reconnaissances féodales qui fixaient le montant des redevances des terres). Ce Daroussin, comme les autres agriculteurs du fief, exploitait en acapte (4) les terres du seigneur et de même que le seigneur devait se reconnaître comme vassal, les tenants des terres devaient reconnaître devant notaire l'origine du bien qu'ils exploitaient en bail emphytéotique soumis à des droits, à chaque succession ou vente de biens. Les notaires ayant besoin de rédiger leurs actes devant témoins même illettrés, la présence d'un habitant du village est logique.
Ce document soulève une question : a t'il existé ici un château, et si oui pourquoi le notaire écrit chez un particulier ? Si Hugues de Laudun, seigneur de Montfaucon, reconnaît encore le château de Vallérargues en 1462, nous n'entendons plus parler de celui-ci par la suite. Ajoutons que ce n'est qu'une possession parmi des dizaines d'autres et on peut imaginer que ce seigneur n'y a guère mis les pieds, comme probablement les autres seigneurs de Vallérargues par la suite. La visite de terrain nous apporte t'elle un renseignement ? Lorsque l'on visite le village, on finit par butter sur le point haut du village, au lieu dit la Clastre, c'est à dire la maison ecclésiastique. Or ce point haut semble avoir réuni les deux fonctions seigneuriales et ecclésiastiques.

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La Clastre, traces d'un ancien château ?









La maison construite en 1812 sur cet emplacement, s'appuie sur un mur ouest, dont la base paraît être un appareil soigneux en moellons bien jointés. Plus curieux encore, un demi arc de voute cintré est visible à 4 ou 5 mètres du sol. Il pourrait s'agir là d'un pan de mur d'une ancienne tour féodale. L'existence d'un puits derrière ce mur serait un indice en faveur d'un lieu retranché.
On sait que les occasions de détruire les châteaux n'ont pas manqué au XIV et XVe siècles, où ont sévis tour à tour les Tuchins puis les Routiers, mais de son existence, le village ancien aurait hérité son plan d'urbanisation primitif.
Adossées au pied de cette tour, les maisons se sont construites au midi, autour d'une rue principale en arc de cercle nommée aujourd'hui la rue Tordue et la rue de l'Arc du Four. Cet aspect défensif est bien visible sur les façades aveugles côté nord du village, formant comme une muraille.

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Rue tordue








Dans la partie sud, les maisons donnant sur cette rue devaient présenter le même aspect, mais depuis longtemps le village s'était agrandi d'une nouvelle rangée de maisons donnant sur la grand’ rue actuelle. Malgré ce, il était encore possible au XVIIIe siècle de contrôler complètement l'accès du village, au moyen de deux portes en bois placées aux extrémités de la rue, l'une au levant devant le cabaret du village, l'autre sur la placette qui formait l'entrée nord du village et qui a conservé le nom de l'époque « En Place ». ce dispositif était activé, en période d'insécurité lors des guerres de Rohan et chaque fois qu'une épidémie de peste sévissait. Le village était alors en quarantaine et personne ne pouvait sortir ou entrer, ce fut encore le cas en 1721 et 1722.

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En Place : entrée Nord du village







Le parcours de cette première rue étroite, la rue principale de l'époque, nous renseigne sur le type d'habitat utilisé. Les maisons sont construites sur une base de 4 à 5 cannes (16 à 20 m2) occupée par une cave voûtée, construite en voûte simple, ou en double voûte appuyée sur 4 piliers d'angles, l'intersection formant des arêtes croisées. Le dessus de la voûte est surmonté par un étage et un grenier. En général, les maisons ont aussi une petite cour comprenant cazal (5) et autres bâtiments agricoles. L'étage, joint par un escalier extérieur est parfois agrémenté d'une galerie extérieure surmontée d'un auvent. Cette description se retrouve dans le compoix de 1591, le seul document détaillé du village de l'ancien régime, qui révèle qu'il occupait déjà le même espace qu'aujourd'hui à l'exception des maisons au sud de la grand’ rue actuelle. La population était alors composée de 94 familles. En général les caves de ces maisons ont résisté au temps car les parements sont épais. Par contre, les murs extérieurs utilisent de gros moellons naturels arrondis d'une pierre marneuse bleutée d'origine locale (calcaire hauterivien et barrémien inférieur) qui résistent très mal au gel et au temps. Joints avec une chaux de mauvaise qualité, les murs se déforment et s'écroulent facilement. Aussi les façades actuelles sont au mieux des reconstructions du XVIIIe siècle. Ces maisons étaient adaptées au mode vie de l'époque. Il fallait loger la famille à l'étage, héberger les animaux, ce qui signifie 35 paires de bœufs ou de chevaux pour le village, un cochon par famille, quelques chèvres, des centaines de moutons et sans doute une basse-cour.

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Rez de chaussée voûté avec cuisine et cheminée






Pour faire cohabiter cette population, il fallait une organisation communale solide et c' était le rôle du Conseil général qui regroupait les principaux habitants et élisait annuellement deux consuls modernes pour les représenter, assistés de conseillers qui comprenaient les consuls vieux de l'année précédente. Ces consuls devaient prêter serment au représentant du seigneur, le lieutenant de juge (6). Cette fonction a été assurée par la même famille Grasset qui apparaît au compoix de 1591 jusqu'à la Révolution française et qui continuera à exercer des fonctions communales jusqu'au XXe siècle. Les consuls avaient la lourde tâche de répartir l'impôt, de faire les appels d'offre pour la levée de cet impôt, de présenter les comptes dont ils étaient financièrement garants devant l'Intendant du Languedoc, de publier les bans des vendanges, de régler les dates de vaine pâture (7) et de glanage, de mettre les bois en défense, de nommer annuellement un fournier, un garde cochon, un garde terre. Ils avaient en charge l'entretien du four commun, des deux puits de la communauté situés aux portes du village. (Ces puits ont fait l'objet d'une restauration récente dans le cadre de la mise en valeur du petit patrimoine.)

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Puits de Font Bauzelle ou du Vaouré







Les consuls devaient en plus entretenir le presbytère et l'église du village, le temple lorsque celui-ci a existé, de 1619 à 1668. Il y avait aussi un Régent des petites écoles. C'était beaucoup de charges qui s'ajoutaient à l'impôt royal et à la dîme et pour faire face, les consuls mettaient aux enchères, les herbes, les pâturages de la communauté, les coupes de bois. Les consuls appuyaient leur action sur les statuts de la communauté rédigés dans des temps très anciens et l'original s'étant perdu, ils se sont empressés de les rédiger à nouveau en 1610, car la noblesse n'avait de cesse de reconquérir les droits acquis. Un enjeu important était les pâtures communales que la communauté dut racheter au XVIIe siècle à prix d'or, s'endettant pour des générations, en plus d'une albergue annuelle (8). Il est aussi précisé dans ces statuts que les réunions se tiennent dans le four commun. Cet espace à l'entrée de la rue de l'arc du Four, était au cœur du village et les consuls avaient fait construire une voute qui devait occuper le croisement des rues et en 1720 ils firent construire une salle de classe au dessus de celle-ci. Il n'a rien subsisté de ce local et seuls les anciens du village se souviennent des ruines du four. C'est aussi à cet emplacement que les consuls avaient fait construire le temple qui servit aussi de lieu de délibérations.

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Emplacement du Four communal







Le mode d'élection des consuls mérite que l'on s'y attarde. Chaque consul sortant désignait 3 personnes de son choix, ensuite un tirage au sort était fait. Des bouts de papier étaient mis dans un chapeau puis remués et un petit garçon les distribuaient aux personnes désignées. Celles qui avaient la lettre C sur leur papier étaient désignées pour occuper la charge de consul et le conseil entérinait ce choix. Ce mode d'élection se compliquera lorsque Louis XIV s'attaquera au rôle des protestants dans la vie publique et imposera un nombre égal de protestants et de catholiques dans les assemblées, avec interdiction pour les protestants d'occuper la charge de premier consul. Or les catholiques ne représentaient que quelques familles notoirement insolvables et les affaires de la communauté en pâtirent. Vers 1690, Louis XIV créa une charge de maire perpétuel qui fut exercée par le seigneur de Vallérargues, Sibert de Cornillon, également maire de Bagnols sur Cèze où il résidait, ville où les consuls durent alors se rendre pour prêter serment à la suite de leur élection.
De toute façon, ce n'était que le prélude d'une politique de reconversion forcée dont les excès se traduisirent par l'affaire de Vallérargues, suivie par la guerre des camisards. L'aspect le plus connu est celui des abjurations obtenues sous la menace des régiments de dragons installés dans les familles protestantes. Humiliée et surveillée de près par le Prieur, la population s'agitait, travaillée par un phénomène nouveau, le prophétisme. En mai 1701, des incidents avaient déjà eu lieu au cabaret et le Prieur était intervenu pour dissiper les rassemblements. Sur ce, lors de la visite du prieur de Lussan, celui-ci, accompagné d'un lieutenant de juge, tombe sur un jeune berger à genoux qui l'apostrophe. Certain de tenir un de ces fanatiques, ils s'en emparent et le font prisonnier dans la maison du Prieur de Vallérargues, le sieur André Cousin. Pour le faire traduire à la cour de justice d'Uzès, il faut un papier officiel et les prieurs se rendent chez le notaire Bouton qui habite à côté, près du Four, pour obtenir ce document. Là, ils tombent sur le fils du notaire, Jacques Bouton, qui les traite d'idolâtres. En même temps, avertie des évènements la population se déchaîne, saccage l'église et le presbytère, libère le berger et met en fuite les prieurs qui n'ont de cesse d'alerter la milice de St Quentin. Elle rétablit l'ordre et s'empare de trois individus, Jacques Bouton, Jacques Olympe, Jérôme Serre. Le procès se conclut par la mise à mort sur la roue pour le premier, par pendaison pour le second et les galères pour le troisième. Le supplice se déroule sur la place aux Herbes d'Uzès selon un cérémonial rapporté en détail par un témoin. Pour payer les frais du procès, la récolte des condamnés est ensuite vendue aux enchères sur le marché d'Uzès. Ce qui voulait être un exemple, sera aussi un détonateur de la guerre des camisards, dont le principal refuge sera le Mont Bouquet. Pour empêcher leur ravitaillement, la population de Vallérargues sera déplacée à Lussan pendant l'année 1703. Dans une de ses incursions, Cavalier et sa troupe viendront brûler l'église.
Revenons au personnage du Prieur, il a rang de seigneur, perçoit les revenus de la dîme et arrente les biens du fief ecclésiastique qui se composent de plusieurs hectares. Il rétribue un curé pour dire la messe et sa fonction principale paraît la gestion de ses revenus qui sont plus importants que l'impôt royal, 2 000 L en 1789. D'ailleurs, le bénéfice du prieuré de Saint Christophe est une charge lucrative, pour laquelle le postulant doit obtenir une bulle du pape qu'il présente à l'Evêque d'Uzès, qui lui remet à son tour un titre, le « Format Dignum » (9). le futur prieur prend ensuite possession du prieuré, accompagné d'un notaire et des consuls qui l'intronisent dans sa charge et bénéfices afférents, après vérification des documents et un rituel liturgique dans l'église, suivi d'une visite des lieux et essai des cloches. Le Prieur Cousin semble avoir agi en seigneur tyrannique : il exige des consuls de refaire sa grange pour recueillir sa récolte car il la juge en mauvais état, il fait louer une maison lorsqu'il juge le presbytère vétuste, fait déplacer le cimetière pour agrandir son jardin. Il exige les réparations à l'église et sa reconstruction lorsque la voute s'effondrera en 1690. Enfin après les dégâts causés par les camisards, et les dragons en vigie sur le toit, les consuls seront sommés de faire les travaux de remise en état. Au besoin, le prieur saisira la justice pour faire exécuter ses ordres et condamner la communauté.
Cette église Saint Christophe avait pris la place d'une chapelle St André mentionnée au XIVe. Elle existe toujours, mais est devenue un bien privé après quelques dernières vicissitudes. Elle fut vendue en bien national à la Révolution et rachetée par les principaux habitants du village réunis en syndicat pour en faire un temple. On sait que le pasteur Simon Lombard y a prêché en 1792, mais pour une raison indéterminée, le bâtiment sera privatisé et le propriétaire construira en 1812, la maison actuelle qui la masque entièrement. L'église est une construction simple d'environ 15m sur 6m de large, composée d'une abside en cul de four et d'une nef voutée. Un arc de voute en pierres joint les deux parties. Son ouverture orientée à l'ouest ne donne pas sur la voie publique, mais sur ce qui semble être la tour médiévale évoquée précédemment. Elle est aujourd'hui délabrée et menace ruine. Un clocher existait aussi.


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Tour de l'horloge









En tournant le dos à la Clastre, on voit au bas de la rue en pente donnant sur la grand’ rue, la tour d'une horloge. Ce monument a été édifié sous le mandat de Grasset maire et construit par l'architecte Chastanier, suivant un modèle que l'on retrouve dans plusieurs villages de l'Uzège, il date de 1891. Il porte un cadran d’horloge dont le mécanisme d'origine actionne une cloche encore en service, placée sur la plateforme supérieure dans une cage métallique pyramidale en fer forgé. La municipalité lui a rendu son cachet d'antan, par une réhabilitation réussie avec un crépi sable et un éclairage rasant qui lui assure une présence nocturne.
Cette construction témoigne de la prospérité relative du XIXe siècle, obtenue grâce à l'élevage du vers à soie.

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Rue principale et ancienne magnanerie







A cette époque le village s'agrandit le long de la grand’ rue et les maisons se rehaussent de vastes pièces qui sont des magnaneries. De petites fenêtres sans châssis et régulièrement espacées apportent la lumière et l'aération nécessaire à l'éducation des vers à soie. A proximité et un peu partout au bord des chemins les mûriers encore présents témoignent de l'importance de cette activité.
Le lavoir construit aussi dans cette période apporte pour la première fois un élément de confort. Pour cela, l'eau captée au lieu « des fontaines » est acheminée par une conduite à la fontaine du Lion dont la gueule de fonte crache le liquide dans un canal en pierre conduisant au lavoir et à une borne fontaine dans le village avant que la déviation de la route ne coupe ce dernier branchement. Il faudra encore attendre un siècle pour amener l'eau courante dans les maisons du village.

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Le lavoir alimenté par la fontaine du Lion






A l'ouest du village se dresse aussi une belle demeure avec son parc et une ferme attenante. On l'appelle le château et elle fut construite après 1850 par une famille aisée d'Uzès, originaire de Vallérargues, les Serre. Il faudra attendre 1907 pour inaugurer le nouveau temple de construction sobre et de forme rectangulaire de 10m sur 6m. Il prend le jour par 4 fenêtres en arc d'ogive hautes placées et la porte d'entrée est aussi ogivale. Au dessus on peut lire « L'évangile est la puissance de Dieu pour le salut de tout croyant ». A l'intérieur une plaque rappelle que le temple fut construit grâce à des dons particuliers et aux démarches du pasteur Arthur Lafont. Ce fut le premier temple bâti sous le régime de la séparation. Il appartient au Synode régional.

2007 Centenaire de la construction du temple
Le village actuel reflète l'évolution de la société. Il reste seulement 4 ou 5 familles d'agriculteurs et de nombreuses maisons anciennes se sont vendues à des étrangers qui apprécient le caractère de la région.

Le foyer et la mairie
Avec la proximité du bassin d'emploi des villes environnantes, une population jeune s'est aussi installée dans des villas neuves.
Cela contribue à donner une nouvelle dynamique dont témoignent les restaurations du patrimoine communal et les projets de mise en valeur à venir embelliront encore le village.

Texte et photos de Michel RAULET


(1) Composé ou formé de trois éléments

(2) Le patus désigne un ensemble de biens indivisibles, destinés à un usage commun.

(3) Barrémien - Hauterivien : deux étages géologiques des garrigues du Mont Bouquet, issus de sédiments calcaires déposés en bordure d'un océan qui couvrait la région vers 110 millions d'années.

(4) Droit dont le tenancier s'acquitte pour occuper une terre détenue en bail emphytéotique.

(5) Masure ou vieille maison servant parfois de remise. Quand il s'agit d'une maison en ruines, il est précisé "cazal en ruine".

(6) Le lieutenant de juge ou de justice. Adjoint du juge, qui le remplace le cas échéant dans ses fonctions.

(7) Droit accordé aux habitants de la paroisse de faire paître leurs animaux sur les communaux ou sur les parcelles en jachère ou sur les parcelles cultivées, une fois la moisson faite.

(8) Droit du seigneur de loger avec un certain nombre de chevaliers ou autres gens de sa suite dans les maisons du village de son domaine. Au XIIIème siècle, ce droit se changea en tribut ou cens annuel que payait le vassal à son seigneur et l'on disait payer l'albergue (ou alberge) pour 10, 20..etc chevaliers.

(9) Titre d'habilitation délivré et signé par l'évêque à son prieur. Le concile de Trente entériné par l'ordonnance de Blois et le décret de Melun a imposé que les postulants à un bénéfice ecclésiastique recevant le "Dignum", document signé par la cour du pape, passent un examen de capacité devant l'évêque qui après s'être assuré des qualités morales et compétences du postulant délivre un visa détaillant la conformité de la démarche et de son objet, c'est le " Format Dignum". C’est donc un document de capacité ou visa.


Commentaires : B. Malzac et M. Raulet

VALLABRIX, un village en Uzège

Au pied de la colline du Brugas, au long de la dépression où coule l'Alzon qui file vers le val d'Eure, dominé par les hauteurs calcaires des garrigues, Vallabrix est un petit village de 350 habitants qui s'allonge au soleil avec ses deux visages : à l'est, le vieux village avec ses maisons serrées et les vestiges de son passé, à l'ouest, les nouvelles demeures, claires, entourées de terrains qui, fort heureusement, ont su conserver les murets à pierre sèche des anciennes « paran ». (1)
Son nom viendrait-il d'un nom d'homme gaulois Volo et de Briga: hauteur fortifiée ? (diction-naire des noms de lieux de France (Dauzat et Rostaing) ou du latin volutabrurn : auge, bourbier avec le suffixe icum comme le pense E. Negre ? Difficultés des noms de lieux !
Au Moyen-âge, il était l'un des 13 fiefs nobles du château d'Uzès. Raymond VI de Toulouse reçut, en 1209, de l'évêque, seigneur d'Uzès, le Castrum de Valabricio, après la réconciliation avec le pape.
Mais, dès la préhistoire, les premiers occupants s'étaient installés sur les pentes du Brugas (2). Ils y ont vécu, travaillé et laissé au fond des « baumo » leurs témoignages et leurs secrets.
L'exploitation industrielle moderne des ressources du Brugas (extraction de quartzite d'abord, pour la fabrication des aciers spéciaux et aujourd'hui, exploitation des sables sous-jacents) n'a pas laissé le temps aux archéologues de tout découvrir.
Pourtant, il y avait là, une dizaine d'abris sous roche et une longue implantation des peuples préhistoriques.
Dès 1974, un ouvrier de carrière, avait trouvé une belle hache polie qui fit naître de grands espoirs. Un abri hâtivement fouillé fit apparaître des silex taillés d'âge moustérien.
L'abri n° 7 « joyau préhistorique de l'Uzège » (A .Ratz) fouillé en 1980, a révélé un travail remarquable de la céramique : tessons de vases carénés. Les motifs décorant leur col étaient uniques dans le chalcolithique du Midi, fragments de coupes polypodes rares ailleurs (brûle-parfums? objets de culte?) et aussi une trompe (3) qui reste marquée de l’empreinte des doigts du potier et sonne encore le « do » grave. Instrument des plus anciens connus et quasiment unique.

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Dessin de la Trompe réalisé par Albert RATZ









Mais les métaux étaient aussi travaillés au Brugas. En 1978, une oxydation colorant un os de mouton, révéla la présence de cuivre.
En 1979, une hache en cuivre et un mystérieux «burin» rare et au rôle inconnu ... (outil ?) étaient prometteurs .... La série des trouvailles était ouverte : épingles, poignards, perles, hache plate, alènes à section carrée ou alènes bi pointes plus rares, étaient tous de facture Fonbuxienne. Cette activité chalcolithique fut mise à jour par une fouille de sauvetage rapide avant l'avancée des bulldozers.
Le Brugas a t-il recélé une fonderie locale ? L'état des objets trouvés laisse supposer une avance technique en ce lieu.
L’exploitation industrielle moderne est elle un trait d’union avec la préhistoire ?

La civilisation gallo-romaine a marqué la plaine de son empreint : cols d'amphores et tessons ont souvent été remontés en surface par le labour des agriculteurs. Des urnes contenant des ossements ont été signalées çà et là. Une stèle du IIème siècle est exposée dans la salle du conseil de la Mairie.
La stèle présente, en particulier, un tonneau et plusieurs maillets ou marteaux : attributs d'un tonnelier. Cette belle pièce évoque, peut-être, la vocation vinicole de l'Uzège.

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Stéle funéraire de tonnelier









L'histoire de Vallabrix ne manque pas d'être liée aux invasions sarrasines par la mémoire populaire qui n'a cessé de signaler la présence, sur le terroir, d'une chapelle dédiée à Sainte Victoire et Sainte Brune, en reconnaissance d'une victoire remportée sur les Sarrazins qui avaient livré bataille, en 737, dans le quartier de Lussan à Vallabrix. Battus par les armées de Charles Martel, ils se seraient réfugiés sous un rocher au-dessus duquel fut bâtie la chapelle.
Souvent recherchée ... jamais retrouvée, peut-être serait-ce autour d'elle que se serait construite l'église romane signalée dans les guides locaux comme monument du IXème et du XIème siècle.
Pour arriver à l'église, nous suivons la grand-rue et remarquons, entre les maisons François et Bonnaud, deux fragments de murs épais: Ce sont les vestiges du rempart démoli ici volontai-rement pour« ouvrir un chemin plus court pour se rendre à l'église » (délibération municipale du 4 février 1791).Car Vallabrix avait un rempart en 1791, « déjà démoli en plusieurs endroits ». C'était un quadrilatère d'énormes murailles dont il reste - presque entier- le mur Est limité par deux tours, dont l'une à moitié démolie. Au Sud, quelques traces entre le jardin public et la maison voisine. Ailleurs, les repères ne sont que des bribes, mais il est possible que deux autres tours aient été présentes à l'Ouest ? Où se trouvait l'entrée principale ? Ce rempart englobait la maison seigneuriale « Le Château » et ses dépendances : remises, magnanerie, et pigeonnier (devenu une maison d'habitation qui a conservé ce nom), un bâtiment du XVIème siècle, devenu école primaire publique, l'église, mais par contre, peu de maisons. Ce rempart était-il seulement une défense pour le château qui pouvait abriter les habitants en temps de crise ? Date-il du XIVème siècle élevé contre les routiers qui, à cette époque- là ravagèrent Verfeuil, furent présents sous les murs d'Uzès et campèrent à St- Quentin ? Est-il plus ancien ? La question est posée.

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Eglise de Vallabrix







Nous arrivons à l'église, dédiée à St Etienne. Ce bâtiment paraît immense pour un si petit village. Mais l'église romane du XIème siècle était bien plus restreinte. Elle a presque doublée en 1856, le catholicisme progressant sous le second empire.
L'édifice roman avait une nef centrale et des bas cotés sur les voûtes desquels on peut encore voir les traces des doubleaux romans, disparus lors de l’agrandissement, ainsi que deux gros piliers centraux séparant les travées. A leur place s'étend, entre les 2 piliers restants (peut-être renforcés) un arc surbaissé très allongé et peu élégant.
Le chœur et les autels latéraux romans n'existent plus. Les fenêtres (sauf la première, coté Sud, près de l'entrée) et la rosace ont été agrandies. Le porche date de 1857, beau travail d'imitation. Le clocher est plus récent que l'église (XVème ?). Il a été surélevé au XIXème siècle pour pouvoir loger la grosse cloche dont Mme Foussat était la marraine. Comme elle, elle s'appelle Ursule et porte l'inscription « vox domini in virtute» (4)
Dans un campanile léger, sonne, aujourd'hui, la petite cloche.
A l'intérieur, quelques tableaux : une crucifixion, la lapidation de St-Etienne, le serpent d'airain, (copie du tableau de Rubens) et du mobilier du XVIème sont aussi à voir.
Tout près de l'église la maison seigneuriale dont Mr Gouffet est l’actuel propriétaire. Sur la place, la porte d'entrée, surmontée du blason martelé à la révolution, s'ouvre sur une petite cour intérieure. A droite, un puits, source de toutes les légendes : veau d'or, chèvre d'or, souterrain reliant Uzès à Vallabrix !! Le village savait bien avoir les siennes ! Mais c'est la magnifique façade Renaissance (5) qui force notre admiration, avec ses fines sculptures. Rinceaux, feuillages, visages s'y succèdent autour des fenêtres transformées et du blason là aussi martelé. C'est, sans doute, du temps des Bargeton que ce beau travail a été commandé.

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Façade de l' ancien château de Vallabrix







Après avoir eu dans le temps, de nombreux coseigneurs, la seigneurie de Vallabrix a été achetée, en 1536, par Mathieu de Bargeton. C'est l'une de ses descendantes qui, en 1732, épousera Gaspard d'Arnaud, fondant la famille d'Arnaud de Valabrix. Leur petit- fils, deviendra maire et sous-préfet d'Uzès sous la Terreur Blanche. C'est lui que la complainte populaire désignera comme : lou bregan de Vallabrix, parce qu'en observant, satisfait, des fenêtres de son hôtel (aujourd'hui hôtel de La Rochette), les fusillades sur l'esplanade, il se serait écrié « La Restauration est en marche ». Revenons à notre château, et jetons un coup d'œil sur la tour Nord Est bien conservée, certainement abaissée à la révolution, elle conserve en sa partie basse une archère canonnière.
Nous n'avons pas manqué d'aller jusqu'au lavoir qui reçoit une eau claire de la source condamine où, autrefois, on allait chercher l'eau fraîche et faire boire les chevaux. L'abreuvoir est encore là et le fronton triangulaire semble nous parler du XVIème siècle.
Le lavoir avec son grand bassin et ses bassins de rinçages, où coule une eau limpide, a été construit en 1858 et restauré récemment : pierres apparentes et belle charpente en bois, à l'image de l'ancienne. Il ne joue plus son rôle de lieu de rencontre et de papotage mais conserve sa fraîcheur et sa beauté.
La visite s'achève. Beaucoup de découvertes seraient encore à faire dans ce village.
A t-il voulu protéger son site et ses richesse ? On a toujours parlé du Castellas perché sur le Brugas. Pour les uns, un énorme rocher, mais des vieux .... vieux, y avaient découvert quelques rangs de gros blocs formant murets. Etait-elle là cette hauteur fortifiée ? D’où la vue communique avec les châteaux de Masmolène et de la Bastide d’Engras. Site stratégique !
Et quand à ses pieds on apprend que s'étend le quartier de la Gardiole : qui gardait quoi ? On peut se poser bien des questions !
Vallabrix, avec ses vieilles pierres, ses maisons rousses, quelques révélations et quelques hypothèses, un peu de légende, beaucoup de questions, nous a montré une partie des souvenirs de son passé.

Article rédigé par Odile Valette

(1) "La parra serait à l'origine une surface de parc, destinée à être fumée, et elle serait de ce fait temporairement improductive. Le mot appartiendrait au vieux fonds pastoral indo-européen. Il est d'ailleurs resté vivace dans les régions pastorales, comme le causse du Larzac, ainsi que nos exemples l'ont montré. La terre improductive est dite réservée et n'est donc pas soumise à la perception d'un droit sur les récoltes (le quint). Théoriquement, c'est un état provisoire de la terre, avant sa transformation en champ, pré, jardin, vigne ou chènevière. La parra se serait rapidement fixée, devenant alors productive, mais continuant de ne pas payer le droit sur les récoltes."
Extrait d’un article - La parra(n) - de Jean DELMAS Directeur des Archives départementales de l'Aveyron. Lien des Chercheurs Cévenols n°112 6- Janvier-mars 1998

(2) Quartier dont la toponymie est issue de l’occitan bruga : bruyère

(3) La trompe a mise en dépôt au musée d’Uzès par M. Vaton en janvier 1996 (Bulletin HCU n° de janvier 1996) et a été reprise en 1997 pour être vendue au musée des Antiquités nationales à Saint-Germain en Laye (Information communiquée par Mme Chimier, Conservatrice du Musée d’Uzès)
A lire : La mémoire du Montaigu - Archéologie d’une micro-région en Languedoc oriental par Albert Ratz
Voir la trompe sur le site de l'agence photographique de la Réunion des musées nationaux : http://www.photo.rmn.fr/cf/htm/CSearchZ.aspx?o=&Total=174...

(4) Cette citation latine, extraite du psaume 29 - 4ème alinéa, est complétée par : vox domini in magnificentia, ce qui peut se traduire par : La voix du Seigneur est puissante, la voix du Seigneur est majestueuse. En France, cette inscription est gravée sur plusieurs cloches d’édifices religieux.

(5) A l'origine, cette façade de l'ancien château se trouvait sur la place du village. Elle a été déplacée et remontée au fond de la cour à la fin du 19e ou au début du 20e siècle. Il s'agit d'une façade Renaissance de la fin du 16e siècle. Elle est composée d'un fronton avec des frises et corniches très ouvragées, de six pilastres surmontés de chapiteaux corinthiens.
Elle est inscrite à l’inventaire des Monuments Historiques par arrêté du 31 octobre 1997 (Inscription au Journal Officiel n°82 du 7 avril 1998 - page 5402)


Commentaires Bernard Malzac
La carte postale de l'église de Vallabrix est publiée avec l'aimable autorisation de Mr Jacques Roux, correspondant Midi Libre à Uzès

Patrimoine rural : une visite de Saint-Hippolyte-de-Montaigu

Dimanche 28 septembre 2008, la sortie de H.C.U. à a été une première. Dans le passé, les (rares) excursions dans le plus petit village de l'Uzège (env. 220 hab.) s'étaient principalement contentées d'une visite de son église romane dont notamment l'abside présente quelques intéressants aspects d'histoire architecturale. Mais, jusqu'ici, en l'absence d'une documentation cohérente, aucune visite complète du village n'avait encore été entreprise.

Georges Fabricius, habitant du village et adhérent de H.C.U., a relevé le défi et a mené des recherches historiques approfondies sur Saint-Hippolyte-de-Montaigu qui paraîtront prochainement en forme de livre (avec le soutien de H.C.U.). Tout naturellement, H.C.U. a demandé à M. Fabricius d'organiser et d'animer une première visite intégrale du village.

Au départ du parking derrière la nouvelle mairie où on s'était rassemblé, le groupe d'une vingtaine de passionnés d'histoire a exploré le village. La paroisse et le village de Saint-Hippolyte-de-Montaigu sont en effet riches de dix siècles d'histoire.

Le ruisseau qui traverse le village, est aujourd'hui enjambé par le pont de la R.D. 982. En contrebas de celui-ci se trouve l'ancien passage à gué, un élément d'importance pour comprendre l'évolution du vieux centre-village : dans les temps peu sûrs, jusqu'à la fin du 17e siècle, son noyau historique fut en effet entièrement entouré d'un mur d'enceinte dont nous avons encore pu repérer quelques parties restantes en haut du passage à gué. Le village même n'était accessible que par deux portes, dont l'une à l'ouest (côté Uzès), l'autre à l'est (côté Bagnols). Le trafic de transit devait contourner le village au sud ; puis traverser, au passage à gué, le ruisseau qui, dans ces temps-là, avait le triple de son débit d'aujourd'hui ; pour ensuite regagner l'ancien "chemin des diligences" direction Bagnols-sur-Cèze. Ainsi, le village ne prévoyait pas de traversée rectiligne à l'intérieur de son enceinte. Par conséquent, les travaux sur la départementale dans l'agglomération furent un défi majeur, qui se terminait par l'achèvement du pont routier en 1762.

Un des buts de la visite ayant été de faire revivre la vie rurale d'antan, le tour comportait de nombreuses entrées dans des terrains privés, avec l'aimable autorisation des propriétaires.

La première halte fut au bâtiment de l'ancienne mairie, construit en 1880, et qui abritait également l'école communale de 1880 jusqu'en juillet 1961. S'il n'est pas inhabituel dans les petits villages de voir mairie et école communale dans un même bâtiment (de nos jours, on peut toujours voir cela à Flaux), la particularité de Saint-Hippolyte-de-Montaigu était que les deux se partageaient une même salle ! Elle était seulement divisée par une demi-cloison, peut-être pour permettre d'avoir un chauffage en commun. En entrant, à gauche, se trouvait la salle de classe avec les bancs des écoliers et le bureau de l'institutrice ; de l'autre côté de la demi-cloison, mais accessible par une entrée séparée à droite, se trouvait le local de mairie. Le premier étage comprenait le logement de l'institutrice ; l'agencement original du bâtiment présentait ainsi la particularité d'avoir une belle cheminée en pierre au premier étage mais aucune au rez-de-chaussée. La salle de classe / salle de mairie au rez-de-chaussée fut chauffée par un poêle en fonte rond qui se trouvait du côté de la salle de classe ; tous les matins, deux écoliers étaient chargés, à tour de rôle, d'allumer le poêle. Le tarif de l'éducation, au 19e siècle, était de 2 Frs par écolier ; et en hiver, ceux-ci devaient apporter des bûches de bois pour chauffer la classe.

De l'autre côté du pont déjà mentionné, se trouvait ce que M. Fabricius appelait en plaisantant "Saint-Hippolyte la commerçante". En effet, jusque dans les années 1930, tous les commerces si typiques de nos villages d'antan étaient présents : nous voyions ainsi l'ancienne forge ; le site de l'ancienne boulangerie/épicerie avec bureau de tabac ; et les deux anciens cafés, jadis véritables centres de la vie sociale villageoise. Ensuite, la cerise sur le gâteau : la visite de la ferme Mignon, dont l'agencement et même une partie du mobilier étaient à l'état authentique et inchangé de 1900. Plafond voûté, dallage original : quel régal … Les propriétaires, M. et Mme. Charles Mignon, nous ont même ouvert les portes de leur petit musée privé d'outils agricoles et d'ustensiles ménagers ; on y voyait entre autres une authentique baratte.

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Saint Hyppolite de Montaigu Puits communal









Le tour du village fut complétée par la visite de deux puits, tous les deux en parfait état : le puits communal avec son mécanisme à manivelle et son abreuvoir, et le puits privé de M. Roger Guet qui est le puits le plus ancien du village et dont la silhouette rappelle la forme d'une capitelle. Pour la petite histoire, l'eau courante n'étant arrivée qu'en 1968 à Saint-Hippolyte-de-Montaigu, le puits communal était à usage commun mais les propriétaires avaient également des puits privés sur leurs terres.

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Saint Hyppolite de Montaigu - Un puits privé









Enfin, l'église, de style roman tardif du 12e siècle, est certainement le principal joyau de l'histoire architecturale du village. Elle fut assez probablement, à l'origine, la chapelle d'un couvent. À première vue, elle se présente de façon assez sobre : une nef unique sans bas-côtés, de trois travées prolongées d'une abside en hémicycle. La nef, sur un axe général est-ouest, mesure 12,90 m de longueur et 5,40 m de largeur. Il n'y a pas de transept. Il faut regarder de plus près pour découvrir les beautés de cette petite église :

À l'extérieur d'abord, on note la façon très particulière d'exécution de la partie haute de l'abside : construite en hémicycle, sa toiture est supportée par une corniche couverte de lauzes ; la corniche s'appuie sur des corbelets ou modillons (pierres de support en saillie) sculptés.

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Abside de l'église de Saint Hyppolite de Montaigu











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Saint Hyppolite de Montaigu Détails de la corniche de l'abside







À l'intérieur ensuite, on note que la nef est couverte d'une voûte en berceau exécutée en pierres, et supportée par trois arcs doubleaux en plein cintre (dont deux sont visibles ; le troisième se "cache" sous la construction de la tribune). De telles voûtes en pierre furent introduites au 12e siècle, en premier lieu pour remplacer les toitures en bois et pour ainsi réduire les risques d'incendies. Une telle voûte étant considérablement plus lourde que les anciennes constructions en bois, les seuls murs latéraux, pourtant épais de 90 cm, auraient été trop faibles, ce qui nécessitait l'appui de quatre contreforts extérieurs (côté nord) pour compenser l'énorme descente de charge supplémentaire en verticale et en oblique qui en résultait. Tout ceci sont des éléments qui permettent à l'historien de dater l'église plus précisément.

L'église étant placée sous le vocable de Saint Hippolyte, on distingue, derrière le maître-autel, un grand tableau de Saint-Hippolyte. Notre guide nous apprenait que Saint-Hippolyte-de-Montaigu doit son nom à un martyr du 3e siècle, Hippolyte de Rome (170 - 235). Grand théologien, et un des premiers commentateurs chrétiens de la Bible, mais très conservateur, il entra en conflit avec les dirigeants de l'Église de l'époque et fonda une communauté dissidente. Enfin, au cours des persécutions systématiques des chrétiens dans ces premiers temps du christianisme, il fut déporté aux mines de Sardaigne, puis exécuté (écartelé par quatre chevaux).

Nous tiendrons à remercier les propriétaires des terrains privés, de leur aimable autorisation d'entrée et du gentil accueil qui nous a été réservé : Grands mercis chaleureux à Mme. Emma Pickles (propriétaire du bâtiment de l'Ancienne Mairie) ; à M. et Mme. Charles Mignon ; à M. et Mme. Josian Guet (propriétaires du terrain sur lequel se trouve l'extérieur de l'abside de l'église) ; et à M. Roger Guet.

La parution du livre de M. Georges Fabricius, "Saint-Hippolyte-de-Montaigu en Uzège", truffé de détails et d'anecdotes, est prévue pour décembre 2008. Il sera distribué par H.C.U., et il sera également disponible à la mairie de Saint-Hippolyte-de-Montaigu.

18/04/2010

La chapelle Saint-Jean d'Orgerolles à La Bastide d'Engras

La sortie proposée en juin 2008 permettait de découvrir le secteur de la vallée de la Tave en passant par le dolmen de Coucouvèze située sur la commune de Saint Laurent la Vernède, la Chapelle de Saint Jean d’Orgerolles, le village de Pougnadoresse et la rencontre avec « la roche trouée » ( Voir livre d'Albert RATZ - "Légendes, fantasmes et historiettes de l’Uzège et de la vallée de la Tave".) pour terminer par la visite de Vallabrix.

Les richesses historique, patrimoniale et architecturale de tous ces lieux ne peuvent être décrites à travers cet article. L’église de Saint Jean d’Orgerolles en est le joyau, vous allez la découvrir à travers cette étude.

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A mi-distance entre les agglomérations voisines de La Bastide et Pougnadoresse, sur un promontoire rocheux dominant la rivière de Tave, se dresse une chapelle isolée quelque peu malmenée par les ans mais encore de fière allure : Saint Jean d'Orgerolles. Jusque dans la seconde partie du XVIIème siècle, elle servait aux offices religieux des deux lieux, ce qui laissait à croire, selon la tradition qu'elle avait été construite pour desservir ces deux agglomérations. Elle aurait appartenu aux Templiers puis aux Chevaliers de Malte.
Rien, aucun document, ne nous permet de l'attribuer aux Templiers ou aux chevaliers de Malte. La réalité semble plus simple. A la fin du Haut Moyen Age, la christianisation des campagnes est totalement achevée. Quantité de petites agglomérations ont proliféré, souvent sur l'emplacement d'anciennes villas gallo-romaines. Ces petites agglomérations, composées parfois de quelques maisons, se virent dotées chacune d'une chapelle aux alentours de l'an mil.
Sur le domaine actuel de La Bastide, deux habitats s'étaient développés. Sur la rive gauche de la Tave, en un lieu appelé Criders, l'ancienne villa gallo-romaine devenue Saint-Clément de Cadens, fut érigée une chapelle, dédiée à Saint-Blaise, complètement disparue de nos jours. Par contre Orgerolles, sur la rive droite, fut dotée d'une chapelle plus importante consacrée à Saint-Jean Baptiste.

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Plan de Saint Jean d'Orgerolles








L'édification de cette chapelle, typiquement d'époque romane, peut être attribuée à la fin du XIème siècle, début du XIIème. Une prospection de surface a révélé un très grand nombre de tessons de poteries témoignant d'un habitat autour de la chapelle. La couleur grise de cette céramique, due à une cuisson réductrice dans des fours au tirage médiocre, la fait attribuer au XII ème siècle, donc contemporaine de la construction de la chapelle. Contrairement à Saint-Clément de Cadens, le lieu ne recèle aucun vestige d'époque gallo-romaine. Les relevés effectués lors de notre intervention au sein de l'Association des Amis de Saint-Jean d'Orgerolles, font apparaître en premier lieu une modeste construction. Elle était composée d'une abside en cul-de-four de dimension restreinte (4 mètres d'ouverture sur 2 mètres de profondeur.). La poussée de la voûte tendant à écarter les murs, on ne pouvait pas se permettre un trop grand rayon d'ouverture. Une seule travée constituait la nef ce qui impliquait une population relativement modeste.

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Saint Jean D'orgerolles - L'abside romane - 1993





Mais dès les siècles suivants et suite à l'expansion démographique qui caractérise cette période, on s'aperçut vite que la chapelle se révélait trop exiguë pour accueillir tous les fidèles en une époque où l'assistance aux offices était pratiquement obligatoire. C'est alors que l'on ajouta deux travées supplémentaires. Les murailles de la partie la plus ancienne du bâtiment, constituées par deux murs appareillés avec entre les deux un blocage central, témoignent d'un grand soin apporté à la construction de cet édifice. On ne peut pas en dire autant des ajouts postérieurs. De puissants contreforts maintiennent le mur nord. Vers le XVIème siècle, un clocher de 21 mètres fut ajouté à l'édifice ainsi que deux chapelles latérales que l'on ouvrit dans le mur méridional. La première consacrée à Saint-Michel aurait été affectée à Pougnadoresse. La seconde devait servir de sacristie éclairée à l'est par un curieux œil-de-bœuf que l'on pouvait voir encore il y a seulement deux décennies.

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Saint Jean D'orgerolles - Le Clocher








Ce clocher dans le plus pur style roman, bien qu'élevé au début du XVIème siècle, est une véritable forteresse. Une tour hexagonale accolée contre le mur méridional extérieur abritait un escalier en colimaçon permettant d'accéder aux étages supérieurs. Il semblerait bien que ce clocher ait été construit dans un but défensif. Une légende voudrait que cette chapelle ait subi un siège, sans doute au temps des guerres de religion. Ce n'est pas impossible puisqu'il pouvait contrôler l'ancienne route d'Alès appelée dans cette portion « Chemin des Huguenots ». L'inscription que l'on peut déchiffrer sur le contrefort d'angle au nord-ouest «W le roy, W Bastide 1588 » semblerait conforter cette hypothèse.(1)
Si les bâtisseurs du clocher avaient bien respecté le style roman de l'ensemble, ils semblent avoir totalement ignoré les contraintes liées à cet art en construisant les deux chapelles latérales nécessitant pour leur accès la création de deux grandes ouvertures dans le mur méridional. Or, la poussée de la voûte en plein cintre n'étant plus supportée par l'épaisseur des murs et de puissants contreforts, la chapelle en fut d'autant fragilisée. En dépit de quelques travaux minimes, à l'aube du XXème siècle, les murs s'écartant, les voûtes et la toiture de deux travées s'effondrèrent réduites à un tas de gravats obstruant une partie de la nef. Seule la première travée, étayée par le clocher, échappa au désastre. Tel était l'état de la chapelle au cours des années 1970.

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Portail ouest - Archivolte polychrome - 1993










Le territoire de La Bastide était inféodé depuis 1212 à l'Évêque d'Uzès par le comte de Toulouse (2). La chapelle fut consacrée aux cultes de Pougnadoresse et de La Bastide. Cette situation perdura jusqu'en 1678, date à laquelle ces deux agglomérations furent autorisées par l'évêque à construire et à posséder leur propre chapelle. Ce fut la chapelle Saint-Michel à Pougnadoresse dès 1679 et l'église Saint Jean-Baptiste élevée au rang de prieuré cure à La Bastide. Seule restriction que devaient respecter les deux villages, Pâques et les grandes fêtes religieuses devaient être célébrées à Saint-Jean d'Orgerolles. Il semble que cette tradition se perdit rapidement vu l'état de délabrement et de vétusté de l'édifice. Que s'était-il donc passé ? A une agglomération déclinante, Orgerolles, les deux bourgs voisins, profitant de l'expansion démographique et de leur situation dominante, avaient largement prospéré aux dépens de la localité d'origine. Les populations avaient dû se déplacer, montant vers les crêtes voisines, lieux plus sûrs et plus faciles à défendre. Ces mouvements s'étaient peut-être accélérés au cours de la guerre de Cent Ans mais sans doute plus tôt, dès le XIIIème siècle, à La Bastide, où se trouvait une place forte déjà citée au tout début de ce siècle et autour du château de Pougnadoresse.
Les offices, dès lors, furent célébrés à La Bastide par un prieur résident et à Pougnadoresse par son vicaire amovible. En 1754, succédant à Messire de Larnac, Messire Vignal est nommé prieur curé de La Bastide. Le prieur est un nanti avec 2400 livres (3) de dîme par an, reversant...100 livres (4) à son vicaire amovible de Pougnadoresse. Tout se passa bien au début de ce ministère. A partir de 1760 de nombreuses contestations surgirent entre le prieur et la population. Cette dernière reprochait au prieur d'avoir fait enlever des pierres de la démolition de Saint-Jean d'Orgerolles et de ses les être appropriées. Elle lui reprochait, en outre, ses réclamations incessantes, ses nombreuses absences, souvent de plus de huit jours et le fait de ne pas assister les malades. C'était la première fois que cette population pourtant entièrement catholique s'opposait à l'autorité ecclésiastique.
Faut-il y voir un signe des temps ? Il ne s'agissait certainement pas d'un mouvement antireligieux mais plutôt anticlérical contre le prieur. Ce dernier, apparaît comme son prédécesseur, un personnage autoritaire, exigeant, coléreux, vindicatif et qui se croit tout permis. Première représaille de sa part : les cloches ne sonneront plus les trois coups annonçant les offices mais seulement au moment de sa montée à l'autel (5). Deuxième représaille : Monsieur le prieur, affirmant qu'au cours de ces altercations, des paroissiens lui ayant manqué selon ses propres termes, considérant que sa véritable église était Saint-Jean d'Orgerolles pourtant ruinée, les offices s'y dérouleraient, obligeant la population de La Bastide à parcourir plus d'un kilomètre pour assister aux offices. Une décennie plus tard, la Révolution française sonnait le glas de toutes ces querelles et Saint-Jean d'Orgerolles retomba dans l'oubli jusqu'au jour où ...
En dépit des outrages du temps et de l'abandon total par les hommes, malgré les dégradations intérieures, le bâtiment demeurait dans son intégrité dressant fièrement son clocher au milieu d'un paysage quasi désertique et totalement ignoré. L'escalier extérieur en colimaçon aujourd'hui disparu et qui desservait les divers étages du clocher est encore visible sur un dessin des années 1880 (6). A cette date, les chapelles latérales sont déjà démolies et leurs ouvertures condamnées. Le clocher a perdu plus d'un mètre de sa flèche. La toiture et les voûtes centrales se sont effondrées. Plus tard, l'intérieur de la chapelle a été saccagé, souillé de graffiti. A l'extérieur le cimetière communal qui avait été utilisé par La Bastide jusqu'en 1908, date de là création d'un nouveau cimetière au sud-est du village, a été la victime de vandales qui n'ont respecté ni les tombes, ni la croix centrale.


Article rédigé par Marcel PARIS, Vice-président de l'Association Les Amis de Saint-Jean d'Orgerolles.

Carte postale et photos de B.MALZAC

Le prochain texte sera consacré aux actions menées par l'Association des Amis de Saint-Jean d'Orgerolles

(1)- H- L. LABANDE, (d'après) Étude d'histoire et d'archéologie romane, Provence et Bas-Languedoc, T.I. Églises et chapelles de la région de Bagnols-sur-Cèze (Nord-est du Diocèse d'Uzès), Publication des notes et dessins de M. Léon Alègre, pp.133 à 136, F. Seguin, Avignon, A. Picard et Fils, Paris 1902.
(2)- Alors RAIMOND VI (1156-1222) ; Cette inféodation fut, sans doute, un des avatars de la Croisade des Albigeois, mais ceci est une autre histoire.
(3)- 2 400 livres = environ 72 000 francs soit 10 976 euros. Un instituteur touchait alors 120 livres annuellement équivalent à 3 600 francs soit 549 euros
(4)- 100 livres = environ 3 000 francs soit 457 euros.
(5)- Jusqu'à cette époque où cette population ne possédait pas de montres, les sonneries de cloches n'annonçaient pas seulement les offices mais elles étaient des repères dans le temps au cours de la journée.
(6)- Dessin d’A.C PIGEON, Instituteur et Secrétaire de Mairie à La Bastide.